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Le billet d'humeur 

BILLET DU 14 FEVRIER 2016

 

Un sondage pavé de bonnes intentions

 

C’est une pierre dans le jardin d’Ilan Halimi qui a fait l’actualité cette semaine. Alors que les hommages étaient rendus au jeune supplicié d’il y a 10 ans, un sondage est venu semer le trouble. Dans les colonnes du Parisien on pouvait découvrir, réalisé par l’Ifop, un questionnaire interrogeant un échantillon représentatif de la population française leur demandant si selon eux les Juifs sont plus riches que la moyenne des français ou encore si les Juifs ont trop de pouvoir dans les médias. On se frotte donc les yeux en se demandant qui peut bien poser ces questions, qui peut y répondre et qui ose les publier. Et l’on découvre bien vite que cette étude a été commandée conjointement par SOS Racisme et l’UEJF afin de faire la lumière sur l’état de l’opinion relative aux préjugés vis-à-vis des Juifs, manière de marquer les 10 ans de l’assassinat d’Ilan Halimi.

 

Pour faire court, un tiers des sondés n’a pas d’opinion quant à des affirmations antisémites et un autre tiers abonde dans le sens de ces affirmations. Reste donc un tiers, disons une petite moitié, qui s’oppose à ces affirmations. L’UEJF se fend donc d’un communiqué de presse face à l’émotion suscitée pour relever le caractère « inédit » de ce sondage et souligner que « les préjugés et stéréotypes associés aux Juifs se maintiennent à un niveau non négligeable dans l’opinion ». Fichtre.

 

On peut reconnaitre aux deux associations le mérite d’être parvenues à faire le buzz en créant un coup médiatique. Ce questionnaire qui trouverait davantage sa place dans les colonnes de Rivarol ou de Minute se trouve dans les pages du très populaire Parisien. Ces deux associations dont on espérait qu’elles luttaient efficacement contre tous les racismes et l’antisémitisme se retrouvent à agiter le chiffon rouge sous-couvert d’intentions louables. J’imagine l’excitation qui régnait au sein de SOS Racisme et de l’UEJF lorsque l’idée de ce sondage s’est imposée. Quel bel hommage rendu à Ilan Halimi ! On brule d’impatience de connaître le prochain sondage pour les 10 ans de la tuerie de Toulouse ou de l’Hypercacher.

 

J’ai le souvenir de combats militants auprès de l’UEJF, notamment sous la présidence de Patrick Klugman, où les coups d’éclats servaient une cause et non l’image de l’association. Ce questionnaire devrait servir d’exemple de contreproductivité à tous les militants. Faire le jeu de ceux que l’on combat est un art qui s’adresse à des communicants chevronnés et non à quelques personnes en manque de notoriété et d’inspiration. C’est un constat d’autant plus amer que Sacha Reingewirtz, président de l’UEJF, mène habituellement des combats remarqués avec une certaine justesse.

 

Poser des questions antisémites c’est, par la force des choses, susciter une réponse qui le sera. Desproges disait « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». De la même façon on peut réfléchir les préjugés antisémites mais avec n’importe qui et certainement pas avec ceux qui utiliseront les résultats de ce sondage pour légitimer un antisémitisme dont ils pourront à présent se conforter dans l’idée qu’il est installé, en ayant droit de cité, dans la population. Parole de SOS Racisme et d’UEJF… 

BILLET DU 10 JANVIER 2016

 

Merci Monsieur le Premier ministre !

 

Il y a 10 ans, dans quelques jours, Ilan Halimi était retrouvé gisant le long d’une voie de chemin de fer après des jours de supplice. Et c’était ainsi que depuis la seconde guerre mondiale un Juif était assassiné en France parce que Juif. Depuis il y aura eu Toulouse et l’HyperCacher avec toujours ce seul motif de l’appartenance religieuse sur fond d’Islamisme djihadiste. Cela, Manuel Valls, l’a rappelé hier soir lors d’une cérémonie d’une rare tenue organisée par le Crif.

 

Le Premier ministre y a prononcé un discours historique, à mon sens, de la même intensité que celui de Jacques Chirac au Vel d’Hiv. On parlera dans des années encore du discours du 9 janvier 2016 comme l’on se souvient de celui 16 juillet 1995. Je me souviens du 10 janvier dernier, à la sortie du Shabbath, au lendemain de la tuerie de l’HyperCacher. Un rassemblement spontané avait eu lieu devant l’HyperCacher. Manuel Valls y était venu avec Bernard Cazeneuve. Tous deux avaient pris le temps d’écouter la colère et l’émotion des personnes présentes. Bernard Cazeneuve, représentant le BRI et le RAID avait été applaudi alors que Manuel Valls faisait face aux interrogations. Il disait alors, ce qu’il a répété hier soir, « avec ses tripes » : « La France sans les Juifs n’est pas la France ». Et on a voulu le croire et l’on a eu raison je le pense. Depuis un an les actes antisémites se sont maintenus à un niveau très élevé, mais depuis un an toutes les synagogues, les écoles et d’autres lieux sensibles de la communauté sont protégés par des militaires ou des forces de police. Dans nos lieux de vie nous nous sentons en sécurité.

 

L’Etat a pris la pleine mesure de notre souffrance et de notre détresse. Le discours de Manuel Valls a été le plus rassurant que l’on ait pu entendre car au-delà des paroles, les actes suivent et la détermination à protéger les français Juifs ne faiblit pas. La foule présente a longuement acclamé le Premier ministre signe d’une confiance mutuelle. « Voir des Français juifs quitter, de plus en plus nombreux, leur pays parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité… Mais aussi parce qu’ils ne se sentent plus compris, parce qu’ils ne se sentent plus à leur place, aurait dû être, depuis longtemps, pour nous tous Français, une idée insupportable. » La prise de conscience est peut-être tardive mais reconnaissons une formidable compréhension de « l’angoisse immense et légitime » des Juifs de France.

 

Hier soir, un peu comme une sortie de deuil, après une année, j’ai commencé à ressentir un peu d’apaisement. Merci Monsieur le Premier ministre !

BILLET DU 3 JANVIER 2016

 

Je suis…combatif

 

Le 7 janvier dernier, quelques instants après l’attentat contre Charlie Hebdo, alors que la France était médusée ne sachant pourtant pas que cette fusillade meurtrière n’était que le début d’une série d’actes terroristes, un graphiste français, Joachim Roncin, comme beaucoup, voulu exprimer sur Twitter en moins de 140 signes sa peine, sa douleur et son émotion. Alors lui vinrent ces quelques mots à 12h52 soit 1h et quart après l’attentat : « Je suis Charlie ». Cette phrase, cette formule, ce slogan, c’est comme vous voudrez devint un cri de ralliement mondial. Le monde entier était Charlie et ceux qui disaient le contraire se mirent dans le camp d’un Tarik Ramadan pour ne citer que lui.

 

Et depuis ce 7 janvier nous n’avons cessé d’être, Juifs, policiers, hyper cacher, Paris ou encore Tel Aviv depuis vendredi. C’est incroyable à quel point nous sommes quelque chose alors que nous nous sentons vidés de l’intérieur. Oui nous sommes car pour nos ennemis nous n’avons comme seule existence que d’être destinés à mourir.

 

Ce « Je suis Charlie » pose la question existentielle que d’autres tel Shakespeare avait mis dans la bouche d’Hamlet. On en connaît la première phrase, négligeant la suite : « Etre, ou ne pas être, c'est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et à l'arrêter par une révolte » ? Oui, Etre c’est se révolter et ne jamais se résigner même dans la douleur la plus vive, celle que nous connaissons depuis le 7 janvier dernier, il y aura bientôt un an. Alors nous pouvons « Etre » toutes les souffrances si nous agissons contre celles-ci. Nous sommes à présent français et peut-être un peu plus qu’avant avec le sentiment d’appartenance à la Nation. Les drapeaux tricolores qui, hier encore, étaient le symbole politique d’un nationalisme lorsqu’on les affichait deviennent l’étendard de la liberté, le symbole d’une certaine résistance et d’une fierté d’être debout contre la haine.

 

Depuis vendredi quelques-uns sont Tel Aviv, d’autres le sont du bout des lèvres et d’autres encore n’imaginent pas un instant l’être. Comme si les balles de Daesh étaient plus acceptables en un lieu qu’en un autre.

ZAKA

 

BILLET DU 20 DECEMBRE 2015

 

Que vaut la vie d’un terroriste ?

 

Une véritable question, que dis-je un dilemme, divise en ce moment la société israélienne. Voilà trois mois qu’Israël vit dans la terreur des attentats au couteau ou par voitures béliers. Souvent le ou les terroristes sont arrêtés vivants. Parfois ils sont abattus et d’autres fois ils sont évacués sur une civière dans un état souvent critique. Des soins leur sont apportés dans les hôpitaux israéliens sans distinction. Ce dernier point témoigne de l’humanité de l’Etat d’Israël face à des actes inhumains.

 

La question qui s’est posée face à la commission d’éthique de l’ordre national des médecins fut la suivante : Considérant que les terroristes sont souvent eux-mêmes blessés, et souvent parmi les plus graves, les médecins doivent-ils traiter les blessés par ordre de gravité quitte à apporter les premiers soins aux terroristes ou doivent-ils porter leur attention en premier lieu aux victimes de ces actes terroristes même si celles-ci sont moins sérieusement blessées que le terroriste ?

 

Pour le docteur Leonid Edelman, président de l’association des médecins israéliens, la question ne se pose pas, "Un médecin soigne en fonction de critères médicaux et il a des instructions précises. Dès lors qu'il y associe la politique, tout le monde en souffre. Le principe suprême est la priorité des critères médicaux", et de conclure que le médecin n’est pas un juge. Le débat pourrait être clos après de tels propos mais c’est tout le contraire à commencer par Avigdor Liberman qui a immédiatement demandé la démission d’Edelman. L’organisation ZAKA en première ligne dans les attentats terroristes s’est déclarée choquée par cette décision affirmant que sa préoccupation était avant tout les victimes et après les terroristes.

 

On comprend la vive émotion que ce débat suscite. On pourrait penser que la morale juive ne doit pas se mêler d’éthique médicale ou encore qu’une vie humaine n’est pas différente d’une autre. Ce serait sans mesurer le traumatisme dans lequel la société israélienne est plongée. En dépassant les clivages politiques, il suffit de bon sens et rien d’autre. La victime doit toujours avoir la priorité de l’attention médicale sur le terroriste quelques soient les blessures. A la rigueur peut-on considérer qu’un médecin devra avoir le seul souci de maintenir les fonctions vitales du terroriste dès lors qu’il aura pu en faire de même pour ses victimes. La seule raison, et elle est finalement cynique, qui me ferait accepter l’idée que tout soit employé pour venir en secours au terroriste est que sont souhait est souvent de mourir en « martyre ». Ce souhait ne lui serait alors pas accordé et il devrait de surcroit vivre dans un corps meurtri et rendre compte de ses actes devant la justice des hommes. Pour cette seule raison et aucune autre je donnerai du crédit à ce comité d’éthique.

BILLET DU 13 DECEMBRE 2015

 

Un accord miraculeux…

 

La COP 21 s’est achevée hier soir et l’on peut désormais parler d’une date, le 12 décembre, que l’Histoire retiendra comme les « Accords de Paris ». On peut jouer les oiseaux de mauvaises augures et considérer que c’est un accord à minima mais il n’en demeure pas moins que c’est un accord et que la présidence française menée par un Laurent Fabius ému aux larmes a réussi un tour de force qui a consisté à arracher la signature de 195 Etats. Un accord universel donc comme il convient de l’appeler. Dans les petites phrases nombreuses j’en ai retenu une, celle du ministre de l’Environnement indien dont chacun sait que son pays a été pointé du doigt aux cotés de la Chine et des Etats-Unis comme les plus gros pollueurs : «Nous devons travailler pour un monde que nous ne verrons pas» . Cette phrase résume à elle-seule tous les efforts consentis pour faire d’un monde futur, un monde vivable à défaut d’être meilleur.

 

On retiendra de ces accords le point principal qui consiste à faire en sorte que les températures n’augment pas de plus de 1,5°C d’ici la fin du siècle permettant de limiter les effets dévastateurs des éléments qui se déchainent et de nombreuses îles qui seraient submergées. C’est probablement le point le plus ambitieux et contraignant qui parait peu réaliste. Les pays du Nord s’engagent à verser 100 milliards de dollars par an aux pays du Sud afin de solder leurs « dettes climatiques ».

 

Des mesures fortes qui font espérer dans l’humanité et sa capacité à s’unir face à des objectifs communs. Espoir car l’on se dit que si 195 Etas sont parvenus à un tel accord malgré leurs désaccords sur d’autres sujets alors bien des conflits pourront être réglés sur cette terre. Il aura fallu deux semaines pas plus pour y parvenir. J’ai souvenir d’avoir participé en juillet dernier au Sommet des Consciences qui réunissait des religieux du monde entier. L’ambiance était alors au pessimisme sur la COP 21 à venir et l’on pensait que les religions représentaient la dernière chance d’éveiller les consciences. Je ne sais pas si ce que nous avons fait chacun dans notre coin à notre niveau y aura contribué mais nous ne pouvons aujourd’hui que nous réjouir de ce résultat qui contribue à la haute idée que nous nous faisons du « Tikoun Olam », la « réparation du Monde ».

 

Que la COP 21 se soit achevée durant la fête de Hanoukka doit nous faire imaginer qu’il s’est passé un miracle. Peut-être qu’en ce jour de deuxième tour des Régionales un autre miracle se déroulera également pour saluer la fin de la fête de Hanoukka !

BILLET DU 15 NOVEMBRE 2015

 

Même pas peur de ces salopards !

 

Vous savez quoi ? On a même pas peur de ces salopards !

 

Le langage est peu châtié pour un Rabbin, j’en conviens. Mais c’est le citoyen parisien qui parle comme je l’imagine des centaines de milliers, des millions d’autres. Oui ces salopards djihadistes ont voulu nous mettre à terre en retirant la vie de 130 hommes et femmes et en laissant une centaine d’autres entre la vie et la mort. Ils étaient tranquillement attablés un vendredi soir à une terrasse de café ou de restaurant ou piégés dans une salle de spectacle pour se détendre à la fin de la semaine en écoutant un groupe américain populaire et subversif. Le seul tort de ces victimes était de vivre. Rien d’autre. Rien ne les identifiait comme cibles potentielles tant la haine a été aveugle. C’est là une nouveauté dans ces actes terroristes. Ce n’est plus Charlie et ses journalistes et caricaturistes engagés, ce n’est plus la police qui incarne le pouvoir et l’ordre, ce n’est plus un Hyper Casher pour atteindre la communauté juive.

 

Non cette fois-ci c’est le passant, indifféremment, qui se trouve sur le sol d’un pays en guerre contre Daesh. Eh bien cela est notre fierté et notre honneur d’incarner l’axe combattant contre l’islamisme. Les martyrs ne sont pas dans le camp de ces fous mais sont ces 130 âmes innocentes arrachées aux leurs, arrachées à la nation. Nous ne faiblirons pas dans cette lutte et notre réponse demeurera la vie avant tout. Regardez ce beau peuple de France ému, sidéré,  mais debout.

 

L’unité nationale doit prévaloir et pour cela les français musulmans devraient être le fer de lance de ce combat. J’entends dire ci et là qu’il ne faut pas stigmatiser la communauté musulmane. Eh bien précisément c’est à elle de prendre ses responsabilités pour éviter cet écueil. Il y a encore des centaines de mosquées et de lieux de cultes musulmans qui prêchent la haine armant le bras des terroristes dans l’hexagone. Il suffit à présent de vouloir prendre des pincettes lorsque l’on parle de cet Islam radical. Nous n’avons pas le même rapport à la vie et à la mort. Peu importe que l’on parle d’une guerre de civilisation ou de religion, cela est tout à fait secondaire. Non c’est notre rapport à la vie qui fait la différence. Les mots terribles de Merah trouvent encore un écho aujourd’hui : "Moi la mort, je l'aime comme vous vous aimez la vie". Voilà peut-être la seule parole sensée de cet individu. Nos Psaumes le proclament : « Lo amout ki ehyé », « Je ne mourrai pas car je vis ». Alors vivons, vivons, vivons…

BILLET DU 1er NOVEMBRE 2015

 

Et si Rabin était encore en vie…

 

Terrible et triste 4 novembre 1995, il y a 20 ans, qui vit Le Premier ministre israélien Itzhak Rabin tomber sous les deux balles mortelles tirées par un personnage dont je ne veux pas même citer le nom. Un juif en a tué un autre alors que Rabin essayait de faire la paix avec ses ennemis, ceux de l’intérieur représentaient une menace plus forte encore. Tout comme le 11 septembre, nous nous souvenons chacun de ce que nous faisons, où nous étions au moment où nous avons appris l’improbable nouvelle.

 

Se souvient-on encore que Rabin succéda en 1974 à Golda Meir au poste de Premier ministre pendant 3 ans ? L’histoire de l’Etat d’Israël n’aurait pu s’écrire sans cet homme d’Etat.

 

Tout s’est précipité en 1993 avec les accords d’Oslo et en 1994 par la remise du Prix Nobel de la Paix. C’en était trop pour ces fous extrémistes qui ne pouvaient supporter l’idée que le prix de la paix pour Israël passait par la reconnaissance d’un Etat palestinien et de fait par le retrait de nombreuses colonies. La paix a un prix proportionnellement à l’enjeu du conflit. 20 ans après on se demande à quoi ressemblerait la situation en Israël si Rabin n’avait été assassiné.

 

Que reste t-il de l’heritage de Rabin en dehors des commémorations et des regrets ? Pas grand chose. Il n’existe aucune voix en Israël qui puisse porter haut et fort le message de paix de celui qui était pourtant le faucon du Parti Travailliste. Rabin n’étais pas un utopiste ou un laxiste. Il était pragmatique et avait mesuré que la paix était douloureusement nécessaire. On se souvient de cette poignée de main entre Rabin et Arafat. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’était pas franche et que Rabin s’est fait violence pour y parvenir. On le voit agacé lorsque Shimon Perez lui emboite le pas.

 

Itzhak Rabin n’était pas un pro-palestinien ou un « traitre » comme le définissaient en permanence ses ennemis qui ont armé le bras de son assassin. Il avait la stature d’un homme d’Etat conscient de ses responsabilités pour sortir Israël de près d’un demi-siècle de conflit à ce moment-là.

 

Il est douloureux de constater que ses assassins sont parvenus à leur fin en stoppant net tout processus de paix qui s’est enlisé depuis 20 ans et dont on peine à esprérer qu’il puisse un jour redémarrer.

 

Alors on nome des rue, des parcs, des jardins, des places du nom de l’ancien Premier ministre d’Israël à défaut de poursuivre son engagement au service de la paix et du véritable idéal sioniste.

BILLET DU 18 OCTOBRE 2015

 

L’intifada du mensonge

 

Ce qui se passe en Israël est grave c’est entendu. Non pas seulement parce que la terreur a gagné les rues de tout le pays, non pas seulement parce que encore l’on essaye de faire passer les agresseurs pour des victimes, non pas seulement parce qu’une nouvelle génération de jeunes est abreuvée de haine mais aussi parce que cette révolte palestinienne est basée sur un mensonge entretenu par le plus haut représentant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

 

Se demande t-on ce qui a mis le feu aux poudres ? Serait-ce l’ignoble attentat de Duma le 31 juillet condamné sans la moindre réserve par tout Israël ? Non. Il s’agit en réalité de cette rumeur qui revient régulièrement selon laquelle les israéliens seraient sur le point de raser le Mont du Temple pour y construire le troisième Temple de Jérusalem. Et se faisant ce sera donc l’esplanade des mosquées, troisième lieu saint de l’Islam, qui serait rayé de la carte. En disant ceci je dois m’y reprendre à plusieurs reprises tant le propos est tout autant farfelu qu’aberrant. Personne jamais en Israël, au sein du gouvernement ou parmi les plus hauts dirigeants n’a même émis cette idée qui ne répondrait qui plus est à aucun idéal religieux.

