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BILLET DU 17 MARS 2013

 

« Une nécessaire humilité… »

 

Le nouveau Pape est porteur d’espoir. Espoir pour la communauté catholique dans son ensemble mais pour la communauté humaine de façon plus générale. Le pape François qui aura pour mission de guider la plus importante communauté religieuse au monde semble faire des émules au-delà de ses rangs dans un concert de louanges quasi unanime. Mais sans surprise, n’est-ce pas le rôle de l’Eglise que de porter la parole de Jésus et d’évangéliser le monde ?

 

L’élection du pape François suscite un élan de sympathie pour ce qu’il est. On a loué son humilité, sa simplicité et son accessibilité. Il est difficile de ne pas penser, toutes proportions gardées, à la personnalité de Moïse dont on nous dit que sa plus grande vertu était l’humilité. Et c’est peut-être ce qui crée ce lien spontané dont les représentants de la communauté juive à travers le monde se sont fait l’expression. Le pape François serait un peu l’incarnation d’un Moïse contemporain pour les catholiques. Celui qui bien que représentant D.ieu sur terre demeure près des hommes et des plus modestes ou pauvres. On nous rappelle à l’envie qu’il prenait les transports en commun, avait renoncé à un somptueux archevêché pour habiter dans un modeste appartement, s’habillait sobrement, fréquentait les bidonvilles de Buenos Aires…

 

Le « pape des pauvres » veut même une « Eglise pauvre pour les pauvres ». De nombreux archevêchés doivent déjà trembler à travers le monde tant la hiérarchie catholique est souvent synonyme d’un faste qui semble en profond décalage avec la réalité de la vie des fideles. La question plus générale est de savoir s’il convient pour les hauts dignitaires religieux d’être des hommes humbles et modestes. La réponse pourrait de façon assez évident être positive là où ce n’est rarement le cas. Dans l’Eglise, les religieux font vœu de pauvreté, et cela vaut donc à tous les échelons de la hiérarchie. Le pape François ne ferait donc que rappeler une évidence ? La pauvreté en l’état c’est le renoncement à un pouvoir qui le placerait au-dessus des autres. Il se veut être un homme parmi les autres. C’est une idée très généreuse qui nous en rappelle une autre plus politique dans l’idée de normalité ! D’un François à l’autre, l’épreuve de la réalité est bien souvent différente des intentions premières.

 

 

Billet du 27 janvier 2013

 

« Etonnant JFK… »

 

Jean-François Kahn est décidemment un homme bien surprenant. Il y a quelques années il s’attaquait violemment à Richard Prasquier, le président du Crif qui affirmait, en pleine crise des flottilles de Gaza, que 90% des juifs de France soutenaient l’action de Tsahal à Gaza. Aujourd’hui, dans une tribune dans le « Huffington Post », JFK interpelle le Crif après les élections israéliennes : « Messieurs dames du Crif, parlez ! » Selon le journaliste : « le choix devant lequel se retrouve aujourd’hui cette démocratie, à certains égards exemplaire, – choix qui, ne nous y trompons pas, concerne le monde entier - est redoutable: soit la constitution d’un gouvernement intégrant tous ceux, potentiellement majoritaires, qui entendent libérer Israël de ses démons et du même coup de ses cauchemars qui sont aussi les nôtres, soit le repli sur une coalition dont les intégristes et quelques ultras objectivement fascisants constitueraient la pointe la plus affilée, pour ne pas dire le fer de lance ».

 

Pour Jean-François Kahn, après ce constat, le judaïsme de diaspora devrait intervenir pour faire pencher la constitution du gouvernement israélien vers un certain équilibre. Soit. JFK d’ajouter : « En France, il y a un organisme qui est censé parler au nom de cette communauté. Ou au moins au nom de ses intérêts. Le Crif. Et que dit-il? Rien! Il y a un moment où il faut mettre cartes sur table: accepterait-il la seconde solution ? ».

 

Quelle position étonnante et inquiétante. Celui qui crie un jour au communautarisme et à l’interventionnisme est le même qui demande aujourd’hui à Richard Prasquier de prendre position et, au fond, de faire pression (au nom de qui et de quoi ?) sur le premier Ministre israélien, rien de moins.

 

Il ne saurait y avoir deux poids, deux mesures. Rappelons qu’en France il y a un Ambassadeur qui représente Israël. Que ne reproche t-on aux juifs de diaspora de prendre position dans les affaires israéliennes. JFK considère qu’il en va de « l’intérêt » des juifs de France. Mais pourquoi donc cela serait dans notre intérêt que telle ou telle coalition voit demain le jour ? Le terrain est glissant à s’aventurer dans ce type de considération. Serait-ce à dire que la couleur de la coalition du gouvernement israélien définira la qualité de la communauté juive française ? Soutenir Israël ne veut pas dire influer sur sa souveraineté. Israël reste et demeure la seule démocratie dans la région. Les urnes ont parlé et ce n’est pas en vociférant en France que l’on y changera quoique ce soit.

 

BILLET DU 13 JANVIER 2013

 

« Prochaine étape : le mariage religieux… »

 

Les manifestations se succèdent dans le projet de loi du « mariage pour tous ». Un débat, pour autant que celui-ci se tienne, hautement clivant qui ne permet pas d’affirmer qu’une large majorité penche en faveur ou en défaveur du droit accordé aux personnes de même sexe de se marier civilement. Et pourtant, cette loi passera. Elle passera car le candidat Hollande en avait fait un engagement de campagne et que la représentation parlementaire de gauche est majoritaire dans les deux Assemblées. Le judaïsme a fait connaître son opinion dans l’essai du Grand Rabbin Gilles Bernheim jusqu’à inspirer, excusez du peu, le Pape lui-même. Toutefois je maintiens que ce débat n’est pas celui des religieux s’agissant de questions laïques et sociétales. Une opinion peut être exprimée, elle ne doit pas représenter une recommandation.

 

En vérité, il est un autre débat dont les religieux devront très rapidement s’emparer : celui du mariage religieux pour les personnes de même sexe. Vous pouvez penser que la question est prématurée mais vous verrez qu’elle apparaîtra très rapidement après l’adoption de la loi. Au regard du judaïsme cette hypothèse est tout simplement inenvisageable, notre tradition ayant inclut dans le texte même du mariage le rappel des unions interdites. Pour le Judaïsme la réponse est simple, un mariage religieux ne peut se tenir qu’entre un homme et une femme majeurs, tous deux juifs et non-mariés. Quelques exceptions viennent s’ajouter si l’on considère le statut spécifique du Cohen.

 

Certains considèreront, à l’instar de nombreux rabbins libéraux dans des pays anglo-saxons, que cette union est licite. Cependant la célébration d’un mariage religieux entre deux personnes de même sexe me semble être dans les limites de ce que la réforme ne devrait pas accepter. Oui la religion comporte de grands et beaux principes d’éthique et de morale qui doivent nous faire accepter et respecter chacun dans sa diversité et dans ses orientations, mais elle est aussi détentrice d’un dogme et d’une doctrine. On ne peut au gré des mouvements de société, même quand ceux-ci semblent représenter une évolution, réformer des lois séculaires dans le simple souci d’être en phase avec le monde dans lequel nous vivons. En d’autres termes, le religieux ne doit pas être une caisse de résonnance au laïc.

 

 



BILLET DU 16 DECEMBRE 2012

 

« Le troisième Testament… »

 

Bonjour,

 

Il faut se demander pourquoi le drame de la tuerie de Newton nous affecte tant créant une émotion internationale. Des massacres sont opérés quotidiennement dans le monde, on pensera en premier lieu à la Syrie. Ce qui fait la singularité de la tuerie de Newton réside dans au moins deux raisons. La première ce sont les cibles, 20 jeunes enfants entre 6 et 7 ans et 6 femmes adultes. Des victimes qui ne pouvaient se défendre et encore moins répliquer à la haine meurtrière. La deuxième raison réside elle dans un amendement de la Constitution américaine.

