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 La conversion au judaïsme en vue d'un mariage

 

Il peut apparaître parfois très difficile de se convertir au judaïsme, et ceci tout particulièrement lorsque le but affiché est de faire un « mariage juif » parce que l’élu(e) appartient à ce peuple.  

 

La tradition nous montre que, en effet, il y a toujours eu trois obstacles majeurs à   la conversion : celle-ci n’a jamais été acceptée

-       lorsqu’elle avait comme ambition de procurer certains privilèges,

-       lorsqu’elle pouvait permettre d’obtenir un statut social,

-   lorsqu’elle relevait, a priori, d’une intention autre que vouloir pratiquer le judaïsme

 

Le cas d’une conversion en vue du mariage pourrait donc correspondre au troisième cas.  Or, une conversion ne peut être que « le-chem chamaïm » : c'est-à-dire : pour le nom de l’Eternel, sans autre finalité, ni intérêt que de vouloir rejoindre le judaïsme et adopter toutes ses lois.

 

Mais pourquoi vouloir entrer en judaïsme ?  N’est ce pas, bien souvent, une rencontre, un échange profond avec une personne juive, qui est à l’origine du désir de connaître de l’envie de comprendre ce qu’est le judaïsme ? Si cette rencontre est associée à certains affects, alors la découverte du judaïsme peut aussi accompagner   la naissance d’un amour, et aboutir à un désir de mariage.

 

Rejoindre le judaïsme c’est accepter la Torah : la seule conversion possible relève d’une démarche personnelle, intentionnelle avec une vraie volonté d’adopter la religion juive. On « se »  convertit ; on ne convertit pas quelqu’un. Cela est si vrai que le tribunal rabbinique lui-même ne fait que « prendre acte » de la conversion d’une personne : il accepte de la reconnaître, mais il ne la convertit pas.

 

Le mot hébreu qui désigne le non juif « Guer » vient de la racine « habiter » : on distingue deux catégories : - ceux qui « habitent au sein des juifs que ce soit  par leur propre volonté, ou par nécessité ». Appelé  « Guer tochav », cet « étranger » installé parmi les juifs    peut pratiquer le judaïsme sans se convertir,

Et - ceux qui ont accompli tout un parcours d’initiation dans une démarche pleine et entière d’adhésion : le « Guer tsedek » : Cet « étranger juste » construit son lieu de résidence physique, intellectuelle, religieuse, spirituelle avec les juifs. Il en adopte  l’histoire, et parle lui aussi, en récitant la l’importante prière  de la Amida, du « Dieu de mes ancêtres ».

 

Il est dans la tradition de souhaiter à tout jeune couple qui se marie de « construire une maison en Israël » : il ne s’agit pas là bien sûr de projet immobilier, mais du vœu profond qu’un nouveau foyer juif soit ainsi  fondé au sein du peuple d’Israël.  De fait l’engagement demandé à une personne convertie est bien celui de s’établir en un foyer juif qui perpétuera la tradition. On peut ainsi penser qu’une démarche de conversion n’est vraiment aboutie que lorsque la personne convertie se marie et fonde une famille juive.

 

Selon plusieurs sources : Traité du Talmud de Babylone Yebamot, Maïmonide, Joseph Caro (Choulhan Arouh), la procédure de conversion  est la suivante : Dans un premier temps il s’agira d’essayer de décourager la personne désireuse de se convertir, quel que soit son discours ou sa motivation.

Si la personne persiste et revient, alors le Rabbin doit scruter ses motivations.

Si elles sont estimées sincères quant à la volonté profonde d’adhésion au judaïsme, il faut alors mettre en garde le candidat à la conversion contre la difficulté du statut de juif.

Cette mise en garde va porter sur

      l’histoire du peuple juif  l’antisémitisme et l’oppression dont elle témoigne (il est important que la personne soit consciente de ce qu’elle va se joindre à une minorité opprimée !)

      l’engagement à appliquer tous les commandements : la personne convertie doit accepter inconditionnellement toutes les lois

      l’acceptation de l’immersion en bain rituel (mikvé) devant témoins  et pour les hommes, l’acceptation de la brit-milah

      l’acceptation du passage devant le tribunal rabbinique (beit-din) comportant trois rabbins (ou érudits/sages de la communauté)

 

Le processus d’apprentissage de ce qu’est le judaïsme (histoire, traditions, textes, lois, valeurs, pratiques, langue …) peut alors seulement commencer.

 

La rigueur d’aujourd’hui en matière de conversion n’a pas toujours existé. Le Talmud comme Maïmonide  écrivent au contraire qu’il faut encourager l’intention : il n’était pas d’usage de décourager celui qui voulait se convertir.

Si un Homme se marie civilement avec une femme juive, cela ne doit pas invalider le processus de conversion.

Une femme convertie ou voulant se convertir n’a pas le droit de se marier avec un Cohen, sauf si elle est enceinte ou a un très jeune enfant de ce Cohen : cela montre le sens de la responsabilité qu’avaient nos sages vis-à-vis des enfants. Dans le judaïsme, le fœtus « fait partie intégrante de la mère » : la conversion d’une femme enceinte donne automatiquement la qualité de juif à son enfant.  Mais une exigence d’honnêteté réclame que la grossesse ne soit pas dissimulée au tribunal rabbinique.