 

Il suffit de connaître a minima la théologie juive, celle du messianisme en particulier, pour comprendre que cette hypothèse ne serait envisageable qu’après l’avènement des temps messianiques. A l’heure des réseaux sociaux et de la diffusion ultra rapide de l’information je ne crois pas savoir que le Messie soit arrivé.

 

Ce que nous vivons, et plus encore nos frères et sœurs en Israël, est ce que je qualifierai d’une « intifada du mensonge », un soulèvement qui s’appuie sur des prétextes fallacieux et mensongers pour répandre la terreur et la haine. Quand l’opinion internationale comprendra t-elle que ce qui se joue en ce moment est la suite de ce que Daesh fait subir ailleurs ? Le « désespoir » palestinien comme l’on voudrait nous le faire accepter dans de nombreux médias n’est rien d’autre qu’une forme de terrorisme islamiste. Sinon pourquoi crier « Alahou Akbar » en se précipitant avec un couteau sur sa victime ?

 

Tout cela est bâti sur un mensonge et c’est ce même mensonge qui propage la haine du juif en Israël comme ici en France et ailleurs. Notre place sera cet après-midi à 18h devant l’Ambassade d’Israël pour soutenir nos frères et sœurs en Israël et dire non au terrorisme et au mensonge.

 

 

BILLET DU 28 JUIN 2015

 

Désespérer de l’Islam ?

 

Que dire des tragiques évènements de ce vendredi, de ce vendredi de ramadan ? Un tel jour dans ce mois sacré pour les musulmans devrait représenter un temps d’élévation, de recueillement, de spiritualité. Et c’est au nom de l’Islam qu’un homme a été décapité en France et que 38 touristes ont trouvé la mort sur une plage de Port El Kantaoui. Et à chaque fois, dans une litanie que l’on ne connaît que trop bien à présent, ce serait au nom d’un prophète ou de je ne sais quel dieu que ces crimes sont perpétrés plongeant le monde dans la terreur depuis maintenant un an presque jour pour jour. C’était en effet le 29 juin dernier que Daesh a proclamé son califat sur des territoires syriens et irakiens. Ce mouvement salafiste prône le Djihad. Il est ancré dans le sunnisme qui représente la branche majoritaire de l’Islam avec 90% de ses adeptes. On ne parle donc plus d’une fraction minoritaire ou d’une branche dissidente.

 

Faut-il donc désespérer de l’Islam ? Dans son expression idéologique et politique oui assurément. Une religion n’a pas vocation à trouver une finalité dans la politique et dans l’administration de la vie de la cité. La France a eu sa Révolution en 1789 et la laïcité est aujourd’hui le socle même de la République. Il n’existe pas dans le monde une seule théocratie modérée ou démocratique. L’Islam est une religion au même titre que ses deux ainées dans le monothéisme. Elle devrait forcer le respect et l’intérêt comme l’on aime à découvrir la religion de l’autre, l’interroger, la comprendre. Qui oserait aujourd’hui parler d’Islam comme une religion de paix et d’amour ? Cette religion inspire davantage la peur et la méfiance du fait des agissements de sa composante la plus extrémiste. Que n’a t-on critiqué les politiques qui voulaient organiser le culte musulman. La seule solution se trouve dans un clergé ou une forme de hiérarchie qui n’existe pas. Qui peut aujourd’hui parler d’une voix qui représenterait l’Islam pour condamner les crimes odieux ? Il y a des tentatives individuelles au travers notamment de ceux qui prônent le « not in my name », « pas en mon nom », mais ces voix ne résonnent que chez ceux qui sont déjà convaincus du message.

 

La France est devenue en quelques années le terreau et un vivier du djihadisme. La communauté musulmane est coupable de son inaction en ayant laissé la gangrène se propager en son sein. 75 ans après, Bertolt Brecht pourrait encore dire : Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde.

 

Nous devons maintenir le dialogue avec les musulmans qui le souhaitent mais il leur appartient de créer le cadre de ce dialogue en sortant des déclarations convenues qui manquent de courage. Aujourd’hui je suis en colère contre ceux avec qui je parlais jadis et qui se contentent de parler d’extrémistes sans chercher à les affronter. L’Islam a créé Daesh et c’est l’Islam qui devra détruire cette création.

BILLET DU 31 MAI 2015

 

Le don d’organes : une mitsvah !

 

 

Donner un ou plusieurs de ses organes est non seulement conforme à la loi juive mais c’est même une Mitsvah. Oui je veux évoquer avec vous ce sujet difficile et pour lequel les clichés sont tenaces. On pense, à tort, que le judaïsme est opposé au prélèvement, et donc au don d’organes. Eh bien il faut le dire, puisqu’il s’agit de sauver des vies, le judaïsme autorise et encourage le don d’organes.

 

Depuis 1978 en Israël existe une association du nom d’Adi qui porte le nom d’Ehoud Adi Ben Dror, un jeune homme qui alors qu’il n’avait que 26 ans est tombé gravement malade ce qui l’a conduit à une insuffisance rénale terminale. Bien qu’une dialyse ait été mise en place et qu’il ait bénéficié d’une greffe, il décèdera deux ans plus tard à l’âge de 28 ans. Depuis cette association s’est battue jusqu’à proposer une carte de dons d’organes appelée précisément « Adi » possédée aujourd’hui par 823 624 Israéliens soit 14% de la population adulte.

 

De nombreux Rabbins israéliens possèdent cette carte et plaident pour le don d’organes expliquant notamment au plus haut sommet de la hiérarchie religieuse au travers des deux grands rabbins d’Israël que donner ses organes est une Mitsvah. On peut de son vivant donner un rein et il est intéressant d’observer qu’en Israël le temps d’attente pour bénéficier d’une greffe rénale est de quelques mois lorsque ce délais se compte en de nombreuses années en France.

 

Le Judaïsme, et cela a été rappelé par de nombreux décisionnaires au premier rang desquels le Rabbin Feinstein qui fait autorité, accepte sans réserve le don d’organes prélevé sur une personne déclarée morte, c’est à dire après observation de la cessation des activités cardiaques, pulmonaires et cérébrales. Les organes concernés ne peuvent en revanche être que les organes vitaux puisqu’il s’agit de sauver une ou plusieurs vies. Ainsi sont concernés, les reins, le cœur, les poumons et le foie.

 

La question n’est donc plus de savoir si l’on peut ou pas donner ses organes mais si l’on est préparé à se déclarer potentiel donneur. C’est un choix difficile où le seul obstacle est sa propre conscience et en aucun cas un argument religieux qui serait fallacieux. A ceux qui avancent la notion de respect de la personne morte, j’opposerai le respect supérieur de la personne qui pourra vivre. La transplantation d’organe n’est pas une chirurgie de confort, elle est vitale. Peut-on imaginer un don plus grand que celui de la vie a fortiori lorsque cette démarche est désintéressée ? Il existe pour la France un site Internet dondorganes.fr qui vous permettra de vous renseigner et d’obtenir votre carte de donneur. Pensez-y. 

BILLET DU 25 JANVIER 2015

 

Je ne veux pas quitter la France

 

Les derniers évènements tragiques ont inexorablement mis en lumière l’Alyah des Juifs de France. Beaucoup prédisent une explosion d’une Alyah déjà record et c’est probablement le premier sujet de discussion dans les synagogues. Le problème n’est pas que nous en parlions entre nous mais plutôt le fait que nombreux parmi nos interlocuteurs non-juifs nous posent sans relâche la même question : « Alors, vous, quand partez-vous ? ». L’intention n’’st certainement pas mauvaise mais elle nous place face à l’obligation d’y répondre ou de se justifier. Si l’on quitte la France pour Israël c’est prendre acte de notre malaise et de l’échec de la République, si l’on reste c’est accepter docilement notre sort. Eh bien non les choses sont plus complexes.

 

Je ne laisserai à personne le soin de me dicter ce que je dois faire. Je refuse que l’on me pose cette question qui est le symptôme de la défaillance de la République. Les Juifs sont en France depuis des siècles, ils y ont connu quelques bonheurs et beaucoup de tourments mais ce pays est le notre et je ne suis pas un citoyen différent de mes compatriotes qui devrait faire allégeance à Israël pour renoncer à la France. Que nous a t-on reproché de soutenir l’Etat d’Israël faisant de nous des citoyens singuliers ! Mon pays est la France et je ne puis tolérer davantage que ma religion ait à primer sur ma nationalité. « Juif de France », « Français juif », « Juif et français », appelez-moi comme bon vous semble mais ne dissociez pas l’un de l’autre.

 

Je ne capitulerai pas devant ceux qui veulent nous chasser par la terreur de notre pays. Pour la mémoire de Yohav, Yohan, Philippe, François-Michel, Ilan, Jonathan, Arieh, Gabriel, Myriam et tant d’autres tombés parce que Juifs sur le sol français, je me dois de rester ici pour que la France ne soit pas la terre du martyr du peuple Juif mais soit le pays de la vie et d’une présence juive fière d’y vivre, de pratiquer son judaïsme, de faire vivre son identité, ses traditions et de contribuer à la communauté nationale.

 

« Wie Gott in Frankreich leben », « Heureux comme Dieu en France ». Je ne veux pas faire mentir ce proverbe en prouvant que l’on peut servir Dieu chez nous en France et qu’Il trouve en nous des serviteurs et des fidèles qui ne sont pas apeurés. Pour paraphraser en l’adaptant la fameuse sentence de Nahman de Braslav je serais tenté de dire qu’être Juif en France c’est marcher sur un pont très étroit, l’essentiel est de ne pas avoir peur du tout ! ».

 

Une conversion sous probation

 

C’est parce que l’on aime Israël au plus profond de nous que l’on s’interroge parfois sur la marche du pays. Récemment, la Cour Suprême israélienne, la plus haute juridiction de l’Etat, s’est prononcée en faveur de la révocation d’une conversion par un Beth Din, Tribunal Rabbinique, orthodoxe. Non pas que la conversion ait connu un vice de forme ou de procédure, ce qui aurait pu à la rigueur justifier cette révocation, mais parce que la toute récente convertie, Yonit Erez, s’était détournée de l’orthodoxie rapidement après sa conversion. Il est entendu qu’une personne convertie se doit d’accepter le « ‘ol mitsvoth », le joug de la loi, au moment du prononcé de la conversion mais rien ne stipule en réalité que cela engage son devenir dans le judaïsme, même si cela est grandement espéré.

 

Or en Israël la conversion modifie le statut dans la société de la personne qui est ainsi reconnue comme juive par l’Etat d’Israël. Notons au passage que, depuis un arrêt de cette même Cour Suprême en 2005, l’ensemble des conversions, quelle que soit la tendance, sont reconnues par l’Etat d’Israël pour autant que le Beth Din appartienne à l’un des mouvements représentatifs du judaïsme religieux. Ainsi, à coté des Baté Din orthodoxes, sont reconnus ceux des courants libéraux et massorti.

 

En l’état c’est le Beth Din orthodoxe qui avait prononcé la conversion qui a saisi la Cour Suprême afin que le statut de la convertie soit révoqué au niveau étatique. La Cour Suprême  s’est exécutée, révoquant cette personne et cela risque de faire jurisprudence. Il y aurait donc deux catégories de juifs, ceux par naissance et ceux par conversion. Or notre tradition et le Talmud en particulier sont très clairs sur la question. Une fois la personne convertie on ne saurait établir la moindre différence d’avec un juif de naissance. C’est même une faute que de rappeler à un converti qu’un jour il n’a pas été juif. On peut au passage s’interroger sur l’hypothèse où il se serait agi d’un homme qui aurait dû être circoncis dans le cadre de sa conversion…

 

De façon plus générale on considérerait donc qu’un converti demeurera toute sa vie sous probation là où un juif de naissance peut mener tranquillement sa vie loin de la religion dans l’athéisme ou l’agnosticisme lorsque ce n’est pas dans des conduites contraires à la Halakhah. La Cour Suprême israélienne a donc clairement établi qu’un juif par conversion n’est pas réellement juif. C’est un précédent tout aussi grave que regrettable.

 

BILLET DU 21 DECEMBRE 2014

 

« Zemmour, le désamour… »

 

L’éviction d’Eric Zemmour de iTélé fait parler, même beaucoup parler, ce qui ne surprend pas. Le polémiste fait polémique, c’est un peu sa fonction. On pourrait donc dire: " circulez y’a rien à voir ». On lui reproche, cette fois-ci, ses mots sur une « déportation » des musulmans. Zemmour s’en défend, il n’a pas prononcé ce mot, le journaliste italien qui l’a interviewé aurait extrapolé ou interprété. Il n’en demeure pas moins que Zemmour fait l’objet d’un jugement sur l’ensemble de son œuvre. On ne peut oublier que récemment, sous-couvert de la crédibilité de l’historien Robert Paxton et du rabbin Alain Michel, Zemmour affirmait que Vichy avait protégé les Juifs français. Les deux intellectuels pris comme cautions se sont insurgés contre le polémiste, le renvoyant à ses thèses qu’ils ne sauraient partager.

 

iTélé a donc cessé sa collaboration avec Zemmour. Pour autant, sa visibilité dans les médias demeure intacte dans Le Figaro ou sur RTL, sans compter sur la large audience que lui assure la promotion de son dernier livre « Le suicide français » écoulé à 400.000 exemplaires, et ce n’est pas fini! Pourtant l’éviction d’iTélé est peut être annonciatrice d’autres. Le patron de RTL Christopher Baldelli, son premier employeur, le plus visible en tous cas, jugeait bon de déclarer ceci : "Zemmour est un intellectuel, sûrement pas un homme politique, et de moins en moins un journaliste". Eh oui! le problème Zemmour est certainement celui-ci : sa carte de presse le présente comme un journaliste, profession qui lui sert de prétexte pour communiquer. Baldelli qui connaît bien, même très bien, Zemmour est probablement celui qui voit le plus juste. Ceux qui crient à la liberté d’expression auraient raison de le faire pour un intellectuel mais pas pour un journaliste dont ce n’est ni le métier ni la fonction.

 

Observons au passage que les premiers soutiens de Zemmour après son éviction ont été le Front National dans son ensemble, Jean-Luc Mélenchon ou encore Tariq Ramadan. C’est ce que l’on appelle « le baiser de la mort ».

 

Zemmour serait inspiré de prendre sa liberté en renonçant à sa carrière journalistique pour épouser celle d’intellectuel et d’écrivain.

Vous pouvez retrouver le billet d'humeur du rabbin Gabriel Farhi en podcast sur le site de Judaïques FM en cliquant ici

BILLET DU 7 DECEMBRE 2014

 

« Le point de rupture… »

 

Assez ! Assez de cet antisémitisme qui semble ne plus connaître de limites en France. Ce que j’entends le plus souvent c’est cette angoissante interrogation : « Jusqu’où » ? Nul ne le sait car on ne voit pas comment cette haine anti-juive si banalisée pourra être contenue. La parole est libérée, on peut crier « Mort aux Juifs », comme cela fut le cas cet été dans les rues de Paris, en quasi toute impunité. On peut sur les réseaux sociaux déverser toute sa haine sans être inquiété non plus. Le mal est profond et est loin d’être conjoncturel comme un écho à la situation au Proche-Orient.

 

La réalité c’est que Créteil n’est hélas qu’une agression de plus qui vient gonfler des statistiques qui ont explosées cette année. En parlant de statistiques, comme de nombreux rabbins, je suis amené à rédiger des certificats de judéité pour les candidats à l’alyah. Avant la tuerie de Toulouse j’en émettais environ une dizaine par an. Depuis, et cela va en s’accélérant, c’est près d’une dizaine non par an mais par mois. Nous parvenons à peine à répondre à la demande et les délais s’allongent pour obtenir ce certificat indispensable pour établir un dossier.

 

Jusque là les éléments de langage dans la communauté juive étaient connus. Oui il y a des antisémites en France mais la France, elle, ne l’est pas. Oui le Gouvernement lutte efficacement contre l’antisémitisme et en prend la pleine mesure. Oui le vivre-ensemble est possible et nous saluons toutes les initiatives et je pourrai multiplier encore ces belles phrases tant entendues. Mais assez. Assez de cet angélisme. La réalité est tout autre. La communauté juive est seule face à elle-même et le point de rupture entre ses membres et les discours convenus est proche. A quoi bon se complaire dans les ors de la République en espérant une énième condamnation ?

 

Vous trouverez probablement ces mots alarmistes et désespérés. Nous aimerions pouvoir porter une espérance et croire en des lendemains meilleurs mais las. A chaque fois, après Le martyre d’Ilan Halimi, après la tuerie de Toulouse nous avons pensé ou espéré que cela ne pourrait aller plus loin. Pourquoi cette haine cesserait-elle mais surtout comment la stopper ? Cet antisémitisme est porté par la jeune génération et certains en viennent même à applaudir un député d’extrême droite lorsqu’il prend position contre la reconnaissance de l’Etat palestinien, on en oublie au passage que tous les députés du Front National se sont abstenus malgré des envolées lyriques. On essaye de se convaincre que le nouvel antisémitisme a chassé le traditionnel. En réalité l’antisémitisme en France a de multiples visages et jamais les Juifs ont été aussi détestés. Jamais. Alors tout à l’heure à Créteil le Ministre de l’Intérieur sera présent lors du rassemblement et il rappellera que s’attaquer aux Juifs c’est s’attaquer à la République et qu’il faut combattre tous les racismes et faire de la lutte contre l’antisémitisme une cause nationale. Il le dira encore et encore et nous, nous y croirons encore et encore.

 

BILLET DU 23 NOVEMBRE 2014

 

« Le choc des images… »

 

La nausée ! C’est ce que nous ressentons depuis quelques mois en ouvrant nos ordinateurs ou Smartphones et en tombant, bien souvent malgré nous, sur des images insoutenables de barbarie en tout genre, que ce soit des décapitations, des exécutions sommaires, des actes de torture, des corps mutilés. Toutes ces images, nous tentons de les rejeter et pourtant elles sont ancrées dans nos nuits. Les grands opérateurs d’Internet essaient  de filtrer mais les réseaux sociaux, eux, ne connaissent pas ou peu ces filtres. C’est bien simple : pour visionner les dernières vidéos de l’Etat Islamique il m’a fallu, sans être un utilisateur chevronné, 5 minutes pour parvenir sur un site basé je ne sais où qui diffusait ces images.

 

Le rôle traditionnel des média est de proposer de l’information qui est réfléchie, discutée, analysée puis montrée. Les chaînes d’information en continu se livrent une guerre farouche à l’heure d’Internet. Alors on floute ou on avertit mais on montre de toute façon ! Car il ne faudrait pas passer à côté de ce que les téléspectateurs attendent.

 

On a davantage peur pour nos enfants des images pornographiques que de celles de barbarie. Il y a encore quelques années, on regardait en famille les journaux télévisés et on pouvait parler de ce que l’on avait vu pour ne pas laisser nos enfants sur des images choquantes. Aujourd’hui on ne sait ce que les uns et les autres voient dans l’intimité de leur Smartphone. Alors, le soir venu, chacun se couche avec des images brutes dont on n'ose dire qu’on les a visionnées.

 

C’est une hérésie que de croire que l’on puisse contrôler Internet. Les images les plus dérangeantes seront déversées en plus grand nombre encore qu’elles ne le sont aujourd’hui. Il reste à espérer que d’un mal sortira un bien qui consisterait à resserrer le lien familial autour de la parole.