 

Depuis le 15 décembre 1791, la Constitution américaine codifiée dans une « bill of rights » une « déclaration des droits » comporte en son deuxième amendement la déclaration suivante : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. » Oui aux Etats-Unis on peut librement se procurer des armes et les posséder. On estime que 40% de la population américaine en possède au moins une. La question de la possession des armes est un tabou absolu, au-delà même de la question de la peine de mort. Posséder une arme serait pour beaucoup la liberté de se défendre individuellement et de protéger la collectivité. Les plus conservateurs considèrent que la tuerie de Newton leur donne raison. Si des adultes avaient possédé des armes, ils auraient pu répliquer. Le sujet est à ce point tabou que les Démocrates eux-mêmes ne s’hasardent pas à le discuter. Les lobbys des marchands d’armes sont puissants et influents. La dernière campagne présidentielle américaine témoigne des intérêts croisés entre l’argent des lobbys et une campagne électorale. La morale s’arrête là où la politique commence.

 

Les observateurs considèrent que ce drame ne viendra pas modifier un amendement vieux de plus de 200 ans. Contrairement à la France, les Etats-Unis ne légifèrent pas sous le coup de l’émotion. Non l’émotion de l’autre coté de l’Atlantique est ritualisée en une grand messe unitaire où le Président lui-même verse sa larme. On prie ensemble avec comme livre commun la Constitution et ses amendements. Depuis le 17 septembre 1787, la Constitution n’a connu que 27 amendements, autant dire quasiment aucun conférant à ce texte le statut d’une Bible. Hasard de l’histoire, c’est le compromis du Connecticut, ce même état qui est le siège de cette tuerie, qui vaudra à la Constitution d’être gravée dans le marbre. On peut être admiratif d’une telle stabilité dans les Lois fondamentales de ce grand pays comme on peut s’émouvoir de son caractère immuable en dépit des enseignements de l’histoire et de l’évolution inéluctable de la société.

 

BILLET DU 2 DECEMBRE 2012

 

« Les religieux humiliés par la République… »

 

Il s’est passé jeudi 29 novembre un moment grave dans l’histoire de la République, et ce moment est passé presque inaperçu. Les responsables religieux des six cultes en France on été auditionnés par une poignée de députés, à peine une quinzaine, à l’Assemblée nationale dans le cadre de la préparation de la loi sur le « mariage pour tous » ou encore le « mariage homosexuel ». Ce qui aurait dû représenter une rencontre éclairée pour entendre des sensibilités religieuses, s’est transformé en tribunal puis en procès en ordre rangé contre les religions. Alors que les religieux s’étaient préparés à ce rendez-vous républicain, et non à une accusation, le thème qui les réunissait a été rapidement éludé pour offrir une tribune à quelques députés qui avaient jurés d’en découdre.

 

Le plus véhément d’entre-eux fut probablement un certain Alain Tourret, député-maire radical de gauche. Cet homme semble avoir un passif avec l’Eglise catholique en particulier tant ses attaques se sont révélées aigries prenant à partie directement le Cardinal Vingt-Trois qui selon lui n’a pas digéré « la rupture de 1792 » qui a donné sa pleine légitimité au mariage civil. Et de surenchérir en ajoutant : « Vous appuyez votre pouvoir sur l’institution du mariage (…) mais à part quelques exceptions vous vous êtes pratiquement trompés à chaque fois (…). La fracture entre vous autres et l’opinion est totale ». Au passage il qualifiera de « lobbys » les religions qui viennent faire valoir leur point de vue devant la représentation nationale. Et de conclure : « Vous lancez vos troupes, vos évêques, vos catholiques s’il en reste ». Nul ne peut objecter qu’un homme puisse avoir des opinions anticléricales. Là où le bât blesse c’est qu’Alain Tourret n’est pas un citoyen comme les autres, il est censé les représenter dans leur diversité. J’ignore si tous les habitants du petit village de Moult dans le Calvados, dont il est le premier magistrat, partagent cette opinion. Ce qui est certain, c’est que si l’Assemblée nationale juge bon d’auditionner les religions, elle devrait savoir les recevoir. Cela m’a fait penser à l’audition de Fabrice Burgaud, le Juge d’Outreau, qui avait dû rendre des comptes devant les parlementaires dans cette même salle qui a vu les religieux humiliés.

 

La commission des lois devrait se montrer impartiale et écouter en toute objectivité les opinions des uns et des autres. Mais depuis le début des auditions le débat est tronqué. « Le Figaro » révélait dans son édition du week-end que sur les 139 personnes auditionnées, 85 étaient favorables au mariage homosexuel contre 39 défavorables et 15 neutres. Autant dire que la très large majorité a été choisie afin de conforter les députés pressés de faire passer cette loi. Les six représentants religieux en ont fait les frais.

 

Quand Alain Tourret apostrophe les représentants religieux en leur disant : « Laissez aux élus la responsabilité de décider », on serait tenté de lui répondre que cette responsabilité s’appuie sur l’écoute et une certaine forme d’humilité. Deux vertus dont Monsieur Tourret semble être totalement dépourvu.

 



BILLET DU 25 NOVEMBRE 2012

 

« Jacob Fillon et Esaü Copé… »

 

Le psychodrame vaudevillesque qui se joue à l’UMP depuis une semaine ressemblerait presque à un épisode biblique. Cet épisode pourrait être celui de Jacob Fillon et de Esaü Copé, à moins que ce ne soit l’inverse, peu importe. On peut imaginer naïvement que dans une même formation politique un sentiment fraternel règne. A moins que ce ne soit celui de compagnonnage dans les pas du Général de Gaulle qui doit se retourner dans sa tombe en voyant le triste spectacle offert par ceux qui se réclament de cet héritage et d’une certaine filiation. A l’instar de Jacob et d’Esaü tous les coups sont permis dans une même famille. Des coups qui font d’autant plus mal qu’ils obligent les partisans de deux camps à prendre position pour leur héraut et donc à creuser plus encore les divisions. Jacob et Esaü étaient à ce point deux frères irréconciliables et à jamais ennemis que dans le ventre de leur mère déjà leur était promis un destin différent à la tête de deux nations distinctes. L’épilogue logique de ces élections à l’UMP devrait être soit la dissolution de la formation politique, soit la création d’une nouvelle ou plutôt de deux nouveaux partis politiques. L’ambiance n’est définitivement pas à la franche camaraderie. Il faudra pourtant que Copé et Fillon s’entendent d’une façon ou d’une autre et avec eux les deux moitiés des militants. L’histoire en témoigne, plus les divisions sont longues plus les réconciliations sont inatteignables.

 

Nous avons assisté cette semaine à un beau rassemblement en faveur d’Israël à quelques mètres de l’Ambassade d’Israël avec une jolie leçon, si ce n’est de fraternité, en tout cas de réunion au-delà des divisions habituelles autour d’une cause supérieure : l’existence et la défense de l’Etat d’Israël. Des organisations communautaires souvent brouillées, qui ne communiquent pas ou peu entre-elles, se sont réunies le temps d’un rassemblement pour témoigner de ce que la situation est suffisamment grave pour que les divisions se taisent le temps d’une démonstration de mobilisation unitaire. Une bien belle leçon dont pourraient s’inspirer ceux qui offrent en pâture une image détestable de l’engagement politique car au fond l’engagement politique et l’engagement communautaire connaissent bien des similitudes.

 

 

 

 BILLET DU 11 NOVEMBRE 2012

 

« Le Nutella est-il si casher que cela… ? »

 

Il y a, dans le flot des actualités, certaines qui apparaissent mineures, et pourtant. En l’espace d’une semaine le gouvernement a annoncé taxer à 300% l’huile de palme. On a alors découvert que ces graisses sobrement appelées « matières grasses végétales » étaient à la fois hautement nocives et toxiques mais également présentes dans de nombreux produits d’alimentation courante. Ainsi cette taxe se voit-elle déjà appelée par certains la « taxe Nutella » tant le producteur de pate à tartiner devient l’emblème de ces produits en contenant sans que cela soit explicitement mentionné. Dans la foulée, la société italienne Ferrero, détentrice de la fameuse marque, a annoncé ne pas entendre changer sa recette. Si l’on se penche sur la recette miracle, un pot de Nutella contient pas moins de 55% de sucre, suivi dans sa composition de 17% d’huile de palme. Interviennent ensuite dans la composition en plus petite quantité du cacao et les fameuses noisettes piémontaises.