Les cas évoqués ci-dessus démontrent clairement qu’une femme qui va se marier peut se convertir, et la présence d’un enfant est une raison supplémentaire d’acceptation de la conversion.

Alors pourquoi est il écrit qu’une conversion ne peut être acceptée s’il y a intention de mariage ? De nombreux commentateurs précisent que s’il s’agit d’un mariage d’amour, avec véritable intention de fonder un foyer juif, alors il faut encourager un rapprochement du couple par la conversion. La notion de « a priori ou a posteriori » a beaucoup d’importance.  Il y a une présomption de sincérité et le doute va bénéficier à celui qui veut se convertir. On suppose qu’avec le temps, l’étude, la pratique, l’intention viendra également.

 

Le judaïsme ne fait pas de prosélytisme, mais à la personne qui vient au judaïsme, la communauté    a le devoir de l’aider à être acceptée, intégrée, formée. Hillel était convaincu que l’acceptation d’une conversion en vue du mariage avait pour conséquence d’ancrer les deux époux dans une pratique juive plus forte. Pour les maîtres du talmud, la tendance était à faire confiance à la personne désireuse de se convertir en vue du mariage. Dans le contexte de domination romaine, il était  certes difficile de trouver un quelconque intérêt à rejoindre ce peuple opprimé, et la sincérité de la démarche était donc supposée.

 

Pour Maïmonide, si un Homme juif a des relations avec une femme non juive, et si elle veut se convertir, il ne pourra pas l’épouser. Par contre, s’il est marié civilement avec elle, elle sera acceptée car l’engagement du couple est alors un gage de sérieux. Aujourd’hui, la pratique est souvent inverse : on cache une relation préexistante au processus de conversion, et on simule une rencontre beaucoup plus tardive.

 

Aujourd’hui on peut observer que si une conversion est rejetée dans un couple mixte, le conjoint juif va s’éloigner du judaïsme, considérant que la religion a rejeté son conjoint.  Pour Maïmonide, il convient de se marier pour se convertir, car il faut donner une légitimité à ce couple.

 

De plus, aujourd’hui il faut également considérer le problème démographique qui se pose au peuple juif. Un mariage sur deux est exogame, et il y aura donc bientôt deux à trois fois moins de juifs. Lorsqu’une population correspond à moins de 1 % de la population nationale, il est quasiment impossible d’éviter les mariages mixtes. L’engagement à accepter les conversions en vue du mariage doit aussi répondre à ce problème en étant considéré comme un facteur d’accroissement du peuple plus que comme facteur d’assimilation.

 

L’intention de mariage ne doit donc pas constituer un obstacle à la conversion : l’impétrant doit être considéré comme un juif potentiel qu’on doit accompagner et aider, et les rabbins ont en ce domaine une grande liberté d’appréciation.





La conversion au Judaïsme chez les libéraux

 

Le "peuple élu" a-t-il pour vocation de faire entrer en son sein ceux dont les lointains ascendants n'auraient pas été présents au pied du Mont Sinaï lorsque Dieu se révéla aux enfants d'Israël ?

Bien que le judaïsme ne soit pas une religion qui prêche le prosélytisme, il n'en est pas moins vrai que son message se veut universel. Tant la Bible que la littérature rabbinique, ou encore la liturgie sont porteurs de l’espoir qu'un jour tous les peuples de la terre reconnaîtront le Dieu d’ Israël et accepteront Ses préceptes. Ainsi la prophétie de Michée:
"[...] toutes les Nations y afflueront. Et nombre de peuples iront en disant : "Or ça, gravissons la montagne de l'Eternel pour gagner la maison
du Dieu de Jacob, afin qu'Il nous enseigne Ses voies et que nous puissions suivre Ses sentiers". Dans la Mékhilta de Rabbi Ismaël, il est dit : "Les prosélytes sont aimés de Dieu, Il les considère comme faisant partie d’Israël". Et dans le Talmud', il est dit : " Le Saint Béni Soit-il a
dispersé Israël au milieu des peuples, afin d'en accroître son nombre avec les prosélytes".

 La Bible multiplie les exemples de prosélytes. Asnath, la femme de Joseph, 
Séphorah, la femme de Moïse, ou encore Ruth, arrière grand--mère du Roi David ! A l'époque gréco-romaine de grands Maîtres rabbiniques tels que Rabbi Akiva, Avtalyon, Chemayah ou encore Onqelos, le traducteur de la Torah en araméen, étaient eux-mêmes convertis ou descendants de convertis.
Ces illustres personnages sont aussi nos ancêtres. Chaque juif en est le
descendant.