 

Tôt ce matin j’ai accompagné mon plus jeune fils à l’aéroport. Il partait avec sa classe  de George Leven pour trois jours en Pologne, à Cracovie. Je voyais tous ces jeunes élèves qui sont quelque part entre l’adolescence et le monde des adultes se rendre à Auschwitz. Cette sortie scolaire n’est pas semblable à d’autres. Depuis plusieurs semaines, grâce aux professeurs et au Mémorial de la Shoah, ils se sont préparés afin de comprendre ce qu’ils verront. Le traumatisme sera là lorsqu’ils avanceront dans ce camp de la mort et découvriront comment, méthodiquement et de façon industrielle, leurs ancêtres ont été assassinés. Peut-être reviendront-ils avec l’idée que l’on doit se tourner vers la vie et ne pas se complaire dans l’atrocité.

 

BILLET DU 2 NOVEMBRE 2014

 

« BHL le mal-aimé… »

 

S’il est bien un intellectuel français qui cristallise toutes les passions, c’est Bernard-Henri Lévy. Il est sur tous les fronts, de préférence sur des terrains de conflits, accompagné d’une équipe de télévision et toujours propre dans sa légendaire chemise blanche largement dégrafée. Cet homme va vite dans tout ce qu’il fait ce qui apparaît en contradiction avec la distance qui sied à un philosophe. Pensez-vous, à 19 ans déjà il intégrait la prestigieuse Ecole Normale Supérieure. On semble oublier que son livre fondateur « Le testament de Dieu » fut bien accueilli par ses pairs au premier rang desquels Emmanuel Levinas, et lui conféra son statut de penseur de la barbarie humaine. Oui BHL est légitime pour parler de la barbarie, de la tyrannie, des extrémismes, où qu’ils se trouvent. Alors ce globe-trotter de l’indignation ne connaît pas de frontières.

 

C’est ainsi que ce week-end il s’est rendu à Tunis pour des raisons qui demeurent encore assez floues. Etait-ce pour se féliciter des dernières élections qui ont écartées les islamistes du pouvoir ? Nul ne le sait vraiment et à vrai dire ce mystère est en parfait accord avec le personnage. Il n’en demeure pas moins qu’à l’heure des réseaux sociaux, alors que BHL se trouvait en France en salle d’embarquement pour Tunis, il fut devancé par de nombreux messages s’indignant que cet homme, disons-le que ce Juif, puisse venir fouler le sol de la terre tunisienne.

 

Ainsi à son arrivée à Tunis, Bernard-Henri Lévy a du être exfiltré après, rapporte t-on, un long moment passé dans l’aéroport, pour échapper aux dizaines de manifestants qui scandaient arborant des drapeaux palestiniens « Non aux intérêts sionistes en Tunisie », « BHL dégage ». Pour ceux, et j’en suis, qui ont des origines tunisiennes cela tranche singulièrement avec la douceur que l’on prête aux tunisiens et des temps désormais révolus de cette parfaite entente entre la population Arabe et Juive. Que reproche t-on à l’intellectuel français au point de se mobiliser avec violence pour le désigner persona non grata ? Là non plus on ne le sait pas trop si ce n’est une déclaration d’un avocat, Me Abdelaziz Essid, qui entend saisir la justice tunisienne pour : « constituer un dossier vu le caractère suspect de cette visite et du danger qu’elle présente pour la sécurité du pays et l’ordre public ». En réalité ce qui pose problème c’est l’affirmation de BHL de son soutien à Israël. Même Tariq Ramadan s’est fendu de son commentaire en désignant BHL comme un « agent intellectuel du gouvernement israélien comme du Mossad ». La menace semble sérieuse. Peut-être qu’un simple rappel ne serait pas inutile si l’on considère que BHL est l’instigateur de JCall afin de souhaiter une solution pacifiste entre Israéliens et Palestiniens reposant sur « deux peuples, deux états ».

 

 

BILLET DU 26 OCTOBRE 2014

 

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde… »

 

C’est un lieu commun que de dire que nous vivons une drôle d’époque. Il y a quelques jours Roger Cukierman, le président du Crif, a été mis en examen, rien moins que cela, pour diffamation ayant déclaré à l’endroit de Dieudonné que celui-ci était un « antisémite professionnel ». La bonne nouvelle est que Dieudonné se sent diffamé par une telle évidence. Peut-être a t-il considéré que le qualificatif « d’antisémite professionnel » était bien léger au regard de son « œuvre » qui au travers de ses spectacles ou vidéos sur internet n’a de cesse, telle une quête obsessionnelle, de tourner en dérision la Shoah et d’accuser les Juifs de tous les maux de la société. On imagine la jubilation dans le clan de Dieudonné, des Soral ou Zemmour ou encore Yannick Noah (nouveau fan proclamé), d’une telle victoire judiciaire. Tenez le tout dernier dérapage très contrôlé de Dieudonné étant de juger que la pièce de théâtre de Bernard-Henry Lévy « fait un four ». Expression fortuite très certainement. Camus avait raison : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Dire de Dieudonné qu’il est antisémite professionnel ou amateur consiste à bien nommer les choses.

 

Dans un autre registre, c’est Arno Klarsfeld qui se trouve à présent inquiété par la justice après avoir été auditionné par la police pour avoir dit sur une chaine d’information que « La France n’est pas antisémite…une partie des jeunes de banlieue l’est ». Là aussi, comme pour Roger Cukierman, on lit et relit la déclaration en se demandant ce qu’il y a de condamnable dans une telle affirmation. Le propos d’Arno Klarsfeld est plutôt mesuré dans une France qui voit nombre de Juifs partir pour fuir un antisémitisme exacerbé depuis la tuerie de Toulouse, les incendies de Sarcelles ou les manifestation pro-palestiniennes de cet été où en toute impunité ces mêmes jeunes de banlieue scandaient « Mort aux Juifs » dans les rues de Paris.

 

On a l’impression que la Police et la Justice sanctionnent des évidences que l’on préfèrerait occulter. Ce n’est pas en casant le thermomètre que l’on fait tomber la fièvre. Oui Dieudonné est antisémite et en fait son fond de commerce, oui certains jeunes de banlieue le sont. Plutôt que de s’attaquer aux petites phrases des uns et des autres, c’est aux racines de ce mal qu’il faudrait s’intéresser. On ne peut pas déclarer d’un coté, comme l’a fait Manuel Valls, déclarer que la lutte contre l’antisémitisme est une « cause nationale » et d’un autre coté traduire devant les tribunaux ceux qui le dénoncent lorsque celui-ci est caractérisé.

 

BILLET DU 14 SEPTEMBRE 2014

 

« Fait divers…? »

 

Avez-vous remarqué que lorsque l’on parle d’un fait divers, on le qualifie souvent de sordide. Celui dont je veux parler ce matin ne déroge pas à cette appellation. On en a peu parlé ou alors au détour d’un flash télévisé ou radiophonique.

 

Jeudi dernier, au petit matin, trois jeunes gens, deux filles et un garçon entre 25 et 28 ans et parisiens empruntent un taxi en étant apparemment assez éméchés au sortir d’une discothèque. En cela rien de très singulier si ce n’est le fait que cela se passe en semaine plutôt que le week-end. Il est ensuite rapporté qu’une altercation éclate dans le taxi entre le chauffeur âgé de 56 ans et ses trois jeunes passagers. Le chauffeur les somme de quitter le véhicule et face à leur refus les menace de les conduire au commissariat. C’est à ce moment que le chauffeur est violemment pris à parti, sorti de son véhicule et là vers la place Cambronne plusieurs coups lui sont assénés. Une patrouille de police qui passait par là découvre un taxi toutes portières ouvertes au milieu de la chaussée. Intrigués ils s’arrêtent et découvrent une des jeunes filles à cheval sur le chauffeur au sol lui donnant des coups au visage de talons aiguilles. Le chauffeur de taxi est alors encore conscient et dans la confusion qui s’en suit tout ce petit monde est conduit au commissariat. C’est là que le chauffeur quinquagénaire est pris d’un malaise cardiaque et conduit aux urgences de Necker.

 

Très rapidement son état empire, certains médias le donnent pour mort, d’autres le déclarent en état de mort cérébral quand d’autres expliquent que son pronostic vital est engagé. C’est cette dernière information qui semble d’actualité. Les trois agresseurs présumés ont été déférés.

 

Pourquoi vous raconter ce fait divers ce matin sur Judaïques FM ? Eh bien parce que l’identité du chauffeur a été révélée et l’association du prénom et du patronyme ne peut nous laisser indifférents. Le nom de ce chauffeur est : Jacob Elbaz. Faut-il imaginer qu’un motif antisémite soit lié à cette agression ? Ce serait trop hâtif et hasardeux de l’affirmer. Contrairement aux VTC ou à de nombreux taxis dans le monde, le nom du chauffeur n’est pas connu des clients en France. Doit-on imaginer que l’objet de l’altercation soit lié à la religion du chauffeur. Là encore cela n’aurait pas de sens en l’état. Mais on peut s’interroger sans être taxés de paranoïa. Ne dit-on pas que la lutte contre l’antisémitisme passe par la vigilance ! C’est pourquoi cette piste ne doit en aucune façon être éludée car à présent seule la parole des trois agresseurs présumés se fera entendre. Il ne nous reste qu’a prier pour Jacob Elbaz et sa famille.

BILLET DU 7 SEPTEMBRE 2014

 

« L’Allemagne comme ultime refuge des Juifs en Europe…? »

 

 

Dans son allocution hebdomadaire ce samedi, la chancelière allemande Angela Merkel, s’est émue de la montée de l’antisémitisme en Allemagne comme dans le reste de l’Europe. Antisémitisme accru encore cet été par les évènements à Gaza. La chancelière remarque qu’il n’est pas un lieu de vie juive qui n’échappe à la protection policière et, plutôt que de se féliciter de cette protection comme d’autres dirigeants le feraient ailleurs, elle condamne l’idée selon laquelle ces lieux aient à être protégés. Mieux encore il y aura le 14 septembre prochain une grande manifestation organisée par le Conseil Central des Juifs d’Allemagne devant la porte de Brandebourg et Angela Merkel s’y est invitée se proposant d’y prononcer une allocution. Au fond imaginez à notre échelle une manifestation organisée par le CRIF qui verrait le Président de la République intervenir pour condamner l’antisémitisme. C’est juste impensable chez nous. Tout au plus la France réfléchit à faire de la lutte contre l’antisémitisme une cause nationale comme l’a rappelé le premier Ministre Manuel Valls lors de la dernière commémoration du Vel d’Hiv.

 

Il faut dire que la France aime bien les commissions, groupes de réflexions, causes nationales et toutes choses intellectuellement stimulantes. L’action est autre chose. En s’engageant personnellement, la chancelière allemande enverra un signal fort à l’Allemagne et à l’Europe. Oui, 75 ans après la Shoah, l’Allemagne est à présent la deuxième communauté juive d’Europe continentale derrière la France avec 200.000. L’Alyah y est marginale et les synagogues se construisent largement financées par l’Etat. Tout est loin d’y être idéal mais l’Allemagne a pris le parti de protéger ses Juifs et de combattre par tous les moyens l’antisémitisme. En appelant à une large participation lors du rassemblement du 14 septembre, Merkel s’érige en leader de la cause et d’ajouter : "Je vais personnellement faire tout mon possible - tout comme l'ensemble de mon gouvernement - pour veiller à ce que l'antisémitisme n'ait pas une chance dans notre pays ». Une voix qui, nous aimerions le croire, pourrait inspirer les dirigeants de notre pays. La communauté juive n’a organisé qu’un seul rassemblement, c’était le 31 juillet, au cœur de l’été, devant l’Ambassade d’Israël. Ce rassemblement avait de la tenue et est apparu nécessaire à tous ceux qui y ont participé. Mais le mal français est aussi présent dans nos rangs. Nous préférons les articles dans la presse, les déclarations, les condamnations, et même les billets comme celui-ci plutôt que l’action. Il est temps de sortir de nos synagogues et centres communautaires et de faire entendre notre voix dans la rue comme nous le montrent nos cousins germains ou germaniques, c’est selon. A nous de veiller à ce que demain l’Allemagne ne devienne pas le dernier refuge des Juifs en Europe…

BILLET DU 6 JUILLET 2014

 

Eyal, Gilad, Naftali…Mohammad : les 4 enfants.

 

La semaine écoulée a été pour tous un cauchemar semblable à d’autres semaines en Israël. Trois enfants, Eyal, Gilad et Naftali ont été retrouvés morts, assassinés. Ils avaient entre 16 ans et 19 ans, l’âge de l’innocence mais aussi l’âge de tous les possibles. Leur meurtre est une déchirure pour tous car rien ne justifie que l’on tue froidement des enfants. Quelques jours après c’est un autre enfant, palestinien lui, Mohammad, que l’on retrouvait dans les faubourgs Est de Jérusalem, le corps calciné à 90%, laissé pour mort au bord d’une route. Dès lors ces quatre enfants issus de milieux si différents se trouvaient-ils bien malgré eux liés à tout jamais dans un drame commun. Chacune de ces vies arrachées compte de façon égale.

 

La simple évocation des « quatre enfants » me fait penser à la lecture de la Haggadah de Pessah. Le sage, le méchant, le simple d’esprit et celui qui ne sait pas questionner. Ces quatre enfants là sont si différents et pourtant tous assis ensemble autour d’une même table. Chacun est considéré et chacun reçoit une réponse. Israël aujourd’hui est semblable à cette table du Seder de Pessah. Le simple fait de s’y trouver lie les uns aux autres. Le destin des Israéliens dépend de celui des Palestiniens et réciproquement. Rien ne peut et ne pourra se faire sans considérer ensemble ces deux peuples.

 

Ce quadruple assassinat est une brèche de plus dans un règlement du conflit, mais ce drame nous oblige aussi paradoxalement. Face à la colère qui s’empare de nous la vengeance est la dernière des options car non seulement elle conduirait inexorablement à une macabre escalade dans l’horreur mais aussi et surtout parce que la vengeance est l’antithèse de la justice. Ces derniers jours des idiots se sont joints à des extrémistes (ce sont souvent les mêmes) pour en appeler à la vengeance. Certains pensaient qu’évoquer la loi du talion était une façon de légitimer, à travers la parole divine contenue dans la Torah, les pulsions les plus viles et bestiales. Ces personnes doivent savoir que la loi du talion n’est en aucune façon un appel à la vengeance en rendant de façon égale les coups. Elle en appelle au contraire à la justice qui doit apprécier les dommages, la peine, la souffrance en condamnant les auteurs de ces meurtres.

 

Le Seder de Pessah nous fait passer par toutes les phases, de la descente en Egypte jusqu’à la servitude et finalement la libération avec au final une espérance messianique de se trouver l’an prochain à Jérusalem. Jérusalem est aujourd’hui à feux et à sang. Les hommes ont cette faculté de pouvoir apaiser les cœurs et les consciences. Cela demandera bien du courage et des efforts. Nous le devons à la mémoire de nos enfants.

BILLET DU 29 JUIN 2014

 

« Pourvu que ca dure… »

 

On guettait les premiers pas du nouveau Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, élu très confortablement dimanche dernier. Pour ceux qui voient en lui un Rabbin d’ouverture, la promesse est au rendez-vous. Il apparaît évident que le pouvoir politique au sein du Consistoire incarné par son Président et le pouvoir religieux seront distincts et, pour les plus optimistes, complémentaires. C’est bien ainsi. Les grands électeurs ont choisi la continuité dans les pas du Grand Rabbin Gilles Bernheim. Un Judaïsme ouvert sur la Cité dans une ligne plutôt « moderne orthodoxe ».

 

L’effet de séduction semble opérer et c’est dans un concert de louanges que Haïm Korsia s’installe dans ses fonctions pour les sept prochaines années. Ainsi a t-on pu entendre le Grand Rabbin sur Europe 1 affirmer que les femmes devaient avoir leur place dans la communauté et que deux médiateurs, un homme et une femme, seraient désignés pour entendre la voix de la communauté. Plus étonnant la position émise par Haïm Korsia sur l’affaire Vincent Lambert cet homme que l’on ne veut laisser mourir là où les plus hautes juridictions sont en désaccord. Selon le nouveau Grand Rabbin de France, dans ce cas précis : "Qui doit avoir le dernier mot ? L'homme. A un moment, un homme doit finir." C’est une opinion que je partage entièrement mais je crains que nous soyons peu nombreux à être sur cette même ligne qui ne s’inscrit pas dans le courant majoritaire et historique du judaïsme rabbinique. Pour le Judaïsme, et la liturgie lors de l’inhumation renforce cette idée, « c’est Dieu qui donne et Dieu qui reprend ». L’homme ne pourrait tout au plus que prendre en charge les souffrances jusqu’au terme « naturel » de la vie. Mais voilà, affirmer que l’homme doit avoir le dernier mot signifie donc que l’on peut se substituer dans certains cas à la volonté divine à moins que l’on considère que le geste de l’homme soit inspiré par Dieu.

 

« Un homme doit finir », c’est entendu mais affirmer que « le dernier mot » appartient à l’homme consiste donc à conférer aux soignants et au législateur un pouvoir quasiment de droit divin. Cela s’entend dans le cas particulier de Vincent Lambert mais peut s’appliquer à bien d’autres cas de détresse.

 

C’est un exemple singulier mais très révélateur d’une liberté que prend le Grand Rabbin de France sans exprimer un avis collégial. C’est à mon sens une bonne chose lorsque l’on est Rabbin et a fortiori dans les plus hautes fonctions que de conserver son libre arbitre en exprimant des opinions personnelles quitte à les confronter après à d’autres dans un débat que l’on suscite.

 

On ne peut que souhaiter que cela dure et que l’enthousiasme des premiers jours se maintienne.

BILLET DU 22 JUIN 2014

 

« Conclave au Consistoire… »

 

Enfin nous y voilà. Nous sommes le dimanche 22 juin jour où les quelque 300 grands électeurs du Consistoire vont élire leur Grand Rabbin. Il convient peut-être de répéter cette dernière phrase pour que chacun comprenne l’enjeu « quelque 300 grands électeurs du Consistoire vont élire leur Grand Rabbin ». On aurait tort de penser qu’au terme de ce vote le judaïsme français se dotera d’un Grand Rabbin de France. Comment pourrait-on prétendre représenter les Juifs dans leur diversité. En réalité, sont appelés aux urnes, des membres désignés par l’institution consistoriale. C’est donc en conclave que ces derniers se réuniront pour désigner, parmi les six candidats restant, celui qui présidera aux destinées religieuses de l’institution et qui prendra le titre officiel de « Grand Rabbin du Consistoire Central ».

 

Cette campagne aura été assez instructive. Un nombre record de candidats, dix, et quatre désistements ces derniers jours. Cela ressemble davantage à un jeu politique qu’à un enjeu religieux. Il n’en reste que six mais c’est en soi un record. Ces élections sont les premières à se dérouler sous les bons hospices des réseaux sociaux. Il a donc fallu communiquer, peut-être à outrance si l’on considère les promesses et engagements des uns et des autres. Au fond il y a deux lignes. Celle des gardiens du temple dans une ligne orthodoxe de stricte observance et celle, appelons-les, des rénovateurs qui entendent prendre en considération des enjeux sociétaux et religieux contemporains. Ainsi, si les engagements sont tenus par le futur Grand Rabbin de France qui n’oubliera pas qu’il a été un jour candidat, la place des femmes dans la synagogue et dans la vie communautaire devrait être, si ce n’est égalitaire, digne et respectueuse. La question douloureuse du Guet ne devrait être plus qu’un mauvais souvenir, les différents courants du judaïsme jusqu’aux libéraux seront pris en considération.