 

Pourquoi donc prendre la plume pour vous parler de cela ? Que le produit soit hautement calorique ne le disqualifie pas même s’il est présenté dans les publicités comme s’adressant en premier aux enfants en guise de complément au petit-déjeuner ou lors des gouters. On peut penser que tout cela est bon pour leur croissance alors qu’en y regardant de plus près la pate à tartiner est composée à 70% de graisse et de sucre. Soit. Mais il ne s’agit pas de n’importe quelles graisses. L’huile de palme, outre les désastres écologiques portés sur les forêts de Malaisie et d’Indonésie contient une graisse riche en acides gras saturés qui augmente sensiblement le taux de cholestérol et les maladies cardio-vasculaires jusqu’à inquiéter les pays occidentaux qui en sont de gros consommateurs. Il y a donc un impact réel sur la santé et une dangerosité avérée. Pour autant, l’huile de palme est casher. Tout au plus la question se pose sur son mode de transport qui pourrait, dans certaines circonstances, la rendre impure à la consommation. Mais l’exemple de l’huile de palme soulève une véritable question sur une casherout qui pourrait être élargie à des aliments nocifs. Certes, la cuisine juive n’est pas un modèle de diététique mais si l’on peut s’épargner des risques avérés, pourquoi ne pas le faire ? En son temps, Maïmonide s’était avancé sur la question des graisses en relevant, dans le mélange carné-lacté, un apport significatif en acides gras. On s’accordera à dire que la casherout n’est pas un ensemble de règles alimentaires de bien-être mais tout de même, puisque nous avons intégré la privation de certains aliments, ne pourrions-nous pas y ajouter ceux qui, aujourd’hui autorisés, représentent une toxicité réelle ?

 



BILLET DU 21 OCTOBRE 2012

 

« Un responsum républicain… »

 

« Le Grand Rabbin de France s’oppose au mariage homo ». Chapeau d’article un peu réducteur proposé par l’édition du Figaro de ce dernier week-end. A la manière d’un Edmond Rostand dans la bouche de Cyrano de Bergerac, cette tirade : « Ah ! Non ! C'est un peu court, jeune homme !
 On pouvait dire... oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme… ». Car la position de Gilles Bernheim dans cet essai de 25 pages ne peut se limiter à un chapeau quand bien même celui-ci, par nature, se doit d’accrocher le lecteur par un résumé saisissant. « Ce que l’on oublie souvent de dire » tel est le titre de cet essai. Pas d’anathème, pas d’exclusion, une réflexion profonde et une explication implacable d’un Rabbin dont on comprend qu’il est aussi philosophe. Son introduction donne de la légitimité à sa parole là où certains pourraient se demander ce qu’un religieux peut bien avoir à dire dans un débat laïc. S’il est entendu que le mariage civil et le mariage religieux sont deux institutions différentes et qu’en aucun cas le judaïsme ne devrait prononcer des unions homosexuelles au seul motif que la loi du pays l’autorise, Gilles Bernheim en « porte-parole et référent du judaïsme français dans sa dimension religieuse » énonce des principes qui doivent être entendus.

 

Avec une parole inédite pour un Grand Rabbin, Gilles Bernheim se refuse à citer le Lévitique qui affirme que l’homosexualité est une abomination. Aucun jugement moral sur cette orientation, ce n’est pas le sujet. Non, Gilles Bernheim préfère s’intéresser au projet de loi sur le mariage homosexuel, sur la généalogie et finalement l’identité des enfants accueillis dans des familles homosexuelles, en déclinant sa réflexion autour de ce postulat : « Ce qui pose problème dans la loi envisagée, c'est le préjudice qu'elle causerait à l'ensemble de notre société au seul profit d'une infime minorité, une fois que l'on aurait brouillé de façon irréversible trois choses:Les généalogies en substituant la parentalité à la paternité et à la maternité. Le statut de l'enfant, passant de sujet à celui d'un objet auquel chacun aurait droit. Les identités où la sexuation comme donnée naturelle serait dans l'obligation de s'effacer devant l'orientation exprimée par chacun, au nom d'une lutte contre les inégalités, pervertie en éradication des différences ».

 

Le « problème » dans un essai de ce calibre c’est qu’il s’oppose à des slogans simplistes : « Le mariage pour tous », « Mieux vaut un couple homosexuel qu’un orphelinat »… Le Grand Rabbin de France refuse ce simplisme lui préférant la force de la réflexion à travers ce qui ressemble beaucoup à un responsum républicain, un nouvel exercice de style qui est tout à fait singulier et confère à son auteur le titre de « Rabbin dans la cité ».

 

 

Billet du 7 octobre 2012

 

« La souccah comme véritable protection… »

 

Le démantèlement d’un groupe terroriste hier par les forces de police doit être vu comme un signe fort de l’implication du gouvernement dans la tolérance zéro face à l’antisémitisme. Certains avaient considéré que le jet d’une grenade défensive devant un commerce cacher était un acte antisémite parmi tant d’autres. Il y avait certes un blessé léger mais il n’y avait pas mort d’homme. On a appris à vivre dans ce contexte anxiogène pensant parfois que ces actes viennent s’additionner dans des statistiques dont on s’aperçoit avec effroi que la courbe demeure ascendante. Et puis, trois semaines plus trad. Il y a une opération d’envergure à la suite d’une enquête menée dans le silence et sans gesticulations.

 

Mais cette cellule islamiste salafiste démantelée ne peut que nous rappeler les drames de Montauban et de Toulouse. Une fois encore des hommes étaient prêts à mourir en martyr d’une cause ignoble et qui n’a rien à voir avec l’Islam. Le Ministre de l’Intérieur s’alarme d’une menace terroriste sur la France, une menace « dans nos quartiers ». Nul ne peut imaginer que le mal se trouve éradiquée. Combien de Merah ou de Louis-Sidney attendent leur tour ? Ils sont, on l’imagine en le craignant, nombreux.

 

C’est dans ce climat que le candidat à la présidence de l’UMP a fait une sortie très remarquée sur fond de pains au chocolat et de Ramadan ! Ces propos ne sont certainement pas de nature à apaiser les tensions sur lesquelles s’appuient ces fondamentalistes terroristes pour donner une justification à leurs actes. Tout leur est prétexte pour justifier l’injustifiable. La parole publique est importante et on ne peut de façon aussi légère diviser l’opinion française pour servir des intérêts partisans.

 

Reste à présent la question sensible de la protection des synagogues, centres communautaires et écoles juives qui bénéficient d’une surveillance aléatoire. On peut s’émouvoir de voir des écoles juives qui accueillent des centaines d’enfants bénéficier d’une ronde une à deux fois par jour. Que dire de ces nombreuses synagogues ignorées par les forces de police. Le grave incident d’hier soir à la synagogue d’Argenteuil, à l’heure où de nombreux fidèles se rendaient pour la fin du Shabbath et la veillée d’étude d’Hoshanah rabbah, nous interpelle. Manuel Valls recevra ce matin des représentants de la communauté juive qui se rendront après à l’Elysée. Comment ne pas se souvenir des paroles du Ministre de l’Intérieur qui déclarait il y a quelques jours à la synagogue de la Victoire que « les Juifs peuvent porter avec fierté leur kippa ». Ce n’est pas de la fierté que nous recherchons, mais de la tranquillité en espérant que la kippa ne soit pas une cible mais un témoignage de notre piété.

 

Ironie du sort en cette fête de souccot, c’est sous la souccah que nous recherchons la protection.