Le Talmud, dans le traité Yevamot, se montre particulièrement accueillant vis à vis des prosélytes, considérant, à 1'heure des persécutions romaines,
1'acte de conversion au judaïsme comme un acte de courage. A cette époque, les conversions en vue d'un mariage étaient acceptées. Cette acceptation sera abolie par le Shoulkhane Aroukh' au XVIIIème  siècle. Il reste à
admettre que la littérature rabbinique se montre particulièrement conciliante quant aux conversions en vue d'un mariage lorsque les conjonctures menacent la pérennité du peuple juif. Le judaïsme libéral considère que, de nos jours, la menace d'assimilation est réelle et que nous agissons dans 1'esprit du Talmud en acceptant ce type de conversion.

Pour le Judaïsme libéral, il n'existe pas de "conversions faciles". Chaque démarche implique la personne, demande souvent un renoncement et des efforts certains. Le/la candidat/e à la conversion devra dans un premier temps rencontrer un Rabbin et lui exposer ses motivations. Sur ce point précis, ce qui oppose le Judaïsme non orthodoxe au Judaïsme orthodoxe est
1'intention. Pour le judaïsme orthodoxe, 1'intention doit être "leshem
shamayïm", désintéressée. Ainsi une conversion en vue d'un mariage représente un intérêt qui ne peut être acceptée par les autorités rabbiniques orthodoxes. Le Judaïsme libéral, pour sa part, se penche davantage sur la sincérité du candidat. Nous ne pensons pas qu'il y ait une perversion à vouloir, en même temps que 1'on épouse quelqu’un, épouser sa religion. Ce dernier point conduit les rabbins à apprécier leur responsabilité en tant que dépositaires de la Loi juive face à un taux croissant, et à
terme dangereux, de mixité et d'assimilation. En ne permettant pas au conjoint non juif d'entrer dans le Judaïsme, on "perd" bien souvent le conjoint juif et ses enfants.

Nous distinguons, bien que la Halakhah ne le fasse pas, le candidat 
non-juif du candidat dont le père est juif, dans ce dernier cas, il s'agit dune procédure de confirmation de judaïté (le Consistoire parle, lui, de "régularisation de statut"). La procédure demeure exigeante, tout en signifiant au candidat que sa démarche consiste à s'inscrire dans la religion du père. Tout comme la conversion, la confirmation requiert
1'acquisition de connaissances dispensées durant 1'année de cours, la circoncision pour les candidats ainsi que le bain rituel dans tous les cas.

 Il faut admettre que le Shoulkhane Aroukh limitait le processus de conversion à sa plus simple expression. Après avoir rejeté ou découragé le candidat à trois reprises, si celui-ci se représentait en acceptant "ol
mitsvot", le "joug" des principes de la Loi juive, alors celui-ci devenait juif "miyad" immédiatement, sans qu'il ne soit question de connaissances, de cours, de fréquentation de la synagogue... Force est de constater que
1'approche de la conversion, tant dans le milieu non-orthodoxe qu'orthodoxe, s'est radicalisée ces dernières années, et que les exigences sont bien souvent supérieures à celles que 1'on attendrait d'un "juif par naissance".

 

Après cet entretien préliminaire, et si le Rabbin juge la personne apte à
se convertir, c'est à dire présente des gages de sincérité et d'engagement durable dans le judaïsme, le/la candidat/e, se rapprochera de la communauté, participera à ses activités, aux offices religieux... et pourra finalement intégrer le cours d'introduction au Judaïsme. Ce cours se déroule sur au moins une année pleine. Au terme de cette année de cours, le Rabbin décidera si le candidat est prêt à être présenté devant un
Beth-Din'. Le candidat aura préalablement été interrogé par écrit. Le
Beth-Din appréciera les connaissances du candidat ainsi que son implication dans la communauté (connaissance de la liturgie et du sens des prières). Il lui sera demandé d'être, comme le dit notre tradition, un
"guer tsedek", ou une " guera tsedek" (prosélyte juste). S'il s'agit d'un candidat, il doit impérativement être circoncis ; si toutefois il est déjà circoncis, une cérémonie, "hataffat dam Brit", 
"écoulement du sang de 1'alliance" a lieu. Dans tous les cas, le candidat, homme on femme, doit s'immerger dans le "Mikvé", et choisir un nom biblique, signe de son entrée dans la communauté d'Israël. ll est d'usage, 
dans les semaines qui suivent la conversion, d'appeler le/la converti/e à
la Torah.'

Les actes de conversion pratiqués par les "Beth -Din" de communautés
non-orthodoxes (libérales, réformées, conservatives, massorati...) ne sont pas reconnus par les autorités consistoriales en France. Toutefois, le/la prosélyte converti/e dans le cadre de ces communautés sera reconnu/e comme
juif/ve par toutes les communautés non-orthodoxes à travers le monde (ce qui représente la large majorité des communautés juives), et sera
considéré/e comme juif/ve par 1'Etat d'Israël, bénéficiant ainsi de la Loi
du retour qui autorise chaque juif à pouvoir réaliser son "alya".

Dans tous les cas, le Judaïsme libéral ne pratique pas de mariages mixtes. Les Rabbins libéraux ne marient que des juifs, qu'ils le soient par naissance ou bien par conversion.

 

Rabbin Gabriel Farhi