 

En tant que Rabbin d’une communauté non-consistoriale, j’observerai donc de l’extérieur cette élection sans que le résultat ne vienne influer sur la vie de ma synagogue. Comme beaucoup, je serai attentif à l’évolution du Consistoire qui est une représentation du judaïsme religieux en France parmi d’autres.

 

Il n’en demeure pas moins qu’être candidat à cette élection est courageux. Il faut à la fois convaincre les grands électeurs et porter un message au-delà de l’enceinte consistoriale. Les engagements séduisants de certains à l’adresse de la grande communauté ne seront peut-être pas ceux qui sauront convaincre les membres de ce collège électoral. « Parler aux Enfants d’Israël » réclame d’être audible et en phase avec les préoccupations qui agitent la communauté. La légitimité du prochain Grand Rabbin de France sera davantage dans ses actions que dans les urnes.

BILLET DU 8 JUIN 2014

 

« 26 années de haine… »

 

Bonjour,

 

On se souvient du dérapage contrôlé de Jean Marie Le Pen en 1988 à l’encontre du ministre d’ouverture du gouvernement Rocard, Michel Durafour, qui préconisait en son temps l’alliance avec les communistes pour faire échec au Front National qui gagnait en puissance. Piqué au vif, le président du parti d’extrême droite s’était alors écrié goguenard : « Monsieur Durafour-crématoire, merci de cet aveu ! ». C’était il y a 26 ans et depuis, celui qui est à présent le président d’honneur (sic) du Front National n’a fait que multiplier les provocations par des phrases équivoques allant jusqu’à créer la confusion au sein d’une formation politique qui fait de la « dédiabolisation » une priorité. Oui mais voilà, le père de l’actuelle présidente a toujours son titre honorifique qui aurait pu lui être enlevé bien des fois si le FN était en accord avec ses paroles qui semblent condamner les propos de Le Pen père.

 

Mais voilà donc qu’un boulevard s’ouvre devant lui dans cette impunité filiale qui lui a permis de récidiver récemment. Une vidéo, mise en ligne en dépit des vains efforts du FN de la faire disparaître, montre Jean-Marie Le Pen condamner les artistes qui n’ont pas grâce à ses yeux et qui représenter des relais d’opinion contre sa politique. De Bedos, en passant par Madonna jusqu’à Noah, tous ont le droit à la petite phrase qui voudrait sonner comme un bon mot. Patrick Bruel, lui, a droit à un traitement de faveur puisque arrivant à la fin de cette énumération d’artiste, Le Pen, dans un gloussement déclare : « on fera une fournée la prochaine fois ». On notera au passage que le Le Pen négationniste n’hésite pas en appeler aux fours crématoires pour appuyer ses calembours antisémites. L’homme n’en est pas à un paradoxe prêt.

 

On aurait tort de penser que le leader vieillissant devient sénile ou touché par quelque démence. Non, en réalité ces propos sont mesurés, souvent préparés, pour attirer la lumière sur celui qui n’est plus que l’ombre de son parti en général et de sa fille en particulier. On ne sait que trop bien à quel point la parole, plus encore lorsqu’elle est banalisée, peut conduire aux actes. C’est pourquoi cette phrase n’est pas une « petite phrase » et qu’elle doit être sanctionnée par les tribunaux comme une incitation à la haine raciale et à l’antisémitisme.

 

Et puisque les mots veulent dire quelque chose, le fait que Jean-Marie Le Pen soit président d’honneur du Front National, ceci signifie qu’il fait honneur à son parti. Au fond on tente de nous faire croire que la fille serait le Docteur Jekyll et le père Mister Hyde, à moins que ces rôles soient interchangeables !

BILLET DU 1er JUIN 2014

« Etes-vous prêts à recevoir la Torah ? »

Bonjour,

La fête de Shavouoth qui commencera mardi soir est la dernière des « grandes fêtes » avant celles de Tishri dans...4 mois. Dans la nuit de mardi à mercredi, vos synagogues vous proposeront des « nuits d’étude » ou des « veillées »...c’est selon. Dans tous les cas, Shavouoth sera la seule occasion donnée dans l’année de veiller dans une synagogue.

Ce qu’il y a de merveilleux dans cette fête, c’est l’ancrage que nous affirmons dans notre Livre de la Torah. En commémorant le don de la Torah, nous renouvelons la promesse faite jadis par Dieu à nos Peres. Un Peuple...un Livre. Le « Peuple élu » se caractérise par son acceptation d’un destin singulier à travers des paroles divines qui le guident aujourd’hui encore. Cette situation est singulière, disais-je, car elle lie un Peuple qu’il soit laïc ou religieux à des écrits millénaires.

Il y a en français une expression qui est « avoir un don ». Celle-ci s’applique parfaitement au jour de Shavouoth même s’il on ne peut lui donner sa même acception qu’en français. Le Peuple Juif a en effet un don. Il est le possesseur du don de la Torah, ce Peuple qui a été choisi parmi les nations pour être le dépositaire de la parole divine et celui qui la fait vivre. Etre Juif ce serait donc avoir un don particulier qui consiste à trouver sans cesse, dans un texte séculaire, une actualité. « La Torah parle la langue de l’homme » nous enseigne le Talmud. Notre langage, notre culture, nos références peuvent évoluer, la Torah elle demeure dans sa vérité comme une parole qui nous accompagne et nous guide. Le génie du judaïsme consiste à interroger sans relâche cette parole, à trouver une multitude d’explications et d’interprétations. Ce livre ne sera jamais clos, son interprétation jamais définitive. « Torat Haïm », une Torah de vie. Tel est ce livre qui nous maintient à travers les vicissitudes de la vie. C’est dire que cette élection divine, davantage qu’une distinction, est une immense responsabilité pour chacun d’entre nous.

Alors nous veillerons dans la nuit de mardi à mercredi pour nous souvenir, selon la tradition, que les hébreux au jour où ils devaient recevoir la Torah dormaient encore et que Dieu, Lui-même a dû les réveiller. Nous réparerons alors cet affront par un « tikoun » en ne laissant pas nos paupières se fermer et en nous préparant à recevoir le plus beau de nos héritages : la Torah.

Hag Shavouoth Saméah, Bonne fête de Shavouoth, Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

 

BILLET DU 25 MAI 2014

 

« L’antisémitisme européen… »

 

Lorsque l’on évoque Bruxelles, on pense à l’Europe et à ses institutions, peut-être plus encore en ce dimanche 25 mai où nous sommes appelés aux urnes pour élire nos députés qui siègeront au Parlement européen.

 

Mais depuis hier, Bruxelles est une ville meurtrie qui a été en son cœur le siège d’une fusillade triplement mortelle dans l’enceinte et devant le Musée Juif de Belgique. Nous ne pouvons que penser avec émotion et effroi aux familles endeuillées dont on ne connaît pas pour l’heure l’identité. Beaucoup ont fait le parallèle assez rapidement avec la fusillade de Toulouse tant le mode opératoire est semblable. A Toulouse la scène de crime était une école juive, à Bruxelles c’est un musée juif. Vous aurez remarqué que certains se sont interrogés sur le caractère antisémite ou pas de cet attentat. Est-ce bien sérieux de douter un instant qu’une telle cible ne peut que répondre à une logique dirigée contre la communauté juive ?

 

Il fallait hier soir regarder les réseaux sociaux avec des commentaires à la limite du supportable. L’extrême droite belge conduite par Laurent Louis et son mouvement « Debout les belges » s’érigeait déjà en première victime d’un complot visant à décrédibiliser l’extrême-droite à la veille d’un scrutin européen. Ce leader qui s’affichait il y a 15 jours encore aux cotés de Dieudonné et de Alain Soral a su se montrer prolixe pour se défendre des accusations portées contre lui et sa responsabilité dans la montée d’un climat antisémite sans jamais avoir la moindre parole de compassion envers les victimes. Celles-ci sont juste inexistantes à ses yeux.

 

Roger Cukierman, le Président du Crif, ne s’y est pas trompé en déclarant : «C'est une chose abominable qui se passe, la transformation de la haine antisémite en terrorisme systématique». Des mots, des paroles et des postures conduisent irrémédiablement aux actes. Ceux qui propagent la haine antisémite arment des bras meurtriers. C’est pourquoi, au risque de se voir affubler de « victimes », il nous faut dénoncer sans relâche toutes les expressions de l’antisémitisme même le plus « ordinaire » serions-nous tentés de dire, celui insipide qui se glisse sur les réseaux sociaux ou dans des expressions quotidiennes.

 

Mais dans l’immédiat il y a une urgence, celle d’exprimer par son vote aujourd’hui le rejet des extrêmes dont on prédit une percée historique. Cela les conforterait dans leurs thèses de rejet de l’autre. Notre indignation et notre colère doivent se traduire par un bulletin de vote glissé dans l’urne. Alors après on pourra assister à 18h au rassemblement silencieux devant l’Ambassade de Belgique.

 

BILLET DU 27 AVRIL 2014

 

« Le silence en héritage… »

 

C’est ce soir que débutera le Yom HaShoa, « le jour de souvenir perpétuel pour la maison d’Israël » tel que l’a proclamé la Knesset le 12 avril 1951. On pourrait imaginer que le souvenir des six millions de nos frères et sœurs exterminés dans les camps de la mort parce qu’ils étaient juifs serait de nature à ce que les commémorations soient suivies par tous ceux qui prônent les valeurs de fraternité, d’amitié et de respect entre les peuples.

La Shoa a été et reste une insulte à l’humanité. La République française a rendu doublement hommage aux Juste parmi les nations en les faisant entrer au Panthéon et en leur remettant la Légion d’Honneur. La France après avoir reconnu sa responsabilité, reconnaît également que les vrais résistants furent ceux qui refusèrent l’innommable en sauvant des juifs au péril de leurs propres vies. De l’autre coté il y avait les collaborateurs et…les silencieux. Cette dernière catégorie est celle qui ne voulait rien voir ou entendre et donc ne rien faire. Ils furent nombreux. Au premier rang desquels : le Vatican et son pape de l’époque Pie XII. Le Mémorial Yad Vashem en Israël a ainsi illustré une photo de ce pape : "En 1933, alors qu’il était secrétaire du Vatican, il a œuvré pour obtenir un concordat avec le régime nazi… Lorsqu’il a été élu pape en 1939, il a mis de côté une lettre rédigée par son prédécesseur contre le racisme et l’antisémitisme… Et lorsque des rapports sur le génocide sont arrivés au Vatican, il n’a jamais émis la moindre protestation que cela soit verbalement ou par écrit… Il s’est abstenu de signer en 1942 la déclaration des Alliés condamnant l’extermination des Juifs".

Alors que Benoit XVI, Pape émérite se trouve aujourd’hui aux cotés du Pape François pour la canonisation de deux anciens prédécesseurs, rappelons que c’est ce même Benoit XVI qui, lors de sa visite à Auschwitz en mai 2006 avait évoqué les « six millions de victimes polonaises » omettant de souligner que la moitié d’entre elles étaient juives. On veut bien croire que benoit XVI fut obligé jadis de porter l’uniforme de la Wehrmacht enrôlé dans les jeunesses hitlériennes, mais l’on ne saurait accepter aujourd’hui que le pape s’inscrive dans l’héritage de Pie XII en tournant le dos à la réalité de la Shoa et en ne prêtant pas l’oreille aux cris assourdissants de ces enfants, hommes femmes et vieillards qui implorèrent il y a 60 ans les consciences humaines et qui ne sont pas plus entendus aujourd’hui. A quoi bon faire œuvre de repentance si c’est pour rester résolument sourd et silencieux ?

BILLET DU 20 AVRIL 2014

 

« La mémoire comme vecteur de l’action… »

 

Bonjour,

 

Le 19 avril 1943, c’était hier la date anniversaire, commençait le soulèvement du ghetto de Varsovie dont chacun connaît l’issue tragique. On a pu considérer ce soulèvement comme un acte héroïque, pour d’autres comme un acte désespéré. Mais au milieu de la nuit, pour reprendre les termes d’Elie Wiesel, des hommes se sont levés en choisissant le combat. Varsovie ou Massada, le peuple juif a ses héros et ses martyrs surtout.

 

Cette commémoration précède cette année le Yom HaShoah, jour de mémoire entre tous. La Mémoire est cet héritage que nous possédons et que nous voulons transmettre. Un héritage n’est pas toujours constitué d’un patrimoine. En l’occurrence, transmettre la Shoah, c’est affirmer que nos six millions de frères et sœurs exterminés continuent de vivre dans nos cœurs, nos consciences et nos vies.

 

A l’obsession mémorielle que décrivent certains, nous voulons rappeler avec force le caractère unique de la Shoah. Le rappeler ce n’est pas nier toutes les autres souffrances dans l’histoire. Le fait est, et il est terrible, que la Shoah représente la plus grande catastrophe dans l’histoire de l’humanité. Personne ne pourra jamais expliquer le pourquoi de la Shoah mais l’on en sait le comment. Comment la haine antisémite a pu permettre qu’un peuple civilisé se dresse contre un autre pour l’anéantir. Comment la complicité d’autres pays que l’Allemagne, comme la France de Vichy, a contribué à accomplir la politique nazie en dehors des frontières germaniques. Comment le silence du Vatican à l’époque a constitué un encouragement à cette idéologie. C’est face à cette logique et à ces mécanismes implacables que nous pouvons nous dresser aujourd’hui en faisant de ces commémorations des temps qui éclairent les consciences. Le devoir de Mémoire est un appel à l’action. Il ne suffit pas de proclamer « plus jamais cela », il faut agir pour que ce « cela » ne trouve plus de terreau. Se souvient-on encore de cette phrase de Berthold Brecht : "Le ventre est encore fécond d'où est sorti la bête immonde" ?

 

Le caractère unique de la Shoah ne signifie nullement qu’elle ne puisse être reproduite. Que ne pense t-on que nous vivons dans une époque qui ne puisse plus permettre cela ! Les ennemis d’hier sont aujourd’hui amis, l’ONU veille sur l’ordre mondial. Chacun a conscience de ce que nous ne sommes pas meilleurs aujourd’hui qu’il y a 70 ans. Des génocides, des massacres ethniques sont encore aujourd’hui perpétrés à travers le monde. Ce qui a profondément changé pour le peuple Juif c’est qu’il a à présent une terre, un foyer, un pays refuge. C’est précisément en cela que l’antisionisme est un antisémitisme. Vouloir remettre en question la faculté pour les Juifs d’avoir un pays, c’est accepter qu’ils puissent être menacés là où ils se trouvent en diaspora.

 

« Dans toutes les générations on s’est élevé contre nous pour nous anéantir » avons nous dit à deux reprises lors de Pessah. Notre espoir est qu’un jour cette phrase n’ait plus de sens et ne constitue qu’un rappel historique. C’est cela aussi être Juif : espérer.

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

BILLET DU 6 AVRIL 2013

 

« L’excellence mais à quel prix…! »

 

Chaque année revient comme un marronnier dans l’actualité le classement des hôpitaux, la sortie du guide Michelin et le classement des meilleurs lycées selon des critères basés essentiellement sur le taux de réussite au Bac. Un lecteur peu averti sera probablement surpris de voir aux cotés d’établissements prestigieux et convoités les noms de lycées israélites où il faut s’y reprendre à deux fois pour un néophyte afin d’en bien prononcer le nom.

 

Le fait est, et nous ne pouvons que nous en réjouir, que de nombreux établissements scolaires de la communauté sont reconnus pour leur excellence. Serait-ce à dire que l’enseignement est performant ou que les élèves sont naturellement brillants ? Hélas non pas seulement, la vérité est plus contrastée. Tout comme les autres établissements dans ce classement « l’écrémage » est la deuxième religion dans ces lycées. A la fin de la troisième les élèves qui ne suivent pas le rythme sont poussés vers la sortie. Les critères d’admission sont drastiques et basés sur un livret scolaire quasi-irréprochable, et il faut mériter de se maintenir dans l’établissement sans faux-pas à la fois dans le travail et la discipline. Noble exigence certes mais hautement sélective qui ne permet pas à un nombre significatifs d’élèves juifs de fréquenter ces établissements confessionnels.

 

C’est une question difficile pour les chefs d’établissement qui sont à la fois attachés à la pédagogie et à la réputation dans leurs établissements et qui dans le même temps ont conscience que la spécificité confessionnelle devrait permettre à ceux qui s’y reconnaissent de pouvoir prétendre y entrer. Pourquoi un établissement confessionnel sous contrat d’association avec l’Etat ne pourrait être tout simplement dans la norme sans exceller et sans se retrouver non plus parmi les mauvais élèves ? Faut-il pour prétendre entrer dans l’un de ces collèges ou lycées être forcement excellent ?

 

Nous souhaitons tous pour nos enfants le meilleur. Pour autant ils ne sont pas égaux dans leurs capacités à se fondre aux normes scolaires les plus exigeantes. Nous souhaitons aussi qu’ils puissent évoluer dans un milieu où l’enseignement du judaïsme côtoie l’enseignement des matières fondamentales au programme de l’Education Nationale. Et si l’on essayait de placer l’enfant au centre d’un projet pédagogique plutôt que d’en faire l’objet d’une norme statistique qui permet de se placer en haut du tableau ? C’est peut-être cela un établissement d’excellence, celui qui permet d’intégrer le plus grand nombre d’élèves dans leur diversité avec comme seul souci l’enseignement de qualité et non la performance

BILLET DU 23 MARS 2014

 

« Jour de vote… »

 

C’est aujourd’hui un jour de vote. Nous allons donc désigner les hommes et les femmes qui auront la charge de l’administration de notre ville ou de notre arrondissement. On pourrait penser qu’il y a des petites et des grandes élections en considérant que les présidentielles représentent la grande élection par excellence alors que les municipales seraient une sorte de petite élection et l’on aurait tort. Chaque appel aux urnes est un évènement qui témoigne en tout premier lieu du dynamisme de la démocratie et d’une juste représentation de nos dirigeants.

 

Pester contre la classe politique est un sport national en France berceau de Pierre Poujade. Mais nous avons la représentation politique que nous choisissons et qui est donc, si ce n’est à notre image, conforme au choix de la majorité des électeurs. Voter est autant un droit qu’un devoir.

 

Je pensais à cette phrase que nous répétons sans cesse pour définir un judaïsme intégré dans le tissu social et au plan national : un judaïsme dans la cité. La cité est la première expression de proximité et donc d’implication possible. Vouloir se définir comme des Juifs engagés dans la vie de la cité c’est obligatoirement prendre ses responsabilités lors d’élections.

 

Nos Maires connaissent nos communautés, nos synagogues, nos centres culturels, nos écoles. Ils sont souvent ces hommes et ces femmes qui favorisent le lien avec les autorités. Nous avons pu voir à quel point ces derniers se sont rapprochés de notre communauté, comme des autres par ailleurs, à l’approche des élections. Les mauvaises langues diront par opportunisme, d’autres considéreront que c’est pour mieux nous aider à comprendre leur programme, leurs orientations et écouter nos doléances. Quelques soient les motifs la fonction de Maire est celle de l’élu de proximité par excellence même si de part et d’autre la tentation de faire de ce scrutin un enjeu national est grande. Il est une certitude c’est qu’il y a des listes qui, si elles ont le droit de cité, ne devraient pas administrer une cité sur des principes partisans et d’exclusion. En cela un vote est utile lorsqu’il permet de les écarter.

 

En un mot, c’est un jour de vote, c’est un jour qui doit compter  et qui peut compter sur chacun d’entre nous.