 

 

BILLET DU 23 SEPTEMBRE 2012

 

« Interdire le FN dans l’espace public… »

 

Nous sommes tous tombés dans le piège tendu par Marine Le Pen qui sera parvenue à monopoliser l’espace médiatique vendredi dernier alors que le Président de la République inaugurait le Mémorial de Drancy. Cette inauguration aurait dû être l’événement marquant tant par la qualité du discours présidentiel que par le caractère unique de cette visite. Rendez-vous compte, c’était la première fois qu’un chef de l’Etat français se rendait sur ce lieu de martyr du peuple Juif. Et pendant ce temps, Marine Le Pen, à l’occasion de l’université d’été de son parti, répondait à une interview du « Monde » en déclarant que le voile et la kippa n’avaient pas leur place dans l’espace public.

 

Certains diront qu’elle a répondu à la hâte, elle est revenu partiellement depuis sur ses propos en demandant aux Juifs « un petit sacrifice », et ses lieutenants ont passé le week-end à tenter de minimiser cette déclaration. On pouvait penser que la fille était plus modérée que le père. De façon décomplexée de nombreux Juifs étaient prêts à lui apporter leurs voix lors des derniers scrutins. Mais le vrai visage du Front National est celui montré dans ces déclarations. En souhaitant interdire la kippa dans l’espace public, c’est à dire pour être clair, en dehors de la maison ou de la synagogue, Marine Le Pen se place au cœur d’un amalgame qui n’a d’égal que son ignorance et sa haine de l’autre.

 

Ignorance, car la kippa n’est pas un symbole identitaire ou nationaliste. C’est un objet de culte qui se trouve être par ailleurs assez récent dans l’histoire du peuple Juif. Nos ancêtres ne se couvrent la tête que depuis quelques siècles. L’origine probable étant de se distinguer des Chrétiens qui eux se découvrent en entrant dans une église. Tout au plus savons-nous que les prêtres jadis portaient un turban sur la tête. Mais le reste du peuple, lui, demeurait la tête découverte et ne se couvrait que pour étudier la Torah ou prier.

 

Haine de l’autre aussi, dans la mesure ou la présidente du FN espère dans ses propos diviser les français en stigmatisant les communautés qui n’auraient comme seule vocation idéale qu’a se fondre dans la masse. Dans sa grande générosité, Marine Le Pen a cru utile de préciser que bien entendu, les ministres du culte n’étaient pas concernés par cette mesure.

 

Il ne faut tolérer aucun écart de langage ou de pensée qui vient de l’extrême droite. Si l’espace public est à ce point précieux, c’est le Front National qui semble définitivement ne pas y avoir sa place.

 


 

BILLET DU 9 SEPTEMBRE 2012

 

« Une brebis au milieu des loups… »

 

On a beau dire « plus jamais ça », penser que les peuples apprennent de leur histoire, il n’en est rien si l’on en juge par un antisémitisme renaissant dans la vieille Europe. L’Allemagne est aujourd’hui pointée du doigt en débattant sur la circoncision faisant de chaque Juif un barbare. En une semaine des tombes juives ont été profanées sur le sol germanique et un Rabbin agressé de jour en pleine rue sous les yeux de sa jeune fille. Cela en est assez pour Charlotte Knobloch, l’ancienne dirigeante du Conseil central des Juifs en Allemagne, l’équivalent outre Rhin de notre Crif. Charlotte Knobloch signe un éditorial dans « Der Spiegel » déclarant ceci, et nous voulons ici la citer in extenso : « Depuis 60 ans j’ai défendu l’Allemagne en tant que survivante de la Shoah. Maintenant je me demande si j’avais raison. En tant que survivante, à la veille de mon 80ème anniversaire, je n’imaginais même pas dans mes pires cauchemars que j’aurais pu assister à un pareil débat ? Le zèle avec lequel ce débat traîne nos fondations religieuses dans la boue est inégalé. Des personnes qui, apparemment, n’ont aucune idée de la signification religieuse de la Brith Milaet qui n’ont probablement jamais parlé à un Juif, veulent maintenant nous dire si et comment nous pouvons suivre notre religion. Je ne veux pas rester silencieuse. Pas après tous les Juifs qui ont souffert en Allemagne », a-t-elle insisté. « Et je ne suis plus prête à aller de pair avec l’imposture dont les gens parlent : une nouvelle, fraîche, et florissante communauté juive en Allemagne ; dans le but de donner aux Allemands le sentiment que le temps peut guérir même la plus grande des plaies imaginables. Pendant six décennies, j’ai eu à me justifier parce que je suis restée en Allemagne  comme un vestige d’un monde détruit, comme une brebis au milieu des loups. J’ai toujours facilement porté ce fardeau parce que j’étais fermement convaincue que ce pays et son peuple le méritaient. Pour la première fois, mes convictions de base commencent à trembler. Pour la première fois, je me sens démissionner. Je me demande sérieusement si ce pays veut encore des nous, les Juifs ».

 

Comment ne pas être interpellé par ce cri du cœur d’une survivante de la Shoah qui a cru et espéré que des Juifs pouvaient encore vivre sur une terre maudite ! Si l’Allemagne a fait un vrai travail de repentance et de réparation, l’argent ne peut pas tout. Il ne suffit pas d’injecter sur les deniers publics des centaines de millions d’euros, c’est bien de cet ordre de grandeur dont on parle, pour gagner une respectabilité et ensuite insulter une religion. A l’approche des fêtes de Tishri, cela me fait penser aux indulgences jadis dans l’Eglise catholique, où le riche pouvait, en y mettant le prix, gagner l’absolution de ses pêchés. L’Allemagne d’aujourd’hui est dans cette logique d’une repentance supposée que l’argent pourrait conquérir. Charlotte Knobloch est une femme courageuse et ne doit pas demeurer seule dans son combat qui est le notre.

 

 



BILLET DU 16 SEPTEMBRE 2012

 

« Quand le cardinal se fâche… »

 

Le projet de loi sur le mariage homosexuel suscite bien des réactions et ce n’est qu’un début. Première sortie très remarquée, celle de l’archevêque de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin. Répondant à une interview dans des médias catholiques, on ne dira jamais assez qu’un média communautaire est avant tout un média, le cardinal Barbarin a considéré qu’un mariage homosexuel ouvrirait la voie à la polygamie et à l’inceste. Rien que cela. On ne peut faire le reproche à l’un des hommes les plus influents de l’Eglise française d’être dans son rôle en rappelant la doctrine religieuse. A fortiori quand l’auteur se trouve être par ailleurs membre de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France. Que le Cardinal rappelle qu’une union consacrée par les liens du mariage est inenvisageable entre deux personnes du même sexe est presque une évidence. Le contraire eut interpellé plus d’un de ses fidèles jusqu’au Ministre de l’Intérieur et des Cultes, Manuel Valls, qui considère qu’il est de « son droit », « peut-être même de son devoir » de tenir ces propos. On comprend bien là dans le même temps la complexité pour les religions d’éclairer le débat public tout en respectant les principes de laïcité de notre République.

 

Mais l’émotion relativement consensuelle qui s’en est suivie repose davantage sur l’amalgame fait sur une orientation de vie qui puisse être de la sorte stigmatisée dans des déviances supposées et imaginées. On a peine à suivre le Cardinal dans son raisonnement. En quoi un homosexuel serait plus susceptible qu’un hétérosexuel à s’orienter vers la polygamie et l’inceste ? Car au fond, si l’homosexualité n’est pas un délit dans le droit français, la polygamie et l’inceste eux le sont. Cela revient donc a considérer les homosexuels comme des délinquants, voire des criminels, avérés ou en puissance. C’est un raccourci assez hasardeux et pas vraiment charitable pour un homme d’Eglise, aussi respectable soit-il de surcroit.