BILLET DU 16 MARS 2014

 

« Un Shabbath unitaire… »

 

Bonjour,

 

Le ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, a finalement pris ses responsabilités face à ces pics de pollution que nous connaissons à Paris depuis près d’une semaine. L’air y est irrespirable et les plus fragiles, nourrissons, personnes âgées, asthmatiques lutent comme ils le peuvent face à une explosion des particules fines qui viennent se nicher au plus profond des poumons. Il fallait donc intervenir et ceci sera fait d’une façon assez spectaculaire dès lundi et les jours qui suivront.

 

En clair, lundi seuls les possesseurs de véhicules à plaques d’immatriculations impaires seront autorisés à circuler à Paris et dans la petite couronne. Les autres conserveront leur véhicule au garage jusqu’au lendemain à l’exception des véhicules d’urgence, des taxis, des transports en commun, des véhicules réfrigérés, les exceptions sont nombreuses. A noter que les amendes de 22 euros sont peu dissuasives et les contrôles rares ce qui en appelle clairement à notre sens civique.

 

Ce qui est inédit dans ces mesures n’est pas tant ce qui se produira en semaine que les dispositions particulières prises pour le week-end prochain. Le ministre Philippe Martin et le Préfet de Police de Paris, probablement bien renseignés, ont observé qu’à Jérusalem où la circulation est dense en semaine, quelques épisodes de pics de pollution existent. En revanche la quasi-absence de véhicules dès le vendredi soir jusqu’au samedi soir dans le respect du Shabbath entraine une chute spectaculaire du taux de CO2 dans l’air allant jusqu’à purifier l’atmosphère.

 

Ainsi le ministre français de l’Ecologie tentera donc dès l’entrée du Shabbath prochain d’interdire toute circulation de véhicules motorisés jusqu’à la sortie du Shabbath et ce de façon expérimentale. C’est une décision assez juste et audacieuse à quelques jours des élections municipales. Dans une interview à paraître demain, le ministre de l’Ecologie affirme ceci : « Au-delà des préjugés qui pourraient exister parmi certains, l’exemple de Jérusalem est une source d’inspiration pour le Gouvernement de la France. Avec une absence totale de particules fines dans la ville trois fois sainte le jour du Shabbath, il nous faut nous inspirer d’un modèle qui a prouvé son efficacité écologique depuis des années. L’écologie est un combat qui ne saurait souffrir les divisions ». Ainsi Paris sera rendue aux piétons Shabbath prochain. C’est une nouvelle dont nous ne pouvons que nous réjouir en nous félicitant que notre belle tradition puisse inspirer la politique de la cinquième puissance mondiale.

 

Pourim Saméah, Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

 

 

Cycle Médecine et Judaïsme :
un médecin, un rabbin, un témoin
Organisé conjointement par l’AMIF et la Direction culturelle du FSJU

JEUDI 13 MARS 2014 À 20H00
« La course à l’immortalité »
 
 avec
 
 Josué Feingold, généticien, Directeur de recherches émérite à l'INSERM.

Marc Chaouat, professeur des universités, Chirurgien plasticien et esthétique, Hôpital Saint Louis de Paris.

Et Gabriel Farhi, rabbin, aumônier israélite du Groupe Hospitalier Broussais-HEGP.

 
Modérateurs : Michèle Levy-Soussan et Bruno Halioua
 
Espace Rachi - 39, rue Broca 75 005 PARIS

ENTRÉE LIBRE - RÉSERVATION OBLIGATOIRE
01 42 17 10 70 ou par mail à actionculturelle@fsju.org

BILLET DU 9 MARS 2014

 

« Vous avez dit parité…? »

 

Bonjour,

 

C’était hier la Journée internationale de la femme. On pense ce que l’on veut de ces journées annuelles pour des causes grandes ou petites mais elles ont le mérite de mettre les projecteurs sur des causes qui seraient sinon diluées dans les diverses questions de société. Il est presque vrai que la journée de l’homme est 364 jours par an tant la gente masculine s’impose dans quasiment tous les domaines. Ce serait oublier que ces dernières décennies ont représenté de grandes avancées dans le droit des femmes. Mais tout cela est hélas très timide sans parler de la plupart des pays à travers le monde où les femmes représentent une sous-catégorie de l’espèce humaine.

 

Ayant dit cela je considère que le militantisme féministe fait beaucoup de tort à la cause des femmes. Les Femen pour ne pas les citer se livrent à des démonstrations aussi stupides que vulgaires. Je ne suis pas convaincu que Simone de Beauvoir ou Elisa Lemonnier s’y retrouveraient. Faut-il exhiber son corps pour se l’approprier ?

 

Il y a plutôt des chiffres qui sont parlants et je ne peux que vous recommander le remarquable graphisme proposé dans la dernière édition du Nouvel Observateur. On y apprend à quelques jours des municipales que seules 13% de premiers magistrats d’une ville sont des femmes, qu’il n’y a pas plus d’un tiers de femmes dans ce qui devrait être la représentation nationale parmi les députés. Les femmes restent désespérément moins payées que les hommes pour un même poste avec les mêmes qualifications et responsabilités.

 

Mais qu’en est-il de la communauté juive ? Passons sur le fait que le corps rabbinique riche de plusieurs centaines de Rabbins ne compte que deux femmes, on invoquera des motifs religieux. Mais prenons le CRIF qui fut à l’honneur la semaine dernière. Sur les 13 membres du Bureau exécutif, l’organe le plus important de l’institution, il n’y a qu’une seule femme alors que l’on connaît tous des compétences certaines et nombreuses parmi les femmes de la communauté. Le Conseil du Consistoire de Paris est un tout petit mieux loti avec 8 femmes sur les 33 membres, soit un quart de la représentation. Pareil pour le FSJU qui sur les 11 membres du Bureau exécutif compte 2 femmes. Connaissez-vous cependant des femmes présidentes de communautés juives ou de grandes institutions ? Nous avons beaucoup de chemin à accomplir non pas au nom du féminisme mais simplement au nom de la juste représentation des talents et des compétences.

BILLET DU 2 MARS 2014

 

« Le verre plein… »

 

C’est aujourd’hui le Rosh Hodesh, le nouveau mois de Adar. « Michénikhnas adar marbine bésim'ha », nous enseigne le Talmud. « Lorsque le mois de Adar entre, on augmente dans la joie ». Phrase souvent traduite d’une autre façon : « Lorsque le mois de Adar arrive, on multiplie les joies ». Or la traduction a son importance. On ne peut multiplier les joies sinon on le ferait constamment, non plutôt on rend les joies existantes plus intenses encore qu’elles ne le seraient d’ordinaire. Ainsi au milieu du mois de Adar lorsque la fête de Pourim apparaitra nous ferons de cet évènement heureux par excellence un moment débordant de joies.

 

Avouez que c’est là une résolution en apparence agréable à satisfaire. Etre dans la joie extrême. Plus facile à dire qu’à faire, n’est-ce pas ? La vie, elle, ne semble pas se préoccuper de cet impératif festif. Les deuils, les conflits – on pense à l’Ukraine – les maladies ne cessent pas comme par miracle un mois durant. On ne nous demande pas non plus de les occulter. Mais là se trouve la force de l’esprit du judaïsme on cherche, à l’instar de la petite lumière de la fiole d’huile de Hanoukka, cette petite lueur d’espérance que l’on va démultiplier. Ce n’est pas tout à fait fortuit si Pourim et Hanoukka sont les deux fêtes les plus joyeuses de notre calendrier. Elles ont en commun de présenter une « happy end » là où tout laissait entrevoir le pire. Et dans les deux cas c’est le courage d’un groupe, d’un homme, d’une femme qui aura permis de triompher en faisant montre d’optimise, de détermination, en en ne renonçant pas.

 

La métaphore du verre à moitié vide ou à moitié plein sera plutôt celle du verre presque plein et pas tout à fait vide. C’est notre tournure d’esprit qui doit être modifiée un mois durant en espérant qu’il aura un effet contagieux sur le reste de l’année. « Think positive » nous disent nos amis anglo-saxons. Cela pourrait presque être un slogan pour ce nouveau moi de Adar qui s’ouvre.

BILLET DU 23 FEVRIER 2014

 

« Malheureux comme un Juif en Ukraine… »

 

Cette semaine a été meurtrière en Ukraine et à Kiev en particulier où des centaines d’opposants ont payé de leur vie l’aspiration légitime à la liberté et à la démocratie. Traités de terroristes par le pouvoir en place et d’une certaine façon par la Russie, ils ont triomphé dans les larmes et le sang. Les Jeux Olympiques n’auront pas servi d’écran de fumée, au contraire ils auront été occultés par la tragédie qui se déroulait aux portes de l’Europe et de la Russie.

 

Ces évènements tragiques sont l’occasion de nous interroger sur la communauté juive ukrainienne qui est loin d’être négligeable puisqu’elle est la troisième sur le continent européen, devancée par l’Allemagne et avant la France. Il y aurait quelques 70.000 Juifs en Ukraine actuellement et pour la plupart à Kiev. C’est un judaïsme très assimilé avec un nombre record de mariages mixtes. Un judaïsme qui doit faire face à l’un des antisémitismes les plus affirmés au monde. Songeons que juste avant la chute du mur de Berlin il y avait encore 500.000 Juifs en Ukraine, c’était en 1989. En 1993 ils n’étaient plus que la moitié. La grande majorité a quitté le pays pour Israël ou les Etats-Unis.

 

Et pourtant l’Ukraine a été l’un des pays les plus féconds pour le peuple Juif. Songeons simplement aux personnages illustres qui y ont vécu tels le Baal Shem Tov et le Rabbi de Loubavitch mais encore dans un autre registre Trotski ou Jabotinsky sans oublier Golda Meir et Moshe Dayan. Mais l’Ukraine est un cimetière juif à ciel ouvert. Il n’est qu’à considérer l’œuvre remarquable du Père Patrick Desbois sur la « Shoah par balles » pour comprendre que sur les 2.500.000 Juifs d’Ukraine, plus de 2.000.000 ont été sommairement exécutés sur ce sol.

 

La communauté juive d’Ukraine aujourd’hui est à l’image de celle de l’ex-URSS. Il faut se cacher pour pratiquer, étudier et vivre son judaïsme. Certes des synagogues ont pignon sur rue mais sont sans cesse menacées faisant vivre les Juifs dans la terreur. Faut-il imaginer que la révolution qui est en route sera bénéfique aux Juifs ? Rien n’est moins sûr tant l’antisémitisme est majoritaire dans un pays qui voit dans ses Juifs la cause de ses soucis avec tous les clichés les plus éculés liés au pouvoir et à l’argent. L’Ukraine est une terre maudite pour les Juifs.

 

Et pourtant nombreux sont les Juifs en Ukraine à croire que le judaïsme peut y renaitre de ses cendres. Les organisations juives se multiplient avec toutes les expressions laïques ou religieuses. Laissons-nous porter par le vent de liberté qui semble souffler à 3 heures d’avions de Paris en pensant que celui-ci verra renaitre une communauté juive apaisée.

BILLET DU 16 FEVRIER 2014

 

« Religieux de pacotille... »

 

Voilà un homme courageux. Il s’appelle Dov Lipman, il est rabbin orthodoxe et député israélien à la Knesset sur la liste centriste Yesh Atid. On pourrait s’attendre à ce qu’il soit apparenté aux formations plus religieuses mais il n’en est rien. Dov Lipman a l’oreille des religieux tout en demeurant intègre dans ses convictions citoyennes dans un parti peu religieux.

 

Dov Lipman vient de prendre position dans la difficile question des divorces religieux pour renforcer la loi contraignant les maris récalcitrants et emprisonnés à remettre le guet. Etre derrière les barreaux ne suffit plus pour qu’un homme conserve la mainmise et la propriété sur sa femme comme s’il s’agissait d’une simple marchandise. Ainsi en Israël des milliers de femmes qui aspirent à divorcer ne le peuvent tant que leurs maris ne les « libèrent » pas. Nous nous concentrons ici sur Israël où seul le mariage et donc le divorce religieux existent. En ne remettant pas le guet, une femme ne peut se remarier ni même entretenir une relation affective avec un autre homme, alors que son mariage n’a plus d’existence dans les faits, sous peine d’être considérée comme adultérine sans parler des enfants « bâtards » qui naitraient d’une telle union hors-mariage.

 

La situation est juste intenable et archaïque. La femme est le « kinyan » la possession de l’homme et beaucoup semblent s’en accommoder. Dov Lipman lui ne l’accepte pas et propose des mesures radicales. Parmi celles-ci, et le grand rabbinat israélien ne s’y opposerait pas, interdire l’accès à la casherout à ces maris emprisonnés. Plus encore, en Israël les religieux incarcérés sont placés dans des ailes qui leur sont dédiées. Fini ce privilège, ils seraient parmi les autres, israéliens ou non, juifs ou arabes. Toutes ces mesures seraient coercitives et auraient pour objectif de faire pression sur ces hommes pour qu’ils renoncent à priver de liberté leurs épouses.

 

C’est un pas en avant considérable dans la question des « agounot ». Un signal fort envoyé vers ces femmes pour leur dire qu’elles ne sont pas oubliées et que leur souffrance est reconnue. Un signal fort aussi vis-à-vis de ces hommes qui se prévalent d’une religiosité de pacotille pour anéantir des femmes avec une violence sans nom. Il y a une forte probabilité pour que ces propositions aboutissent ou fassent leur chemin.

 

Il n’y a aujourd’hui qu’une poignée d’intégristes, oui nous en avons dans nos rangs, pour considérer que ce modèle matrimonial d’un autre âge peut encore se prévaloir d’un judaïsme digne de ce nom. Personne ne possède personne. La liberté de l’Homme est une affirmation constante de notre religion. Si le divorce est toujours une étape douloureuse, il fait partie des possibilités de la vie d’un couple. L’accepter c’est reconnaître la liberté de l’autre et la respecter.

BILLET DU 9 FEVRIER 2014

 

« L’IVG face au judaïsme… »

 

Il y a 39 ans, le 17 janvier 1975, était adoptée à l’Assemblée Nationale la loi Veil relative à l’IVG permettant aux femmes jusqu’à 12 semaines de grossesse d’interrompre leur grossesse et au-delà pour des raisons thérapeutiques. Les choses ne sont jamais acquises et le débat de société actuellement en Espagne en est l’illustration. Il n’en demeure pas moins qu’il y a 40 ans, Simone Veil prenait un risque certain puisque la population française était divisée et que 48% des français étaient favorables à cette loi. Un récent sondage vient porter ce chiffre à 75% avec une mention supplémentaire : « sans restriction ». On peut donc dire que dans une écrasante majorité la France approuve le recours à l’IVG. Cependant, et de façon assez surprenante, 24% des sondés en 1974 considéraient qu’une femme pouvait avoir recours à l’IVG si sa vie était en danger contre 6% aujourd’hui. Soit un recul de 18 points sur un aspect essentiel de l’IVG.

 

Pour le judaïsme, contrairement à ce que la majorité des personnes pourrait penser, l’IVG n’est pas interdite, en revanche elle est encadrée et doit reposer sur certains critères dont nombreux sont subjectifs. En effet selon la Halkhah, la Loi juive, on ne peut parler de vie que lorsque plus de la moitié du fœtus est expulsé durant l’accouchement. Avant il ne s’agit que d’un membre de la mère. Pour illustration cette phrase de la Mishnah : « Si une femme connaît une grossesse qui met sa  vie en danger, le fœtus doit être démembré, membre par membre et être retiré car la vie de la mère est supérieure à celle du fœtus. Toutefois si la plus grande partie du fœtus est expulsée, il ne doit pas être tué car une vie ne saurait être sacrifiée pour une autre ». On considèrera toujours que la vie de la mère prime sur celle du fœtus. Une fois l’enfant né les choses sont différentes.

 

Et pourtant les lois abondent sur la notion de foeticide et la réparation selon que celui-ci soit accidentel ou volontaire. Et le texte de la Mishnah que nous venons de citer peut être très largement contredit par un autre texte du Talmud faisant référence aux lois Noahides, c’est à dire celles qui concernent l’ensemble de l’humanité : « Quiconque verse le sang de l’homme dans l’homme, son sang doit être versé car Dieu a créé l’homme à Son image » (Gen 9 :6). Les Rabbins s’interrogent : « Qui est « l'homme dans l’homme » ? Rabbi Ishmaël stipule qu’il s’agit du fœtus. Il en découle que les non-juifs ont la défense de tuer quiconque, même un fœtus ».

 

Il n’en demeure pas moins que le judaïsme a toujours su considérer, face à un choix si difficile, la souffrance de la mère à la fois physique et psychologique. Ainsi, la dépression est considérée comme valable pour interrompre la grossesse : « tsar gouffa kadim », une grande souffrance émotionnelle. Il est donc bien difficile de se positionner sur un tel débat en étant soit pour, soit contre, sans apprécier les nuances proposées par notre loi.

 

 

BILLET DU 2 FEVRIER 2014

 

« Pour l’amour d’Israël… »

 


 

Le quotidien israélien Maariv a révélé ce vendredi le souhait du gouvernement de Benyamin Netanyahou de faire monter en Israël près de 40.000 Juifs français dans les quatre ans à venir soit, selon Israël, 10% des Juifs français. Selon Maariv, les raisons d’une Alyah massive seraient liées à une«situation économique difficile, à l’augmentation des impôts et à la montée de l’antisémitisme». Cette prise de position n’est pas une première, on se souvient en 2004 des propos d’Ariel Sharon qui déclarait que les juifs de France devaient monter en Israël «aussi vite que possible en raison de l’augmentation de l’antisémitisme dans leur pays».

 

Les propos du premier Ministre israélien sont prononcés quelques jours après la manifestation parisienne dite « jour de colère » où l’on a pu entendre scandé dans les rues de Paris : « Juif, la France n’est pas à toi ».

 

L’Alyah des Juifs de France était en hausse de 63% en 2013 avec 3410 candidats à l’immigration. Un score sans précédent qui place la France pour la première fois devant les Etats-Unis représentant de fait la première Alyah des juifs de diaspora. Doit-on s’en réjouir ? Oui si l’on considère ce mouvement massif comme une Alyah d’adhésion motivée par un sionisme fervent. Non si la motivation est la peur de la résurgence d’un antisémitisme qui depuis le meurtre d’Ilan Halimi, en passant par la tuerie de l’école Hozar Hatorah est une réalité. Le fait est que chacun connaît autour de soi, dans un environnement proche, des familles qui ont fait leur Alyah cette dernière année.

 

L’appel de Benyamin Netanyahou  est loin d’être anodin. Le gouvernement israélien connaît les répercutions diplomatiques que cela peut engendrer dans des rapports tumultueux entre Israël et la France. C’est une prise de risque mesurée tant il est vrai que nombreux parmi nous réfléchissons à cette hypothèse. Oui mais voilà l’Alyah si elle est faite par amour est positive lorsqu’elle répond à une peur, elle représente un échec. Si 25% des « olim » reviennent en France c’est que la peur ne peut seule motiver une décision si importante.

 

Israël entend renforcer dans les jours à venir ses effectifs français à l’Agence Juive pour faire face à cet afflux mais également pour mener une campagne d’information dans les écoles juives. La question qui se pose de plus en plus est : Il y a t-il encore une place pour les Juifs en France ? Nous espérons que oui et il nous faut œuvrer dans ce sens…en attendant.