 

Il est probable que le cardinal Barbarin n’ait pas pris la pleine mesure de ses propos et encore moins de l’émoi de beaucoup. Philippe Barbarin a la réputation d’être un homme de dialogue et d’ouverture. Il est bien connu de la communauté juive pour avoir coécrit avec le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, un ouvrage particulièrement enrichissant, « Le rabbin et le cardinal ». On pourra toutefois lui donner crédit de ce que ce débat, loin d’être uniquement hexagonal, est placé littéralement au centre des élections américaines. Il est certain que pour de nombreux conservateurs américains ces propos sont paroles d’évangile…

 

 

 



BILLET DU 26 AOUT 2012

« Eloul : le mois bien-aimé… »

Bonjour,

Voila maintenant une semaine que nous sommes entrés dans le mois d’Eloul. A priori il n’y aurait pas grand-chose à dire sur ce mois qui, à l’instar du mois de Heshvan, ne compte ni fêtes ni jeûnes. Mais contrairement à Heshvan, le mois d’Eloul n’est pas qualifié de « mar », amer car, s’il ne connaît pas de dates culminantes, c’est que l’ensemble du mois est important.

Depuis le Rosh Hodesh, la plupart des communautés séfarades entreprennent les offices matinaux de « selihot », ces prières de repentance qui nous préparent à entrer dans les fêtes de Tishri. Il est d’usage de réciter une à deux fois par jour le Psaume 27. Un Psaume du Roi David dans lequel il émet la volonté de résider dans la Maison de l’Eternel, et ce très beau mot intraduisible « Loulé » qui comporte les mêmes lettres que celle du mois d’Eloul et que l’on pourrait trivialement traduire par « oh la la » ! L’on associe également au mois d’Eloul ce fameux verset du Cantique des Cantiques : « Ani ledodi, vedodi li », « Je suis à ma bien-aimée et ma bien aimée est à moi » qui représente la déclaration d’amour la plus aboutie et qui est de surcroit l’acronyme du mois d’Eloul lorsque l’on prend le début des quatre lettres de ce verset du Roi Salomon.

Autant dire que le mois d’Eloul évoque dans la conscience juive l’attachement à Dieu dans ce mois qui précède le Jugement de l’Eternel. Nous venons dire, par conséquent, que nous acceptons par avance la sentence divine. Alors que nous lisions ce Shabbath la Parashah Shoftim, nous réalisions à quel point la justice n’est pas un idéal à atteindre mais une exigence. Cette exigence ne peut être atteinte que dans la capacité que nous avons à nous soumettre et accepter le jugement divin.

Ainsi, le mois d’Eloul, nous concerne t-il tous dans la rigueur qui doit nous gouverner dans notre repentance. Cela est semblable au séder de Pessah, où nous rappelons que chacun a le devoir de faire le récit de la Haggadah, le sage comme l’impie, le savant comme l’ignorant. L’idée de Justice dans le Judaïsme repose sur celle d’égalité. Le Talmud le rappelle, nous sommes tous égaux devant Dieu. C’est peut-être la raison pour laquelle le mois d’Eloul est une ode à l’amour. Dans une relation amoureuse il y a un respect mutuel et un projet commun. Il en est ainsi entre chacun d’entre-nous et Dieu. Le projet commun est celui de la Torah, de son application et de son étude, le respect mutuel est celui qui découle de ce lien particulier entre Celui qui a révélé Sa parole et ceux qui la suivent.



BILLET DU 24 JUIN 2012

 

« Les élections continuent au Consistoire… »

 

Bonjour,

 

On croyait en avoir fini avec les élections mais cela était sans compter sur celles qui se déroulent aujourd’hui au sein du Consistoire Central qui va élire son Président. Le choix est relativement limité puisqu’il met en présence deux Présidents actuels : l’un, Joël Mergui, sortant et également Président du Consistoire Central et de Paris ; l’autre, Moïse Cohen, ancien Président du Consistoire de Paris et Président honoraire de l’ACIP. Autant dire que cette élection se déroule en vase clos. Joël Mergui est pressenti grand vainqueur d’une élection qui appelle aux urnes uniquement quelques « grands électeurs ». Le jeu des alliances étant connu, il ne devrait pas y avoir de surprises.

 

Ceci étant dit intéressons-nous un instant à cette noble institution qui est le siège de tant de passions. Le Consistoire est l’une de plus anciennes instances de la communauté puisque c’est en 1808 par décret impérial de Napoléon 1er que le Consistoire vit le jour. En bon chef des armées, Napoléon voulait une représentation du judaïsme français hiérarchisée et un interlocuteur unique. C’était aussi l’occasion de permettre l’émancipation des Juifs de France tout en leur donnant leur place dans la Cité.

 

La vocation même du Consistoire serait donc de fédérer l’ensemble du culte israélite. Ce qui était vrai il y a deux siècles l’est beaucoup moins aujourd’hui tant les expressions du judaïsme religieux sont multiples. Ne parlons même pas des laïcs qui n’ont pas vocation à être représentés par une instance religieuse. Le Président du Consistoire occupe un rôle certain souvent conflictuel avec le Grand Rabbin de France alors que les deux dirigeants devraient travailler main dans la main. Un rôle politique pour le premier, un rôle religieux pour le second. En principe il devrait en être ainsi. Dans la réalité le Président du Consistoire cède à l’hyper présidentialisation espérant représenter les Juifs de France dans leur ensemble. Ainsi trouve t-on sur le site du Consistoire cette phrase généreuse en apparence : « Plus la communauté se développe et plus le Consistoire est ainsi présent, conformément à ses principes d’ouverture, de tolérance afin d’intégrer le plus grand nombre de juifs qu’ils soient libéraux, traditionalistes ou conservateurs.

 

La réalité est tout autre derrière un discours très policé qui représente davantage un idéal qu’un état de fait. Le Consistoire représente aujourd’hui le judaïsme orthodoxe et certainement pas les autres courants qui demeurent hérétiques aux yeux de l’institution. L’intégration des juifs libéraux, traditionalistes et conservateurs doit passer par la reconnaissance et non le dénigrement systématique. Mais prenons acte de cette volonté d’ouverture en souhaitant que le Président élu aujourd’hui face d’un slogan une réalité.

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

 



BILLET DU 17 JUIN 2012

 

« Korah ou l’ancêtre du poujadisme… »

 

Bonjour,

 

Ce dimanche 17 juin marque le terme d’un peu plus d’un mois d’échéances électorales qui nous ont amenées à nous rendre à quatre reprises aux urnes. Ce soir donc une nouvelle représentation nationale sera élue qui confortera ou pas le Président de la République. De cela nous ne pouvons en parler sur les ondes de Judaïques FM respectant scrupuleusement les consignes du CSA.

 

En revanche pourquoi ne pas parler de la Parashah de cette semaine, Korah, qui fait un sérieux clin d’œil à ces élections. Korah, c’est l’histoire d’un homme, de ce nom éponyme de la Parashah, qui va s’avérer être le premier tribun de l’histoire de l’humanité, biblique en tout cas. Korah c’est cet homme, respectable au premier abord puisque descendant de Levy, qui va réunir autour de lui de nombreux dignitaires, ils seront 250, pour disputer à Moïse son pouvoir. Il y aurait bien des raisons d’abonder dans le sens de Korah en observant qu’à aucun moment Moïse n’a été élu par les Enfants d’Israël ou désignés par les chefs des douze tribus ou je ne sais quelle autre instance ou représentation. Tout au plus savons nous qu’Israël est le « Peuple élu » celui choisi par Dieu pour accomplir Sa parole sans qu’un seul soit distingué. A cela on rétorquera que la position de Moïse est singulière puisque lui seul a vu Dieu « face à face » en devenant son porte-parole. Mais passons et admettons que certains considéraient que ce pouvoir devait être remis en question.

 

Le problème, outre l’affront conspirationiste, réside plutôt dans l’argument mis en avant par Korah pour justifier cette tentative de putsch. « Tous sont saints » ! Selon Korah, pour rallier le peuple il faut le flatter quitte à dire des inepties. Ainsi Moïse serait un homme ordinaire au milieu des autres sans vocation prophétique particulière, plus encore tous seraient égaux à Moïse. Cette vision apparaît soit naïve soit…poujadiste, terme bien anachronique j’en conviens aisément. Mais force est de constater que cette utopie d’une société parfaitement équitable n’a aucun fondement. Il y aura toujours dans une collectivité humaine des dirigeants, des représentants, des élites. Il y aura toujours aussi des classes laborieuses et d’autres qualifiées de moyennes ou supérieures. Nous sommes revenus, et souvent dans la douleur, de toutes ces tentatives d’abolir les différences. Pour autant cela ne doit pas nous détourner de la préoccupation première dans une société qui réside dans l’égalité de tous face aux lois et à la considération individuelle que la République doit garantir à chaque citoyen. La justice et l’humanisme sont les piliers qui permettent d’accepter les différences sociales.

 

En élisant aujourd’hui nos 577 députés nous distinguons autant d’hommes et de femmes qui seront conduits durant 5 ans à représenter un peu plus de 65 millions de français. Qu’aurait dit Korah le tribun démagogue de cette expression démocratique du suffrage universel ?

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



BILLET DU 3 JUIN 2012

 

« Israël reconnaît les Rabbins libéraux… »

 

Bonjour,

 

Dire que le fait est historique est un euphémisme. Depuis le 29 mai dernier, le gouvernement israélien a annoncé qu’il allait rémunérer les Rabbins non-orthodoxes en Israël, entendez les Rabbins libéraux et massorti, tout en les reconnaissant dans le même temps dans leur statut de chefs religieux de leurs communautés. Tout cela ne s’est pas fait en un jour, il aura en effet fallu sept années de combats à tous les niveaux de l’appareil juridique israélien pour parvenir finalement à une décision de la Cour Suprême. Quelques heures après cette décision la réaction du Ministre des affaires religieuses, Yaacov Margui, ne s’est pas fait attendre annonçant qu’il démissionnerait de ses fonctions si cette décision venait à être appliquée. Le gouvernement israélien a immédiatement trouvé une solution pour le moins surprenante en faisant rémunérer les Rabbins non-orthodoxes par le ministère de…la culture et des sports (sic) !

 

Si le Shass, le parti ultra-orthodoxe, se désespère de cette décision, il faut se tourner vers le Directeur de l’Agence Juive, Nathan Sharansky, pour y déceler un enthousiasme non dissimulé : « La décision du gouvernement israélien de reconnaître les Rabbins libéraux et massorti et les dirigeants de communauté contribue à l’unité de peuple juif et au renforcement des liens avec la diaspora. Elle contribue de façon significative au renforcement des liens entre les Juifs de diaspora et Israël ». Car ne nous y trompons pas, il y a dans cette décision certainement un principe égalitaire entre les différentes tendances qui composent le judaïsme religieux en Israël, mais il y a aussi et surtout un intérêt politique. Cet intérêt repose dans la réalité des forces en présence dans le judaïsme de diaspora qui est très majoritairement non-orthodoxe, la France étant une exception. A ne pas reconnaître cette composante du judaïsme israélien, qui représente plus d’une centaine de communautés en Israël, l’Etat Hébreu risquait d’envoyer des signes négatifs au judaïsme de diaspora. Comment la composante majoritaire du judaïsme religieux à travers le monde ne serait-elle pas reconnue par le Foyer Juif ?

 

Certes, cela ne changera rien pour l’instant à l’autorité du grand rabbinat israélien sur toutes les questions religieuses et notamment les mariages, divorces et conversions, mais cette première étape significative permet de penser que cette autorité unique ne se maintiendra pas durablement. Dès lors que les Rabbins non-orthodoxes se trouvent reconnus et rémunérés par l’Etat d’Israël, l’étape suivante consistera à reconnaître leur autorité sur les questions halakhiques. Ce n’est pas une question de revendications ou de militantisme mais bien un principe d’égalité et de reconnaissance. Le judaïsme libéral en Israël est un acteur majeur de l’éducation juive et de l’action sociale. Ses responsables sont dévoués à la transmission et au sionisme. En Israël, comme en diaspora, ces communautés se développent et contribuent au nouveau visage du judaïsme religieux. De là à penser qu’Israël puisse insuffler une réflexion dans les communautés juives de diaspora en général et de France en particulier…

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



BILLET DU 12 MAI 2012

« Les archaïsmes d’une loi… »

Le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, renouvelle cette année une initiative connue dans de nombreuses communautés à travers le monde qui consiste aujourd’hui à instituer un « Yom agounot », une journée en faveur des femmes « agounot », de ces femmes qui ne sont pas libérées, tel est le terme, par leur mari des liens du mariage.

Le constat, selon une enquête de la WIZO menée par la sociologue Sonia Lipsyc, est accablant quant au traitement rétrograde que l’on fait des femmes dans la communauté juive. Le premier constat révèle que 30% des mariages juifs se soldent par un divorce et que, dans le milieu orthodoxe, le pic se situe dans la première année du mariage. Parmi ces femmes, environ 65% obtiendront le « Guet » l’acte de divorce religieux. Pour 35% d’entre-elles commencera le chantage de la part su mari qui fort de son droit halakhique décidera de ne pas remettre le guet. Cette situation est d’autant plus grave qu’une femme « agouna », littéralement « liée » ne peut pas envisager de refaire sa vie. On comprendra aisément que dans le milieu orthodoxe, ce sont de très jeunes femmes qui sont dans l’incapacité de se remarier et par conséquent d’avoir accès à la maternité, si ce n’est de donner naissance à des enfants qui seront considérés « mamzérim ». La situation est d’autant plus scandaleuse que bien que le divorce civil soit prononcé de nombreuses femmes se trouvent encore religieusement mariées. Cette situation crée un déni de loi dans la mesure où la loi religieuse se substitue à la loi civile. C’est inacceptable par rapport aux principes républicains et c’est inacceptable considérant le principe halakhique bien connu « dina demalkhouta dina », « la loi du pays est la Loi ».

Ainsi la WIZO recommande t-elle qu’une close de divorce religieux soit ajoutée à la procédure civile permettant à un tribunal civil de faire pression sur le mari récalcitrant. Cet état de fait placera les Rabbins qui siègent en Beth Din face à leurs responsabilités. La situation des femmes agounot est intolérable car elle prive de liberté des femmes dans un pays qui reconnaît l’égalité entre les hommes et les femmes.

L’enquête de la WIZO démontre que notre communauté tend vers un fondamentalisme religieux dont on n’a plus peur de dire qu’il est un intégrisme. Il y a aujourd’hui en France un judaïsme intégriste qui s’exprime dans les plus hautes représentations de la communauté juive. Il nous faut donc balayer devant notre porte avant de stigmatiser les autres intégrismes. Il nous faut surtout nous appuyer sur cette enquête de la WIZO pour faire bouger les choses en donnant aux femmes toute leur place dans la communauté. Qu’elles soient éligibles partout ce qui n’est pas le cas, qu’elles puissent accéder à la présidence d’une communauté, ce qui n’est pas le cas, qu’elles puissent prier dans une synagogue autrement que dans un poulailler indigne calfeutrées derrière une « mehitssah » qui est le « tchador » du judaïsme.

Plus qu’un jour des femmes agounot, ce sont des décisions courageuses qui doivent être prises pour permettre notamment à un Beth Din de se substituer au mari défaillant en prononçant le divorce lorsque celui-ci représente déjà un état de fait de façon civile.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



Billet du 6 mai 2012

« Le jour de joie est arrivé »

Bonjour,

C’est jeudi qu’aura lieu Lag Baomer, le 33ème jour du Omer, date festive s’il en est.

Chacun sait qu’au lendemain de Pessah nous avons commencé le compte de la période du Omer qui au cinquantième jour nous conduit à la fête de Shavouoth. Cette période est considérée comme étant un demi-deuil qui vient, selon les traditions, s’interrompre définitivement pour les sefardim aujourd’hui, ou le temps d’une journée pour les ashkénazim. Il est entendu que de nombreux garçons ayant atteint l’âge de 3 ans auront leur première coupe de cheveux, les fiancés pourront enfin se marier, les réjouissances reprendre et les enfants profiteront de cette journée pour aller faire un pique-nique et s’exercer au tir à l’arc avec des flèches en plastique autour d’un feu de camp à la tombée de la nuit. Sous cet angle, on se dit que le judaïsme est décidément une religion bien particulière avec ses rites qui lui sont propres et qui sont autant de façons de se souvenir de faits historiques.