 


BILLET DU 26 JANVIER 2014

 

« Mauvais vaudeville au château… »

 

Il aura donc fallu deux semaines pour que le dénouement intervienne dans le vaudeville qui se jouait au château. De retour du Vatican, François Hollande comme adoubé annonce dans un communiqué laconique : "Je fais savoir que j'ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler ». Le « président normal » fait donc les choses de façon assez singulière. Que des couples, mariés ou pas, se séparent, c’est normal mais le faire par communiqué de presse l’est moins. Si « les affaires privées se règlent en privé » pourquoi alors en annoncer le verdict par la voie la plus publique qu’est l’AFP ? Utiliser trois fois dans une même phrase un pronom personnel pour parler d’une affaire qui concerne un couple est révélateur. A la lecture de ce communiqué j’ai pensé au reproche que font certains au judaïsme dans l’institution du mariage qui est considérée comme étant un « kinyan », une « acquisition ». L’homme possède la femme la réciproque n’existant pas. On ne le sait que trop bien dans une procédure de divorce religieux et la remise d’un guet qui fait du mari le seul maître à bord et le décisionnaire de l’avenir d’un couple. Il y a ce sentiment désagréable que le président a pris une décision seul et le fait savoir haut et fort.

 

François Hollande parvient à cette situation ubuesque de répudier en place publique sa compagne. Il y a une forme de toute puissance qui est assez insupportable et qui ne fait pas bon ménage avec l’humilité dont se prévalait le candidat Hollande fustigeant alors son adversaire Nicolas Sarkozy. Le pouvoir rendrait-il les hommes arrogants ? Peut-être. On apprécierait cette même assurance pour arbitrer dans des choix et des engagements forts pour la France.

 

On a pu juger que les habits de première dame n’allaient pas à Valérie Trierweiler, mais il y a dans ce dénouement non pas une appréciation du président mais des faits révélés par une presse people. Ces révélations auraient pu pousser François Hollande à la plus grande réserve et une parfaite humilité, il n’en est rien. Il est assez normal de ressentir une certaine forme de compassion pour Valérie Trierweiler et une gêne dans l’attitude de son compagnon.

 

Non ce n’est pas un vaudeville, c’est une situation humaine comme il en existe des milliers d’autres sauf que l’on nous prend à témoins et que contrairement à un bon vaudeville au théâtre on ne veut pas applaudir.

 

 

 

BILLET DU 19 JANVIER 2014

 

« Laissez Vincent Lambert partir… »

 

Le drame qui se joue autour de Vincent Lambert, ce jeune homme maintenu artificiellement en vie et que la justice a décidé de ne pas laisser mourir me rappelle ce 28 décembre 2010, au terme d’une semaine de coma, lorsque le joueur de football israélien Avi Cohen décédait des suites d’un accident de la circulation. Agé de 54 ans, cet ancien capitaine de l’équipe nationale israélienne et international dans des clubs anglais avait de son vivant rempli une carte de donneur afin que puissent être prélevés ses organes le jour venu. Il faisait partie de ce faible pourcentage de la population israélienne, environ 10%, qui accepte le prélèvement et le don d’organes.

 

 

Ce terrible accident de moto l’avait plongé dans une mort cérébrale, c’est à dire irréversible. Il n’était maintenu en vie qu’artificiellement tout comme Vincent Lambert. La réalité est difficile mais elle est ainsi, c’est dans cette situation clinique que le prélèvement d’organes est optimal. Rien n’aurait dû donc s’opposer à ce que cela soit fait selon la volonté éclairée d’Avi Cohen. Mais sa famille, sous l’influence de certains Rabbins, a décidé de s’opposer à cette volonté. L’opinion publique s’est émue de cette situation laissant place à un débat passionné.

 

Dans la réalité de la Loi Juive, ces Rabbins avaient raison si l’on se réfère aux très nombreuses décisions qui décrètent qu’un homme est considéré comme mort lorsque l’on constate l’arrêt des fonctions cérébrales, cardiaques et respiratoires. Originellement seul l’arrêt respiratoire venait signer la mort d’un homme puisqu’il est animé de souffle divin. Et puis, les avancées de la médecine aidant, l’arrêt du cœur est venu s’ajouter au constat d’un décès jusqu’à plus récemment, la cessation de l’activité cérébrale.

 

On pourrait donc imaginer que ces Rabbins sont d’une rare modernité s’éloignant des textes traditionnels pour coller aux progrès de la médecine. Sauf qu’en Israël, comme dans de nombreux pays, des comités d’éthique ont statué dans un autre sens. Le premier constat, avec l’accord des autorités rabbiniques, est qu’un prélèvement d’organes est impossible après l’arrêt du cœur. Le corolaire étant que le prélèvement et donc le don et donc encore la transplantation sont autorisés. Cela vaut pour les organes vitaux que sont le cœur, le foie et les poumons. Ce principe peut s’étendre du vivant de la personne à un don de rein, de cellules souches ou de moelle osseuse.

 

Il existe en Israël une procédure qui stipule que « seuls des médecins spécialement formés peuvent déclarer que l’activité cérébrale a cessé et ils doivent suivre des cours spéciaux auprès de dix experts, dont trois Rabbins » rapporte Daniel Sperling, universitaire expert en éthique médicale. Toutes ces conditions étaient réunies dans le cas d’Avi Cohen avec le soutien du Grand Rabbin sépharade Shlomo Amar. Pourtant le refus de quelques Rabbins ultra-orthodoxes aura privé Avi Cohen d’agir selon sa volonté en rajoutant encore un mort à la centaine d’israéliens qui meurent chaque année faute de n’avoir trouvé sur leur chemin un donneur compatible.

 

Un éditorial du Jerusalem Post relayait l’émotion nationale : « protéger la vie d’un juif qui a subi des dommages cérébraux irréversibles est devenu plus important pour ces personnalités irresponsables que sauver des vies d’êtres humains, juifs ou non-juifs ». Puisqu’il convient de respecter la dignité d’un mort, on serait en droit de réfléchir à la dignité d’un vivant sans qu’on les oppose l’un à l’autre. Aujourd’hui on ne parle pas de prélèvement d’organes pour Vincent Lambert mais simplement d’appliquer la Loi Léonetti et de le laisser partir.

BILLET DU 12 JANVIER 2014

 

« Ariel Sharon… »

 

Il n’est pas peu dire que l’actualité de la semaine écoulée a été dense et fournie sur la scène nationale. La communauté juive a su se mobiliser sur tous les fronts contre des attaques qui ne pouvaient plus être tolérées. La voie judiciaire semble l’avoir emporté sur la violence qui était à craindre et c’est bien ainsi. Le combat n’est pas terminé, loin de là, et la vigilance s’impose plus encore. Que restera t-il dans l’histoire de ces derniers jours ? Nul ne le sait vraiment. En revanche l’Histoire avec un « H » majuscule s’est écrite hier, lors du Shabbath, avec la disparition d’Ariel Sharon au terme de huit longues années de coma. Personne ne croyait ou même espérait un miracle. Il n’y a donc pas un effet de sidération ou de choc mais la certitude qu’une page de l’Histoire d’Israël se tourne dans la perte de l’un des géants de l’Etat Hébreu.

 

Il est difficile de considérer que l’on puisse adhérer en tous points au chemin si particulier et engagé d’Ariel Sharon. Parmi les Israéliens, je ne pense pas qu’un seul ait partagé toutes les luttes de l’ancien Premier ministre. Pour la gauche, Sharon, incarnait la ligne dure, celle des faucons, qui empêchait tout espoir d’une paix durable entre Israéliens et Palestiniens. Pour la droite, même la plus nationaliste, Sharon est l’homme qui en 2005 a évacué des implantations pour les rendre aux Palestiniens. Souvenez-vous alors qu’il fut qualifié de « traître » comme l’a été en sont temps Itzhak Rabin jusqu’à ce que le bras armé de la haine extrémiste l’abatte.

 

Est-ce le sort des grands hommes que d’arriver à l’âge de la maturité avec des opinions plus nuancées et pacifistes que dans un jeune âge ? Oui je le pense pour les hommes et femmes qui ont une stature d’hommes d’Etat. Il faut toujours se méfier de ceux qui s’engageant politiquement font l’unanimité. Ariel Sharon était un homme complexe mais qui n’avait comme seul souci l’existence et la défense de l’Etat d’Israël. Chef de guerre il a mené de grandes guerres qui ont permis à ce petit Etat naissant et fragile de se maintenir contre ses ennemis. Il a appris qu’il ne fallait jamais relâcher la garde. Ce qui vaut à notre petit niveau face à l’antisémitisme en France est plus vrai encore à l’échelle d’Israël.

 

Les grands hommes sont ceux qui ont des aspérités mais agissent non pour servir des intérêts personnels mais collectifs. L’heure aujourd’hui est au souvenir d’un homme qui sera à jamais associé à la construction et à l’histoire de l’Etat d’Israël.

 

 

 

 

BILLET DU 29 DECEMBRE 2013

 

« Un temps pour agir… »

 

Le communiqué du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, est la première prise de position significative dans l’affaire Dieudonné depuis 10 ans. Enfin un ministre de la République fait entendre la voix de l’Etat. Certes l’humoriste auto-proclamé a été condamné à douze reprises par la Justice française sans n’avoir jamais payé un euro des condamnations infligées. Ce qui rendait jusque-là plus insupportable encore l’antisémitisme patenté de l’homme était l’impunité totale dont il semblait jouir se plaçant au dessus des lois. Manuel Valls vient dire avec force que la justice passera et qu’en absence de lois spécifiques celles-ci seront réfléchies par le législateur. Dont acte.

 

On aurait tort de considérer que Dieudonné soit un fou délirant dans son théâtre du 11ème arrondissement. Songez simplement que les 27 représentations à venir se feront à guichets fermés avec un public à chaque séance de 250 personnes. Nombreux sont les artistes qui rêveraient de cette audience. Mais voilà Dieudonné n’est plus un artiste, tout au plus fait-il le show. C’est un tribun qui profite de l’audience qui est la sienne pour distiller son venin contre les Juifs dont il est réellement persuadé qu’ils sont l’alpha et l’omega d’un ordre mondial. Tous les clichés les plus éculés de l’antisémitisme prennent forme sur une scène ou via internet.

 

Dieudonné est un homme dangereux et il est temps d’agir. Les communiqués de presse, les visites des responsables communautaires ou associatifs auprès des pouvoirs publics ne suffisent plus. L’action n’est ni la violence ni la vengeance mais une mobilisation réelle. Ce que craint Manuel Valls est un « trouble sérieux à l’ordre public ». De qui ? De Dieudonné ou des ses opposants ? Il suffirait de manifester sans relâche devant le théâtre de la Main d’Or pour que cela représente un « trouble à l’ordre public » interdisant toute représentation. Le climat est électrique et l’on a bien conscience que les réseaux sociaux ne peuvent contenir une colère qui gronde.

 

Comme beaucoup de mes collègues je suis sollicité par des candidats à l’Alyah qui ont besoin d’un certificat de judéité pour monter un dossier auprès de l’Agence Juive. Avant la tuerie de Toulouse, je remplissais ces certificats à une fréquence d’un par mois en moyenne. Je ne compte plus les dizaines d’actes que je dispense. Tous les candidats me disent alors leur préoccupation face à la montée de l’antisémitisme et plus encore une sorte de banalisation de celui-ci. On en est à discuter du caractère antisystème ou antisémite de la quenelle en décortiquant le geste. Est-ce bien sérieux ? Quelle complaisance irresponsable en se demandant la véritable nature du geste lorsque celui-ci est fait par un Soral devant le Mémorial de la Shoah à Berlin ou par des militaires français devant une synagogue ou encore par un joueur de football adulé en signe de son soutien à son « ami humoriste Dieudonné ».

 

Songeons à l’actualité de cette sentence des Pirké Avot : « Là où il n’y a pas d’hommes, sois un homme ».

 

 

BILLET DU 22 DECEMBRE 2013

 

« Un cœur nouveau… »

 

Bonjour,

 

Un bond dans la médecine, un progrès considérable vient de s’opérer il y a quelques jours à l’Hôpital européen Georges Pompidou et son fameux service de chirurgie cardio-vasculaire. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité et de la médecine un homme s’est vu greffer un cœur artificiel entièrement autonome. J’imagine que nous avons été nombreux à penser à la phrase d’Ezéchiel : Je vous donnerai un coeur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j'ôterai de votre corps le coeur de pierre, et je vous donnerai un coeur de chair ». Il y a un sentiment de prouesse technique et humaine en parvenant à cet exploit technique qui règle un double problème : celui du rejet habituel d’une greffe qui est un risque majeur et la greffe elle-même qui ne concerne que 350 patients français par an. On peu dès lors penser, mis à part les 160.000 euros de l’implant, que de nombreux malades du cœur en phase terminale pourront être sauvés et ramenés à la vie, en France et ailleurs.

 

Le cœur est l’organe vital par excellence devant, le cerveau, le foie, le pancréas, les reins et les poumons. Il n’est pas temps encore dans le concert de louanges de penser à la dimension éthique de cette greffe tant l’on salue le geste qui répond à une urgence vitale. Il n’en demeure pas moins que greffer un organe artificiel, qui donc ne peut s’altérer ou vieillir comme le reste du corps, pose question. Ce cœur battra de façon inéluctable, quoi qu’il arrive et sera le dernier organe en vie. Il faudra donc à un moment donné décider de l’arrêter lorsque l’activité cérébrale et respiratoire cessera. Dans le judaïsme en effet, la mort est décrétée lors de la cessation des activités cérébrales, respiratoires et cardiaques. Un greffé d’un cœur artificiel ne pourra donc mourir que si la main de l’homme intervient puisque ce cœur battra à moins que l’on décide de ne plus l’alimenter en énergie, mais là encore cela dépendra d’une décision humaine.

 

C’est donc bien, dans ce progrès, une nouvelle question éthique qui va se poser et qui ne semble pas avoir été soulevée en amont. On peut considérer que ce point d’éthique est bien secondaire au regard de cette avancée spectaculaire de la médecine. Il n’en demeure pas moins que si pour sauver une vie humaine on peut, au regard du Talmud, transgresser toutes les lois à l’exception des trois bien connues que sont le meurtre, l’idolâtrie et l’inceste, il nous faut réfléchir aux conséquences lointaines et ultimes de cette greffe.

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

 

 

BILLET DU 15 DECEMBRE 2013

 

« Bon sang… »

 

Bonjour,

 

C’est lorsque l’on aime Israël, lorsque l’on affiche son soutien en toutes circonstances que certains faits de société sont difficiles à accepter et font mal. Lorsque son enfant commet une faute, on s’en émeut, on le réprimande puis on essaye de le faire réfléchir pour qu’il évolue.

 

Ces derniers jours ce qui pourrait n’être qu’un fait divers a mis en lumière une pratique intolérable en Israël. A la faveur d’une campagne du Magen David Adom de collecte de sang à la Knesset le 11 décembre dernier, une députée d’origine Ethiopienne Pnina Tamano-Shata, s’est vue refuser d’accomplir son devoir de citoyenne au motif qu’elle est d’origine Ethiopienne et fait partie des populations à risque susceptibles de diffuser le virus du VIH, le virus du SIDA. Rappelons que la députée du partir de Yaïr Lapid est arrivée en Israël à l’âge de trois ans, qu’elle y a grandi, suivi sa scolarité, accompli ses deux années au service de Tsahal, se pliant au passage à l’ensemble des tests de dépistage, a eu deux enfants et accompli la carrière politique qu’on lui connaît jusqu’à être conduite sur les bancs de la Knesset. Un formidable parcours d’intégration au fond si ce n’est que l’Etat israélien vient lui rappeler qu’en Israël il y a deux catégories de citoyens : les Sabras et les autres. Et parmi ces « autres » il y a ceux encore plus exposés aux risques plus élevés dans un continent comme l’Afrique. Tout au moins a t-on consenti à lui prélever son sang mais pour le…congeler et donc ne jamais l’utiliser.

 

La stupeur est bien heureusement vive en Israël jusqu’au Premier ministre qui a exprimé son émotion ou encore le Président Shimon Peres qui s’est exprimé sans la moindre équivoque : "Il est inacceptable de faire des différences entre les sangs au sein l'Etat d'Israël. Tous les citoyens sont égaux. Il faut établir de nouvelles règles et permettre à tous les citoyens israéliens de faire don de leur sang. Les citoyens d'origine éthiopienne sont très chers à l'Etat d'Israël, ils sont parmi les meilleurs".

 

Aujourd’hui ceux sont 120.000 juifs éthiopiens qui vivent en Israël dont 80.000 nés en Ethiopie. Eh bien ces israéliens de seconde zone ont bien le droit de verser leur sang lorsqu’ils sont enrôlés dans l’armée mais pas pour sauver d’autres vies. Le cas israélien n’a rien de singulier et de nombreux pays appliquent cette discrimination. Mais pour Israël on espère toujours une exemplarité parmi les nations. Oui à une politique de santé publique qui prend en considération les risques face aux bénéfices, mais non à une politique discriminatoire et humiliante. Voilà un nouveau défi qu’Israël sera bien capable de relever.

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

 Cycle Médecine et Judaïsme : 

un médecin, un rabbin, un témoin

Organisé conjointement par l’AMIF et la Direction culturelle du FSJU

 

 

MARDI 10 DÉCEMBRE 2013 À 20H00

« Les enfants terribles : surdoués, hyperactifs,… »

 

Avec...

 Aldo Naouri: pédiatre et spécialiste des 
relations interfamiliales. 

 Gabriel Farhi: rabbin, aumônier israélite du Groupe Hospitalier
 Broussais-HEGP.

Modératrice : Paule-Henriette Levy, rédactrice en chef de RCJ.  

 

Espace Rachi - 39, rue Broca 75 005 PARIS

ENTRÉE LIBRE - 
RÉSERVATION OBLIGATOIRE
01 42 17 10 70 ou par mail à actionculturelle@fsju.org

BILLET DU 20 OCTOBRE 2013

 

« De quoi se mêle l’Europe ? »

 

Le saviez-vous ? Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé, plus de 30% de la population masculine de la planète est circoncis pour des motifs essentiellement religieux ! C’est beaucoup et l’on imagine que la population juive représente une infime, voire microscopique, partie de cette population. Eh bien selon le Conseil de l’Europe ceci méritait bien une résolution qui réclame l’abrogation d’une pratique qualifiée de « violation de l’intégrité physique ». Précisons en passant que ce terrible qualificatif ne vaut selon les technocrates de Bruxelles que pour les circoncisions motivées par des pratiques religieuses. Il y a donc les bonnes et les mauvaises circoncisions.

 

Shimon Peres en personne a dû faire entendra sa voix en demandant au secrétaire général de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe « d’user de son influence pour modifier la décision interdisant la circoncision ». Et le Président de l’Etat d’Israël de poursuivre : « La tradition de la circoncision remonte à des milliers d’années et constitue un élément fondamental du judaïsme et une de nos obligations en tant que juifs ».

 

Las, pour le Conseil de l’Europe, la circoncision est une mutilation au même tire que l’excision. Nous serions donc des horribles barbares rétrogrades qui mutilons nos garçons à huit jours dans une mare de sang. C’est l’image que certains ont en réalité des juifs. Sans virer à la paranoïa on comprend qu’en premier lieu c’est la communauté musulmane qui est visée faisant des Juifs des victimes collatérales.

 

Observons que cette résolution n’a pas été votée sur le fil du rasoir si vous me permettez cette expression de circonstance. 78 voix se sont exprimées en faveur de cette résolution, 13 contre et 15 abstentions le mardi 1er octobre. C’est donc une large majorité qui a voté l’abrogation de la circoncision religieuse dans l’espace européen.

 

Il est étrange que la communauté musulmane ne semble pas s’émouvoir outre mesure de ce vote. C’est la communauté juive française à l’initiative du Crif qui s’en indigne en nous appelant à signer une pétition. Dans cet appel, le Crif se veut plus précis encore en déclarant que cette résolution « agresse les communautés juives d’Europe déjà exposées à une résurgence sans précédent de l’antisémitisme, elle est insultante quand elle met sur un pied d’égalité la circoncision et l’excision, elle est dangereuse car elle stigmatise les Juifs et ouvre de nouveau la porte à toutes les formes de caricature ».