On se souviendra du soulèvement de Bar Kokhba contre Rome au IIème siècle et de la terrible épidémie qui vit 24.000 des disciples de Rabbi Akiva périr. Ce serait au 33ème jour de l’Omer que les troupes de Bar Kokhba connurent une victoire éphémère sur leurs oppresseurs. Mais c’est l’historien Flavius Josèphe qui, dans « La Guerre des Juifs » livre une autre version. Il s’appuie sur une première révolte juive en 66 de l’ère chrétienne contre Rome. Cette révolte, quatre ans avant la chute du second Temple de Jérusalem, eut un nom de code afin que les romains ne se méfient pas de cette insurrection. Le code était « Lag Baomer ». Et ce jour-ci précisément les juifs en entendant la date se levèrent contre les romains en prenant des arcs et des flèches. Depuis cette date reste gravée comme étant le symbole du nationalisme et fédère autant les juifs religieux que laïcs. En Israël, ce jour est férié pour les enfants et constitue une célébration des héros de l’histoire du peuple juif. Car si la fin tragique de cette histoire est connue, la chute de Jérusalem, l’acte de bravoure doit représenter un message fort : il n’y a pas de causes perdues et il faut toujours se battre et lutter pour défendre ses idées et la survie de notre peuple.

Pour les juifs religieux ce jour est aussi appelé « la fête des Sages » et donne lieu à des divers pèlerinages sur les tombes des Justes. La Hiloula, le pèlerinage, la plus fameuse est celle sur le tombeau de Rabbi Bar Yohaï à Méron. Le rédacteur du Zohar est ce jour-là l’objet de toutes les prières considérant que davantage que sa mort, c’est son entrée au Gan Eden qui est marquée.

Autant dire que nous avons toutes les raisons de nous réjouir dans les jours à venir. Nous allons donc, dans des sentiments de joie accomplir notre devoir de citoyen en votant et peut-être ce soir aux alentours de 20 heures la gaieté de cette periode du Lag Baomer se poursuivra t-elle. Cela sera le cas pour plus de la moitié des français !

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



BILLET DU 29 AVRIL 2012

 

« Ne nous trompons pas d’ennemis … »

 

Bonjour,

 

La surprise du premier tour de l’élection présidentielle n’aura pas été dans le choix des finalistes qui étaient pressentis, mais dans le score exceptionnel et sans précédent accompli par le Front National. Alors que François Hollande et Nicolas Sarkozy sentent l’un et l’autre une « vague » en leur faveur, c’est un tsunami qui s’est abattu sur la France sans que cela n’émeuve plus que cela l’opinion publique. 17,9% des votants soit 6,5 millions de français ont jugé utile de soutenir le parti de Marine Le Pen. Il y a en France près de 2 français sur 10 qui, sans complexe, apportent leur suffrage à un Parti xénophobe. On en oublierait presque que les législatives suivront et risquent de voir rentrer des dizaines de députés, et donc un groupe porteur de la plus immonde idéologie, au Palais Bourbon. Le saviez-vous, derrière la Finlande et l’Autriche, nous sommes le troisième pays européen avec le plus fort taux de représentation d’extrême droite ?

 

Au lieu de s’en émouvoir et de condamner cette dérive, les deux candidats essaient de capter le vote d’une France qui « souffre ». Ce terme est employé quotidiennement pour décrire l’attente des électeurs du Front National. Il y aurait donc en France un peu plus de 6 millions de français qui souffrent et…les autres. Le simple fait de qualifier de souffrance cette expression dans les urnes est une façon de légitimer un vote abject.

 

C’est dans ce contexte que l’interview de Richard Prasquier au quotidien israélien Haaretz en a surpris plus d’un. Passons sur des consignes de vote à peine dissimulées, c’est plutôt la dénonciation du Front de Gauche ou des Verts qui incarneraient l’antisionisme et donc le nouvel antisémitisme qui choque dès lors que l’on fait l’impasse sur le Front National qui propage clairement des thèses antisémites sans avoir besoin de passer par le filtre de l’antisionisme.

 

En vérité, les deux finalistes à l’élection présidentielle sont respectables et seul leur programme doit les départager. Que nous ayons des préférences les uns et les autres est une chose, qu’on les exprime publiquement alors que l’on engage la représentation de la communauté juive en est une autre. Ne nous trompons pas d’ennemis au-delà de choix partisans. Si demain le nouveau Président devait être, comme l’annoncent tous les instituts de sondage, François Hollande il est probable que beaucoup regretteront les petites phrases de ces derniers jours. Si c’est l’intérêt de la communauté juive qui est recherché, alors nous n’en avons précisément aucun à nous placer dans une situation d’hostilité durant cinq ans.

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.



BILLET DU 22 AVRIL 2012

 

Devoir de vote…

 

Bonjour,

 

Un anniversaire est passé inaperçu hier. Le 21 avril 1944, le droit de vote était accordé aux femmes. Il faudra pourtant attendre quatre ans, lors d’élections municipales, pour que ce droit puisse de fait s’exercer. En 1974, l’âge de la majorité passe de 21 ans à 18 ans et permet là encore à des millions de jeunes français de s’exprimer dans les urnes. En 1998, ce n’est pas si loin, les sans domicile fixe peuvent enfin voter, ce droit leur était refusé jusqu’alors. On pourrait penser qu’il existe une certaine automaticité dans le droit de vote qui le rendrait presque banal. C’est pourtant un droit chèrement acquis et le seul moyen républicain de peser sur l’orientation de la vie du pays durant les cinq prochaines années. Ajoutons à cela que le vote d’aujourd’hui est le plus significatif puisqu’il exprime le suffrage universel direct. Le vote n’est pas confié à des grands électeurs mais au peuple.

 

Tout cela n’empêchera pas, selon toutes probabilités, que le score le plus important ce soir au moment du dépouillement cela sera celui des abstentionnistes. Admettons que cette question de l’abstentionnisme est un grand mystère. Comment peut-on ne pas vouloir prendre part dans une élection présidentielle ? Les dix candidats sont si différents et porteurs de programmes éclectiques qu’il apparaît difficile de ne pas se reconnaître dans des propositions. Si le vote blanc n’a aucune considération en France, étant confondu avec le vote nul, il permet tout de même d’accomplir son devoir civique. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Voter c’est faire partie d’une communauté nationale et d’un destin qui sera le même pour tous quelque soit le candidat élu.

 

On connaît le proverbe juif repris tant en Yiddish qu’en ladino et dont la traduction serait : « Est-ce que c’est bon pour nous » ? Sous-entendu, est-ce que tel candidat sera plus favorable à la communauté juive qu’un autre ? Il se trouve que certains candidats, disons une bonne moitié, peuvent être éliminés de suite. Pour les autres, on pourra le prêter des intentions favorables sans qu’aucun ne se dégage clairement. En revanche, ce qui n’est pas bon pour nous, nous le savons comme un certain 21 avril 2002, il y a dix ans quasiment jour pour jour. C’est en cela que le vote utile est nécessaire. Le vote utile c’est déjà d’aller voter et de le faire d’une façon à porter notre suffrage vers l’un des « grands candidats », de ceux qui ont une chance raisonnable de figurer au second tour. Mieux vaut voter que regretter.

 

Shavouah tov et Hodesh tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

 

 



 

BILLET DU 15 AVRIL 2012

 

 « La mémoire comme vecteur de l’action… »

 

Bonjour,

 

Le 19 avril 1943, commençait le soulèvement du ghetto de Varsovie dont chacun connaît l’issue tragique. On a pu considérer ce soulèvement comme un acte héroïque, pour d’autres comme un acte désespéré. Mais au milieu de la nuit, pour reprendre les termes d’Elie Wiesel, des hommes se sont levés en choisissant le combat. Varsovie ou Massada, le peuple juif a ses héros et ses martyrs surtout.

 

Cette commémoration se déroulera conjointement à partir de mercredi soir par le Yom HaShoa, jour de mémoire entre tous. La Mémoire est cet héritage que nous possédons et que nous voulons transmettre. Un héritage n’est pas toujours constitué d’un patrimoine. En l’occurrence, transmettre la Shoa, c’est affirmer que nos six millions de frères et sœurs exterminés continuent de vivre dans nos cœurs, nos consciences et nos vies.

 

A l’obsession mémorielle que décrivent certains, nous voulons rappeler avec force le caractère unique de la Shoa. Le rappeler ce n’est pas nier toutes les autres souffrances dans l’histoire. Le fait est, et il est terrible, que la Shoa représente la plus grande catastrophe dans l’histoire de l’humanité. Personne ne pourra jamais expliquer le pourquoi de la Shoa mais l’on en sait le comment. Comment la haine antisémite a pu permettre qu’un peuple civilisé se dresse contre un autre pour l’anéantir. Comment la complicité d’autres pays que l’Allemagne, comme la France de Vichy, a contribué à accomplir la politique nazie en dehors des frontières germaniques. Comment le silence du Vatican à l’époque a constitué un encouragement à cette idéologie. C’est face à cette logique et à ces mécanismes implacables que nous pouvons nous dresser aujourd’hui en faisant de ces commémorations des temps qui éclairent les consciences. Le devoir de Mémoire est un appel à l’action. Il ne suffit pas de proclamer « plus jamais cela », il faut agir pour que ce « cela » ne trouve plus de terreau. Se souvient-on encore de cette phrase de Berthold Brecht : "Le ventre est encore fécond d'où est sorti la bête immonde" ?

 

Le caractère unique de la Shoa ne signifie nullement qu’elle ne puisse être reproduite. Que ne pense t-on que nous vivons dans une époque qui ne puisse plus permettre cela ! Les ennemis d’hier sont aujourd’hui amis, l’ONU veille sur l’ordre mondial. Chacun a conscience de ce que nous ne sommes pas meilleurs aujourd’hui qu’il y a près de 70 ans. Des génocides, des massacres ethniques sont encore aujourd’hui perpétrés à travers le monde. Ce qui a profondément changé pour le peuple Juif c’est qu’il a à présent une terre, un foyer, un pays refuge. C’est précisément en cela que l’antisionisme est un antisémitisme. Vouloir remettre en question la faculté pour les Juifs d’avoir un pays, c’est accepter qu’ils puissent être menacés là où ils se trouvent en diaspora.

 

« Dans toutes les générations on s’est élevé contre nous pour nous anéantir » avons nous dit à deux reprises lors de Pessah. Notre espoir est qu’un jour cette phrase n’ait plus de sens et ne constitue qu’un rappel historique. C’est cela aussi être Juif : espérer.

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

 



BILLET DU 25 MARS 2012

 

« Et nous prions pour la République… »

 

Bonjour,

 

Jamais un Shabbath n’aura été aussi difficile à vivre que celui qui vient de se terminer. Notre tradition nous apprend que le Shabbath suspend le deuil et qu’il faut, durant 24 heures, marquer une trêve dans nos deuils pour se consacrer à un temps sanctifié et distingué d’entre les autres. Mais ce Shabbath Vaykra qui était aussi celui de Rosh Hodesh n’était définitivement pas semblable aux autres. Nos cœurs et nos prières étaient ailleurs, vers Toulouse ou Jérusalem. Et pourtant, comme chaque semaine, nous avons prié pour la République française. Pour une France d’union et de concorde à l’instar de cette brève trêve dans la campagne présidentielle. Oui, nous Juifs de France, prions pour notre pays qui a pour la première fois vu le sang d’enfants couler dans une école.

 

Depuis le 17 mars 1808, les Juifs ont prié pour l’Empereur Napoléon puis pour la République française. Depuis plus de deux siècles, en présence du Sefer Torah, nous affirmons notre fidélité et notre allégeance à un pays qui a été le siège de tant de souffrances pour notre peuple. « Heureux comme Dieu en France » disait déjà un proverbe Yiddish. Je ne sais si Dieu y est toujours heureux mais Son peuple y souffre en ce moment. Il y a des éléments de langage habituels qui consistent à dire que la France n’est pas antisémite mais qu’il existe des actes antisémites. Soit. La France par ses plus hauts représentants n’a de cesse d’envoyer des messages de compassion et de confiance dans ses principes qui nous garantissent la sécurité.

 

Mais le plus poignant des messages est venu de nos responsables communautaires, religieux et laïcs, qui ont su, là où la colère aurait pu s’imposer, tendre la main aux musulmans de France et dénoncer tous les amalgames. Loin des préoccupations des prétendants à la magistrature suprême, l’Islam et le Judaïsme se tiennent main dans la main. Si Dieu devait être heureux en France, ce serait de voir ses enfants s’unir lorsque l’on voudrait les diviser.

 

Il nous faudra nous rendre ce lundi à 19h à la grande synagogue de la Victoire pour marquer la fin des Shiva.

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

 

 

 

BILLET DU 18 MARS 2012

 

« Entre joie et délivrance… »

 

Bonjour,

 

Nous sommes dans une période intermédiaire, celle entre Pourim et Pessah, celle entre la joie et la délivrance. A vrai dire, nous sommes toujours dans une période intermédiaire, rien n’étant abouti et notre calendrier de fêtes nous conduisant toujours vers la prochaine échéance. Il y a dans le calendrier Juif pourtant des périodes qui sont liées les unes aux autres. La période entre Rosh Hashanah et Kippour, celle entre Pessah et Shavouot, celle encore entre le 17 Tammouz et le 9 Av. Mais rien n’est prévu entre Pourim et Pessah et pourtant ces deux fêtes sont liées, je m’en explique. Première observation, elles sont distantes d’un mois tout juste, mais cela ne suffit pas pour les lier l’une à l’autre. Deuxième observation, Pourim et Pessah trouvent une origine commune dans la Bible, Pessah dans l’Exode, Pourim dans la Meguilah d’Esther. Mais là aussi cela ne suffit pas pour les relier. L’une, Pourim, est éminemment joyeuse, l’autre, Pessah, célèbre la délivrance de quatre siècles de servitude. Ces deux fêtes ont en commun dans le récit une « happy end ». D’un coté les Juifs sont délivrés du sort qui leur était promis et qui aurait dû les voir mourir, de l’autre coté, les Hébreux sont délivrés de la captivité et de l’esclavage qui auraient vu s’éteindre un Peuple sans destin collectif si ce n’était celui de la souffrance.

 

Pourim est emblématique d’une joie quasiment sans retenue là où Pessah est plus sobre, avec tout de même ses quatre coupes de vins durant les deux soirs du seder. A Pourim le méchant porte un nom : Haman, à Pessah tout autant : le Pharaon. Les héros dans ces deux récits sont représentés dans un duo : Esther et Mordekhaï d’une part, Moïse et Dieu d’autre part. Dans les deux récits, il y a une masse, le Peuple, qui n’apparaît pas dans des individualités s’effaçant au profit des protagonistes de l’histoire. Dans les deux cas, la cause du Peuple est dans les mains d’un puissant : Assuérus et le Pharaon.

 

Mais surtout, ces deux fêtes ont en commun une lettre, le « P ». Cette lettre a bien des significations. Une valeur numérique tout d’abord : 80. Selon nos Maîtres dans les Maximes des pères, 80 ans est l’âge de la force, non plus celle du corps mais de l’esprit. N’est-ce pas à 80 ans que Moïse a transmis la Torah ? Et puis la lettre « Pé » en hébreu signifie, la bouche mais aussi selon la façon dont on l’écrit en plaçant la voyelle « Po » qui signifie « ici » ou « à cet endroit ». A la fois Pourim et Pessah sont des fêtes narratives où le récit prend toute sa dimension. Un royaume de 127 provinces face à une Egypte dominante et au milieu un petit Peuple. La lecture de la Meguilah comme celle de la Haggadah représente un impératif. Il faut dire et il faut entendre ces récits.

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.