 

Après l’abattage rituel, c’est la circoncision qui est pointée du doigt. Il faudrait donc dans l’espace européen lisser nos pratiques pour les rendre solubles dans une entité qui veut effacer la trace de ses particularismes communautaires qui sont bien plus anciens. Cette Europe là est détestable. En son temps, le Général de Gaulle qualifiait l’ONU de « machin », le Conseil de l’Europe n’est pas en reste.

BILLET DU 13 OCTOBRE 2013

 

« L’indifférence à nos portes… »

 


 

Il se joue depuis vingt ans un drame aux portes de l’Europe dont nous sommes les spectateurs et souvent même les téléspectateurs. Près de 7000 hommes, femmes et enfants ont trouvé la mort dans les eaux de la Méditerranée en tentant de rejoindre la vieille Europe via les côtes les plus proches de l’Afrique dont Lampedusa est devenue le symbole. En grande majorité il s’agit d’Erythréens qui fuient une dictature sans fin. Ces malheureux auront au préalable traversé le Tchad et le Soudan pour arriver en Lybie ou en Tunisie. De là des passeurs qui les dépouillent de leurs biens les font monter en surnombre sur des bateaux de fortune. Les vivants atteignent alors l’Europe et les centres de rétention, les autres meurent noyés en voyant pour certains les lumières prometteuses de leur longue errance.

 

Lampedusa c’est ce confetti posé entre les côtes tunisiennes et Malte. Cette ile fait face à Sousse et Monastir. Qui sont les coupables de ce drame humain qui émeut lorsque les morts se comptent par centaines en une journée ? Tout d’abord Issayas Afeworki, l’implacable dictateur Erythréen qui a muselé l’opposition et la presse. Les droits de l’homme y sont inexistants. Si son maître à penser est la figure de Mao, le grand argentier de l’Erythrée et de son régime est le Qatar, ce même Qatar qui injecte des milliards d’euros en Europe mais qui finance aussi les Frères Musulmans ou le PSG… Qui sont les autres coupables ? La Libye et la Tunisie qui se complaisent dans ce marché de la mort en servant de dernier point terrestre à de nombreux malheureux qui n’atteindront jamais l’Europe. Qui sont encore les coupables ? L’Europe dont le Président de la Commission européenne a été accueilli à Lampedusa par des sifflets et des hués. Une Europe qui coupe les crédits qui permettraient de sauver des milliers de vies humaines. Qui sont enfin les coupables ? Nous, spectateurs indifférents qui nous émouvons durant les cinq minutes de reportage au JT puis passons au sujet suivant sans la moindre réaction. Et puis il y a ceux dans notre communauté nationale qui vont jusqu’à prononcer des propos intolérables. Ce fut le cas hier du sénateur et président de la commission des finances du Sénat (souvenez-vous du Qatar !) Philippe Marini qui dans un tweet a dit ceci : « L'afflux des réfugiés africains à Lampedusa et bientôt chez nous me fait regretter la disparition du régime Kadhafi en Libye! ». Oui  pour Marini c’était mieux sous Kadhafi qui empêchait ces malheureux de quitter l’Erythrée en faisant barrage. C’est un représentant de la France qui ose proférer ce type de propos.

 

Nous n’avons pas le droit d’ignorer cette catastrophe humaine.

 

 

Billet du 29 septembre 2013

 

« Sacré dimanche… »

 

Certains débats sont clivant, celui relatif au repos dominical l’est indubitablement. Selon une loi de 1906, c’est à dire sous la Troisième République un an après le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat et les premières lois sur la laïcité, le dimanche revêt une fonction sacrée dans une république laïque. C’est au fond la concession faite par la République au début du XXème siècle pour apaiser la méfiance des catholiques face à un Etat jugé par trop hostile. Ainsi le code du travail a connu de nombreuses refontes durant plus d’un siècle autour du travail dominical pour stipuler aujourd’hui dans ses articles L3132-1 et 3: « Il est interdit de faire travailler un même salarié plus de six jours par semaine….Dans l'intérêt des salariés, le repos hebdomadaire est donné le dimanche ».

 

Il y a dans ces articles du code du travail quelque chose de quasi-biblique qui n’est pas sans rappeler les lois relatives au Shabbath ! Que l’Etat soit garant du bien-être des travailleurs et de la défense de leurs droits est ce que l’on appelle un acquis social et même un progrès social. On notera au passage que travailler six jours par semaine va à l’encontre d’une semaine travaillée de 35h, mais passons. Il n’est donc pas question de remettre en question un repos hebdomadaire. Non la question réside dans le fait que ce jour ne soit pas flottant à la guise des salariés et que l’Etat sacralise le dimanche en lui conférant une place à part dans les sept jours de la semaine. Il en va de même pour de nombreuses fêtes catholiques qui sont des jours fériés ou le sempiternel poisson servi dans toutes les cantines le vendredi. Ce sont là des marques d’un héritage catholique qui doivent s’imposer à tous comme, paradoxalement, ciment de la laïcité qui entend imiter les codes des religions pour mieux se substituer à elles. Mais la laïcité n’est pas une religion qui serait en quelque sorte un syncrétisme, un amalgame de pratiques empruntées aux différents cultes. L’Etat n’est pas un clergé qui aurait vocation à déterminer un jour distingué d’entre les autres mais plutôt de garantir un jour de repos hebdomadaire quelque soit ce jour. Nous pourrions disserter à l’envie sur une société bien étrange qui fait de l’emploi sa priorité et qui dans le même temps le freine. Il suffit d’avoir voyagé dans de grandes capitales pour observer que la France cultive sa singularité que l’on préfère appeler de façon charmante « l’exception française ».

 

Dans le judaïsme, le dimanche est le premier jour « ordinaire » disons même « profane » de la semaine. C’est même le jour où l’on se souhaite « Shavouah tov », une bonne semaine… de travail et d’occupations diverses.

BILLET DU 22 SEPTEMBRE 2013

 

« Un temps pour tout… »

 

Bonjour,

 

C’est aujourd’hui l’automne ! Je ne me livrerai pas en ce dimanche qui s’annonce doux et sec à des considérations météorologiques bien que cela soit excessivement tentant. Nous sommes habitués à associer nos fêtes avec des saisons et donc des climats particuliers. Souvent les fêtes de Tishri sont synonymes de grisaille et de fraicheur ce qui ne rend que plus singulier l’expérience de séjourner sous une souccah. Considérez que le thermomètre flirt avec les 30 degrés en Israël et soudainement nous prenons conscience que nous ne vivons pas exactement la même expérience. Les sept jours sous la souccah sont selon notre lieu de résidence un agréable moment ou une épreuve.

 

Ici en France nous devons donc composer avec les caprices d’un mois à peine automnal. Ce dimanche est probablement de tous les jours de la fête de la Souccoth celui qui verra le plus d’entre-nous nous rendre sous une souccah pour accomplir la Mitsvah de s’y assoir, d’y prendre un repas, d’agiter le loulav. Nous considérerons alors que nous aurons accompli notre devoir et nous aurons alors tort. Car Souccoth en réalité n’est pas que l’accomplissement de ces Mitsvoth, en soi c’est bien mais ce n’est pas suffisant. Souccoth c’est aussi un état d’esprit, une façon de considérer notre fragilité au sortir des 10 jours redoutables qui pourraient nous laisser penser que nous sommes lavés de nos fautes et invulnérables. Il n’en est rien. Ce serait déjà oublier que jusqu’à Hoshaanah rabba nous sommes encore dans le temps du repentir et dans l’attente du pardon de nos fautes.

 

Il y a une merveilleuse lecture que l’on associe à la fête de Souccoth, celle de Kohélèt, l’Ecclésiaste. Ces paroles du Roi Salomon que la fin de ses jours sont un remarquable enseignement de sagesse. La phrase probablement la plus populaire étant : « Il y a un temps pour tout ». Chaque chose serait définie par Dieu sans pour autant que nous soyons les spectateurs de notre vie. Il en est ainsi du symbole de la Souccah. Nous subissons les éléments mais nous nous savons sous une protection divine qui nous fait accepter la fragilité d’un feuillage. L’homme est cette Souccah, fragile, éphémère. La Souccah est une leçon d’humilité qui nous apprend que le pardon divin ne doit pas être une source d’orgueil mais que nous devons l’accepter humblement et avec reconnaissance de la même façon que nous nous félicitons qu’un simple feuillage et quelques branches puissent constituer notre habitat durant la fête de Souccoth.

 

Il y a un temps pour tout en effet et celui qui nous préoccupe est le temps de la prise de conscience de notre vulnérabilité.

 

Moadim lessimhah, Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

Billet du 8 septembre 2013

 

Un marathon Juif...

 

Je vous dis « bonjour » comme tous les dimanches matins et en même temps je me demande si ce vœu est le plus adéquat. Nous devrions plutôt nous souhaiter « gmar hatimah tova », une bonne inscription en cette période des « asseret yemé hateshouva », des dix jours de pénitence qui séparent Rosh Hashanah de Yom Kippour. Qui plus est aujourd’hui est un jour de jeûne, celui de Gedaliah. Pas de raisons a priori donc de se souhaiter une bonne journée si ce n’est pour nous encourager dans notre jeûne et féliciter tous ceux d’entre-nous qui se sont rendus tôt ce matin à un office de selihot. Ce jeûne de Gedaliah, bien que considéré comme étant mineur n’en est pas moins important. Il nous rappelle qu’il y a 2500 ans un Gouverneur du nom de Gedaliah fut nommé pour administrer une Judée désolée. Il fut assassiné par un zélote, un coreligionnaire. Cet assassinat marqua un tournant historique pour le Peuple Juif qui, outre le million de morts causé par Titus, fut exilé durablement de sa terre. Je ne peux m’empêcher de penser à l’assassinat d’Itzhak Rabin par un extrémiste lorsque se présente ce jour de jeûne.

 

La période des fêtes de Tishri est de loin, chacun le mesure, la plus dense du calendrier juif. A peine sortions-nous des deux jours de Rosh Hashanah que nous entrions dans l’un des shabbatot les plus importants de l’année, le « Shabbath shouva », pour entrer par la suite dans le « tsom Gedaliah ». Autant dire que le rythme imposé par ces jours redoutables représente un véritable marathon juif dans le repentir. Que l’on ait commencé les selihot au début du mois d’Eloul, selon le rite séfarade, ou le dimanche qui précéda Rosh Hashanah, selon le rite ashkénaze, nous en sommes tous à peu prêt au même point : épuisés !

 

Et pourtant cette fatigue est salutaire à bien des égards. Tout d’abord nous prenons conscience, que dix jours dans l’année ne sont pas un luxe, si vous me permettez cette trivialité, pour nous repentir de nos fautes. D’autre part, nous prenons plus de plaisir encore à nous retrouver en famille autour des tables si belles des fêtes comme une récompense de notre présence assidue et répétée à la synagogue. Et puis l’on imprime, en cette nouvelle année, un rythme de ferveur et de prière que nous devrions tous inscrire dans les bonnes résolutions de l’année 5774. Si nous sommes capables de venir aussi souvent à la synagogue, de répéter les repas de fête, pourquoi ne le ferions-nous pas toute l’année en décidant de venir plus régulièrement encore à la synagogue ?

 

Tous les moments que nous vivons actuellement valent bien un petit effort. Rendez vous compte, les synagogues sont bondées, il faut même louer des salles gigantesques pour accueillir les fidèles et le reste de l’année, parfois, l’on recherche désespérément un minyan. Et si nous décidions de faire du trajet vers la synagogue un chemin habituel ? Voilà une bonne résolution qui donnerait raison, de façon posthume à Gedaliah, d’avoir voulu faire vivre un judaïsme malgré toutes les hostilités !

Billet du 1er septembre 2013

 

Shanah Tovah!

 

Vous êtes vous déjà demandé si Rosh Hashanah était une fête austère ou une fête heureuse ? Au fond à quatre jour du Nouvel An juif il convient de savoir dans quel état d’esprit on entend appréhender ces deux jours de fêtes. Il est certain que nous ne faisons pas le plein de cotillons et autres accessoires qui vont de paire avec le passage dans une nouvelle année. Pas plus ne décompterons-nous les minutes avant l’instant fatidique qui nous fera basculer de l’an 5773 à l’an 5774. Cependant nous nous réjouirons et dirons même la bénédiction du « Shééhyianou » qui témoigne d’un temps de joie. Nous nous souhaiterons de bonnes choses en consommant des mets qui évoqueront la douceur et l’abondance. Enfin l’abondance, pas celle d’une prospérité financière mais de mérites et de bonnes actions. Et c’est en cela que Rosh Hashanah ne peut être au sens strict une fête joyeuse dans la mesure où elle marque avant tout le temps de la réflexion sur une année écoulée et les résolutions que nous entendons prendre pour la nouvelle année.

 

De plus Rosh Hashanah s’inscrit dans un temps qui n’est pas un moment T mais qui se trouve indissociablement relié aux dix jours qui nous conduiront jusqu’à Kippour. Les Yamim Noraïm, « les jours redoutables » ou encore les Asseret Yemé Hateshouvah, « les dix jours de repentance » marquent une période austère et grave. C’est un peu comme si le 1er janvier à minuit on se souhaitait une bonne année et dans la minute suivante l’on commençait à réfléchir sur l’année à venir avec sérieux et gravité. Le temps de la joie cède alors rapidement la place à celui de la réflexion, de la repentance et de la prière.

 

Rosh Hashanah est à l’image de ce qu’il y a de plus profond dans l’âme juive. Il n’existe pas de joies entières. Considérez le temps du mariage qui devrait être le paroxysme du temps festif. Eh bien même un mariage ne l’est pas totalement. A la fin de la cérémonie un verre est brisé par le hatan pour se souvenir de la destruction du Temple de Jérusalem et dire ainsi qu’une joie doit être empreinte de gravité pour qu’elle ne soit pas qu’une euphorie béate.

 

En nous apprêtant à entrer dans l’ensemble des solennités du mois de Tishri, nous devons mesurer cette tension entre joie et gravité, entre le bonheur de nous inscrire dans une nouvelle année et la responsabilité que nous avons de la rendre profitable et dense.

 

Shanah tovah, bonne année et Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

BILLET DU 30 JUIN 2013

 

« Le chant des femmes… »

 

Bonjour,

 

Qui ne s’est jamais posé la question de savoir si une femme pouvait réciter la prière du Kaddish ? Les cas particuliers ne manquent pas. Imaginons une femme qui perd son père ou sa mère. Admettons que cette femme n’a pas de frères. Il revient en toute logique à l’enfant de réciter le Kaddish pour son père ou sa mère. Selon la halakha on partira du principe qu’une femme ne peut réciter le Kaddish dans tous les cas. Eh bien cette affirmation n’est pas si évidente et l’on ne compte plus les communautés orthodoxes, aux Etats-Unis en particulier, qui autorisent les femmes à réciter le Kaddish.

 

Le principe halakhique s’appuie sur la notion de « shirat nashim », littéralement « le chant des femmes ». Il y a au moins deux occurrences dans le Talmud (dans les Traités Berakhot et Sotah) où la voix des femmes est érotisée et permet au Talmud de dire qu’elle conduit à la débauche, la voix de la femme exprimant la nudité. Ainsi pour beaucoup aujourd’hui encore, entendre une femme prendre même la parole dans un cercle d’hommes est inacceptable. Observons à l’heure où deux femmes sont en compétition pour briguer en 2014 la mairie de Paris qu’il sera intéressant de voir l’accueil qui sera réservée à celle qui sera élue Maire de Paris lorsqu’elle se rendra dans les synagogues le jour de Kippour et entendra adresser quelques mots à l’assemblée. En France les archaïsmes sont tenaces. On se souvient notamment d’un scandale communautaire lorsqu’il y a quelques années la chanteuse Talila devait se produire à la synagogue de Saint-Maur. Sa prestation a pu avoir lieu in extremis. Mais passons outre cela et parlons de la prière et uniquement de la prière.

 

 

« Aux États-Unis, c'est courant, explique le directeur général du Beth Hillel, le rabbin Ronen Neuwirth, mais en Israël, si une femme veut réciter le Kaddish, on essaiera de la faire taire. Nous voulons que cela devienne commun dans chaque communauté qui serait prête à le faire, en particulier dans les cas où une femme n'a pas de frères. Je sais très bien que nous serons critiqués, mais nous nous fondons sur la Halakha ». Le rabbin Neuwirth est un rabbin israélien orthodoxe et pour lui rien ne devrait empêcher une femme de réciter le Kaddish. Il n’est même pas besoin de se retrancher dans les situations particulières mais de façon générale la voix d’une femme peut se faire entendre dans la prière au même titre que celle des hommes. La seule question serait celle du chant féminin qui pourrait être de nature à distraire les hommes. Honnêtement si un homme est à ce point distrait par la voix d’une femme, peut-être serait-il inspiré de s’interroger sur sa propre piété et sa concentration dans la prière.

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

 

Interview sur CNN sur le phénomène de l'exode des Juifs de France vers Israël

"Les mères juives" par Georges Moustaki

BILLET DU 26 MAI 2013

 

« D’une rive à l’autre de la méditerranée… »

 

Avec la mort de Georges Moustaki beaucoup ont découvert, un peu tard, qui était cet artiste. C’est le lot de certains que de se révéler au grand nombre à la faveur d’une nécrologie. On réécoute alors des titres qui marquent la chanson française du XXème siècle : « Ma Liberté », « le Méteque », on redécouvre alors qu’il a écrit « Milord » pour Edith Piaf avec laquelle il vécut une relation intense mais brève, on se souvient de « La longue dame brune » interprétée avec Barbara et, merci aux réseaux sociaux, on verse une larme en écoutant « Les mères juives ». Il y décrit les différents âges de la vie d’un homme et le regard qu’y porte sa mère qui veille, attentive, préoccupée jusqu’à s’éteindre et pourtant demeurer.

 

Le fils de la méditerranée était né à Alexandrie et mort à Nice. La boucle serait bouclée si l’on ne rappelait à quel point il était attaché à l’Ile Saint-Louis sur laquelle se dessinait sa silhouette jusqu’à il y a 4 ans lorsque la maladie nous a privée de toute apparition. Georges Moustaki était aussi un homme profondément attaché à l’Etat d’Israël, non pas dans un soutien indefectible mais par amour de l’Orient, il y a passé de nombreux mois dans des kibboutzim à la rencontre de ses amis. Plus qu’Israël c’était l’Orient qui le fascinait et qui le ramenait à ses dix-sept premières années vécues en Egypte. Il aura pourtant chanté la Shoah. Je dis « pourtant », car en chantant « Fils de brouillard », Georges Moustaki dira lui-même que l’histoire des juifs d’Europe n’était pas la sienne. Dans un entretien accordé à David Reinharc, Moustaki définissait ainsi son identité juive : « Pour moi, être juif, c’est être juif errant, universaliste.
Je ne me sens aucune appartenance ni à une mouvance ni à un lieu géographique ni à un dogme quel qu’il soit.
Le juif errant, c’est un cliché utilisé dans ma chanson pour définir ce qui en moi me paraît souvent universaliste ». Le juif errant était plutôt le juif de tous, celui qui ne se cantonne pas en un lieu ou une pensée mais celui qui, comme le dit le Prophète, est une « lumière pour les nations ». D’Alexandrie, on a le sentiment qu’il s’est inspiré du phare pour éclairer des générations par ses paroles et sa pensée qui ne connaissaient pas l’étroitesse des frontières ou des pensées uniques. Giuseppe Mustacchi avait emprunté à son mentor Georges Brassens son prénom. Il partageait avec lui une certaine idée de la liberté s’opposant aux conformismes de tout bord. Le « juif errant » continuera d’errer dans les cœurs de ceux qui l’ont aimés. Il sera enterré religieusement demain lundi à 15h30 au cimetière du Père Lachaise.

 

 



BILLET DU 14 AVRIL 2013

 

« Les dix jours redoutables »

 

La semaine écoulée fut probablement l’une des plus éprouvantes pour la communauté juive depuis longtemps. La « mise en congé » du grand rabbin Gilles Bernheim a représenté l’épilogue d’une dizaine de jours redoutables à l’instar de ceux qui séparent Rosh Hashanah de Kippour. La similitude n’est pas fortuite tant le processus était identique. L’exposition des fautes, puis la reconnaissance et enfin la demande de pardon. On en oublierait presque que le chemin du repentir, lorsqu’il est sincère, doit se conclure par l’expiation. Expiation des fautes et non victime expiatoire comme cela semble avoir été le cas.

 

Comment ne pas songer à la souffrance du grand rabbin Gilles Bernheim qui n’a jamais démérité dans ses fonctions faisant l’admiration et le respect de la communauté. Et puis il y a eu ceux qui ont crié plus fort pour couvrir les voix affectueuses qui avaient le souci de défendre à la fois l’homme et la fonction. Certains parmi les nôtres en ont jugé autrement et se sont délectés d’une situation qui leur permettait de régler des querelles anciennes. Dont acte. Il faudra à présent se relever de tout cela et ce ne sera pas si simple.

 

Le grand rabbin Gilles Bernheim avait su incarner un judaïsme d’ouverture sans pour autant concéder quoique ce soit à l’orthodoxie que l’on attend d’un grand rabbin du Consistoire. La crainte pour beaucoup d’entre nous est que cette ouverture n’ait été qu’un mirage qui laissera place au désert. Il y a urgence à réconcilier l’ensemble des juifs de France avec les synagogues, ne pas exclure ceux dont le parcours identitaire ne serait pas conformes aux exigences de la halakha. Il faudra reconnaître à Gilles Bernheim le mérite d’avoir réformé le SIF, le séminaire israélite de France assurant au corps rabbinique une pérennité et surtout une élévation académique. Si le dialogue interreligieux semble à présent être un acquis, il ne faudrait pas négliger le dialogue intra religieux, celui avec toutes les composantes du judaïsme religieux en France, des libéraux jusqu’aux loubavitchs.

 

Les douloureux évènements de ces derniers jours auront au moins eu le mérite de faire comprendre au plus grand nombre la prédominance et le rôle incontournable d’un grand rabbin de France. A celui qui quitte ses fonctions j’aimerais joindre ma voix à celles si nombreuses qui n’ont le privilège de pouvoir le faire sur les ondes de Judaïques FM en souhaitant au grand rabbin Gilles Bernheim : « Baroukh ata bevoékha ouvaroukh ata betsséteka ». Soyez béni en entrant dans vos fonctions et soyez béni en les quittant.

 

 

 

 



BILLET DU 7 AVRIL 2013

 

« Il reste du hametz… »

 

Songeons que nous venons de quitter la fête de Pessah. Chacun se souvient que durant huit jours nous avons banni de notre consommation tout hametz. La tradition nous enseigne que le hametz est le symbole du mal en général et du lashon hara en particulier, de la médisance qui se développe en nous tel du levain qui prend le temps de fermenter et de monter.

 

Le moins que l’on puisse dire est que pour beaucoup l’enseignement de Pessah n’est qu’un très lointain souvenir ! En plaçant le grand rabbin Gilles Bernheim au centre d’une polémique, on aurait pu espérer  dans une union sacrée de la communauté juive derrière le premier de ses représentants religieux et de la plus haute autorité morale. Las. Sans même avoir entendu le premier intéressé s’expliquer sur ces allégations, certains par voies de réseaux sociaux et autres messages anonymes fondent sur Gilles Bernheim lui imputant toutes les fautes de la terre. Dans la dynamique d’une crise de régime autour de l’affaire Cahuzac, quelques bonnes âmes voudraient que l’onde de choc traverse la communauté juive. Tout ceci est pitoyable et déshonore ceux qui colportent dans l’anonymat.

 

Le grand rabbin de France s’est expliqué sur une partie de cette affaire et l’on imagine aisément la détresse dans laquelle il se trouve ainsi que ses proches. Gilles Bernheim a toujours été l’honneur de la communauté juive. Un rabbin avant tout d’une rare qualité qui a su guider des générations d’étudiants lorsqu’il était aumônier des étudiants (dont des agrégés !), il a été un rabbin de communauté apprécié de tous ses fidèles et a fait la fierté de ses coreligionnaires depuis qu’il a pris ses fonctions de grand rabbin. On semble avoir vite oublié que très récemment c’est le pape en personne qui le citait dans le texte. Gilles Bernheim est un rabbin qui dérange pour certains à travers ses prises de position et de son orthopraxie religieuse qui se conjugue à une ouverture sur la société. Il y a des esprits que l’on jalouse lorsqu’ils apparaissent inaccessibles.

 

Que je sache l’agrégation de philosophie n’est pas requise pour occuper ces hautes fonctions, je n’ai pas souvenir que le prédécesseur de Gilles Bernheim l’avait. Un philosophe ne l’est pas par ses diplômes mais par la finesse de sa pensée. Nul ne peut contester que Gilles Bernheim soit l’un des plus grands intellectuels juifs contemporain et probablement le premier dans le monde religieux. Je ne dispose pas de la légitimité nécessaire pour apprécier les qualités du grand rabbin de France mais ce que je sais comme simple disciple de son enseignement c’est que se trouve en lui un Maître dont l’histoire saura retenir les nombreux enseignements.

 

En cette période entre Pessah et Shavouoth il est d’usage d’étudier les Pirké Avot, les Maximes des Pères. La première mishnah nous enseigne ceci : « Soyez circonspects dans le jugement, formez de nombreux disciples et établissez une clôture autour de la Torah ». Force est de constater que les détracteurs actuels sont ceux qui se précipitent dans le jugement en s’excluant de l’enseignement de nos Maîtres tout en ébranlant les fondements de la Torah. Les jours à venir seront difficiles. Seules l’étude, la prière et la recherche de la paix devraient nous guider.

 

Rabbin Gabriel Farhi



BILLET DU 31 MARS 2013

 

« Identités juives… »

 

En ce dimanche hol hamoed de la fête de Pessah je voulais m’interroger avec vous sur la question si complexe de l’identité juive que ces quelques minutes radiophoniques ne sauraient résoudre. Souvenez-vous, durant les sédarim nous avons évoqué ces quatre enfants qui sont censés représenter la complexité de notre communauté et les multiples identités. La communauté juive française est riche de quelques 600.000 âmes, plus ou moins selon différents sociologues. Cette seule estimation qui fluctue de plusieurs dizaines de milliers de personnes est à l’image de la mosaïque qui compose notre communauté. Car au fond la première question qui devrait se poser serait : Qui est Juif ? La réponse la plus simple, et la moins satisfaisante, est halakhique : est Juif quiconque est né de mère juive. Selon cette acception, nous serions beaucoup moins que 600.000 en France. Mais passons l’aspect démographique. Etre Juif ne peut se limiter à une définition, serait-elle contenue dans la Loi juive. Le spectre de la judéité est formidable et si vaste.

 

Il y a ceux qui expriment leur judéité dans leur pratique religieuse en allant des plus libéraux jusqu’aux orthodoxes de stricte observance. Il y a ceux pour qui le fait d’être Juif est avant tout culturel : l’hébreu, la musique, la littérature… Il y a ceux encore qui définissent leur judéité par leur attachement à l’Etat d’Israël en épousant le destin d’une nation tout en demeurant en diaspora. Il y a ceux qui ne manqueraient pour rien un seder de Pessah ou les dernières heures de Kippour mais qui déserteront le reste du temps la vie communautaire. Il y a ceux qui restent à l’écoute de la fréquence juive tout en lisant la presse communautaire. Il y a ceux qui descendent dans la rue lorsqu’une manifestation de soutien à Israël ou contre l’antisémitisme est organisée. Il y a ceux qui se donnent rendez-vous le dimanche rue des Rosiers ou à Belleville. Il y a ceux qui se retrouvent en famille le vendredi soir autour de la table du Shabbath. Il y a ceux qui demandent le silence absolu lorsque le journal télévisé parle d’Israël. Il y a ceux qui ont toujours une kippa en boule au fond de leur poche. Il y en a tellement d’autres encore et tous sont Juifs selon leur propre définition parfois loin de celle des rabbins. Ils sont Juifs dans leur cœur viscéralement, passionnément.

 

Il n’existe pas une identité juive mais des identités juives, multiples, souvent complémentaires, parfois contradictoires. La judéité n’est pas, comme dans d’autres religions, qu’une question de foi ou de religiosité ou encore de croyance. Après les quatre enfants du seder de Pessah, c’est un peu cela la communauté juive, une grande table dressée où l’on se sert. L’important est de choisir ce que l’on y met dessus et que le menu soit harmonieux.



BILLET DU 24 MARS 2013

 

« Pessah : Une fête pétrie de symboles… »

 

Nous sommes déjà entrés dans la fête de Pessah ! J’ai conscience, à travers une telle affirmation, de perturber les fideles auditeurs tôt un dimanche matin, mais cela est une réalité : le temps de la fête a déjà commencé.

 

Assurément, c’est demain soir que nous entrerons dans le premier jour de Pessah, mais comment ne pas considérer cette journée durant laquelle nous devrons avoir achevé la recherche et finalement la destruction du hametz comme partie intégrante de l’ensemble des huit jours de Pessah. Les heures sont comptées en cette longue journée pour se débarrasser de toutes choses levées et préparer les deux sédarim.

 

Il y a quelque chose de remarquable dans cette frénésie et cette obsession à chercher le hametz pour le faire disparaitre. La Torah prévoit que quiconque en possédera ou en consommera durant la fête sera retranché du peuple Juif. Autant dire la sanction, avant la mort, la plus sévère. On pourrait considérer que les règles relatives à Pessah devraient s’inscrire dans la même logique que la cacherout que j’appellerai ordinaire, celle qui prévaut durant toute l’année. Le retranchement de la communauté n’est pas prévu pour un Juif qui ne mangerait pas casher. Mais là, les choses sont différentes dans la mesure où, le hametz se trouve investi d’une symbolique particulière. Le Zohar, et la mystique juive en général, voient dans le hametz l’expression de nos mauvais penchants. Se débarrasser du hametz ne se limite pas à des aliments de consommation mais vient interroger nos pensées les plus intimes et nos comportements. Le Zohar remarque que la farine mélangée avec de l’eau va, dans le temps, connaître un processus de fermentation quoi que l’on fasse. La matssa n’est rien d’autre que ce mélange que l’on ne laisse pas fermenter et donc lever. Pour les Maîtres de la mystique juive cela signifie que le Juif pieux qui s’empresse d’accomplir les Mitsvot, les préceptes, ne laisse pas de place dans sa vie au mauvais penchant qui ne trouve aucun espace pour fermenter, pour lever.

 

Ce « grand ménage de printemps » pour la fête qui est aussi appelée « fête du printemps » est loin d’être superflu. Nous nous trouvons dans la période intermédiaire entre le précédent et le prochain Kippour. Autant dire que ce travail de repentir est tout à fait nécessaire. Le soin que nous mettons à nous débarrasser du hametz et à vivre intensément ces huit jours ne doivent pas nous détourner de la portée symbolique de ce temps. Nous nous devons de ressortir meilleur de cette fête. C’est là tout le sens des vœux que nous nous échangeons en souhaitant que ce Pessah soit « casher vesaméah ». Il ne pourra être porteur de joies que si nous nous employons à le rendre casher, c'est-à-dire aussi à travailler sur nous-mêmes.

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BILLET DU 17 FEVRIER 2013

 

« Un pape émérite…? »

 

La nouvelle de la démission du pape Benoit XVI a ébranlé durant quelques heures l’ensemble des rédactions à travers le monde, les fidèles catholiques et pour être honnête tous ceux qui ont reçus cette information.

 

L’évènement n’est pas banal puisque cela faisait 6 siècles qu’un pape n’avait renoncé à ses fonctions et surtout à son titre. Joseph Ratzinger avait atteint la plus haute marche du clergé catholique et, à l’instar de la vie politique, cela n’avait pu se faire qu’à force d’ambition et de luttes intestines. La nouvelle aurait pu être aussi forte que la démission d’un Chef d’Etat d’un grand pays en plein mandat puisque le pape avait également ce titre. Mais chacun est conscient qu’il y a un peu plus que cela puisque ses fidèles le considèrent, faudra t-il en parler au passé, comme le représentant de Dieu sur terre. C’est donc ce représentant qui renonce à l’être. Les voix juives qui se sont exprimées parlent de dignité et saluent la décision courageuse d’un homme qui ne se sent plus capable d’assumer ces hautes fonctions. Soit dit en passant c’est un désaveu des papes précédents qui ont régné jusqu’à ce que la mort mette fin à leurs fonctions. Il faudra se demander si la décision de Benoit XVI créera une forme de jurisprudence que ses successeurs prendront à leur compte en affirmant quitter leur poste avant qu’ils ne soient « empêchés » selon la formule anglo-saxonne.

 

Ayant dit cela, on peut s’interroger sur le statut du pape une fois redevenu le Cardinal Ratzinger. Sera t-il un pape émérite ou une sorte de « pape bis » car au fond il faudra au nouveau pape apprendre à exercer sa fonction avec son prédécesseur toujours vivant et en pleine possession de ses capacités intellectuelles ? Une autre question plus générale se pose qui consiste à savoir si un homme de religion le demeure lorsqu’il n’exerce plus ses fonctions. Il serait bon de distinguer le titre de la fonction. L’engagement religieux est de même nature que celui d’un médecin, d’un avocat, d’un élu ou d’un professeur. Le titre est souvent conservé au-delà de la vie active professionnelle. Dans la plupart des professions, le départ à la retraite correspond au deuil d’une position ou d’une fonction. Tout au plus est-on retraité de tel métier ou telle administration. Alors un pape qui « renonce » pour reprendre la terminologie de Benoit XVI, est un pape qui semble dire qu’il ne veut plus ni exercer ni jouir des privilèges attachés à sa haute fonction. La démission peut apparaître lâche, là où le renoncement apparaitrait noble. On peut donc renoncer aux honneurs et sortir avec les honneurs.

 

 



BILLET DU 3 MARS 2003

 

« Françoise Seligmann : la véritable indignée… »

 

La mort de Stéphane Hessel est bien étrange. Non pas sa mort elle-même, c’était un vieux monsieur de 95 ans qui a vécu et qui est mort comme il le souhaitait avec toutes ses facultés et ne se réveillant pas au matin. Non ce qui est bien étrange c’est ce qui s’est passé dans les heures qui ont suivies son décès. Certains ont rappelé l’homme qu’il était avec ses parts d’ombre, ses positions pour les moins partisanes - mais n’est-ce pas le but d’un intellectuel engagé ? – Sa relation compliquée avec la Shoah qu’il avait pourtant connue dans sa chaire; mais il y a également ceux qui lui ouvrent déjà grandes les portes du Panthéon. Il faudrait donc l’accueillir aux cotés de Voltaire, Zola, Hugo, Moulin ou Cassin ?

 

C’est là tout le problème des réactions dans le feu de l’émotion car Stéphane Hessel n’était pas homme de cette trempe. Qui le connaissait vraiment avant son pamphlet « indignez-vous » il y a trois ans en dehors du microcosme de la haute fonction publique ou de quelques cabinets ministériels ? Il ne comptait pas dans le paysage des « grands humanistes » ou des « penseurs généreux » pour reprendre certaines éloges entendues. Son mérite aura été, à l’âge de 92 ans, d’écrire un livre qui aura rencontré un large public jusqu’à guider de nombreuses manifestations pour le progrès social et la justice. En soi c’est déjà beaucoup mais un peu court pour avoir un destin éternel dans la mémoire d’un peuple.

 

Voyez-vous je pensais plutôt à une grande dame, elle, morte le même jour et dont le souvenir aura été presque effacé par celui de Hessel. Il s’agit de Françoise Seligmann, celle que l’on appelait bien longtemps avant Hessel : « La vieille dame indignée de la gauche française ». Résistante depuis 1941, collaboratrice de Pierre Mendès France, Sénatrice, Françoise Seligmann n’aura pas écrit son « indignez-vous » mais aura agi bien plus que celui qui est mort le même jour. Deux parcours que certains ont voulu comparer (passé de résistant, quasiment même âge, mort le même jour) mais qui sont incomparables. D’un coté une star des plateaux télévisés dans les trois dernières années de sa vie, de l’autre une militante de toujours qui discrètement, à travers sa fondation notamment, aura passé une vie à œuvrer pour le progrès et le bien. Le destin d’un homme tient souvent à pas grand chose. Chacun aura vécu plus de neuf décennies et il aura fallu, en toute fin de course, que l’un s’impose sur l’autre. A chacun son panthéon, celui de Françoise Seligmann est à jamais dans nos cœurs.

Le temps de le direLe dialogue interreligieux est-il d'intérêt général ?

 

Pourim ou le rôle des vêtements et des déguisements dans le Judaïsme, par le Rabbin David Meyer


Pourim c'est avant tout le temps du chahut dans la synagogue, du bruit et de la lecture de la Megilla d'Esther, durant laquelle le nom de Haman est couvert par le son des crécelles des enfants. Mais Pourim, c'est aussi le moment où grands et petits viennent déguisés à la synagogue pour donner à cette fête un esprit de carnaval, de détente et de farce. Ainsi, par de nombreux aspects, alors que les fêtes juives sont souvent sobres, Pourim se différencie très clairement des autres fêtes de notre calendrier. Ces excès se situe à deux niveau différents. Tout d'abord, à un niveau que l'on pourrait qualifier de physique, dans la mesure où le Talmud recommande un certain état d'ébriété durant la lecture de l'histoire d'Esther, jusqu'à ce que l'on ne doit plus être capable de différencier "maudit soit Haman" de audit soit Mordéchai". 
Les déguisements de Pourim font écho à cette confusion des sens, comme pour indiquer que l'on ne sait plus qui est qui. Mais, par delà cet excès de boisson et de déguisement, l'histoire à proprement parler est, elle aussi, très excessive. Ainsi, la morale et l'éthique du texte sont souvent discutables. En effet, en prenant l'histoire telle qu'elle nous est contée, Esther ne fait rien d'autre que de se prostituer pour le roi de Perse, alors que Mordéchai - le héros de l'histoire - l'encourage dans son action. Plus tard dans le récit, les Juifs se vengent de leurs ennemis en tuant non seulement Haman, mais aussi ses enfants et de nombreux autres dignitaires du royaume, mettent ainsi l'accent sur le sentiment de vengeance et de haine. Et pourtant, malgré ces excès, Pourim - bien que fête mineure du calendrier, car ajoutée par les Rabbins - est l'une des fêtes les plus portantes de l'année juive. A ce titre, le Talmud de Jérusalem n'hésita pas à déclarer que " à l'époque messianique, si toutes les fêtes seront annulées, Pourim seule continuera à être célébrée". 

Cette injonction du Talmud n'est pas d'ordre anecdotique. Bien au contraire, cette persistance de Pourim au-delà même de l'époque messianique est une donnée fondamentale pour notre compréhension du sens réel de cette fête, ainsi que le rôle qu'y jouent les vêtements et les déguisements. Pour le comprendre, il me semble nécessaire de citer un texte de Rabbi Chenour Zalman de Lady, le fondateur du mouvement Chabad, sur cette question: 

"Lors de Pourim de l'époque messianique, l'obscurité sera transformée en lumière. Il ne s'agira plus seulement de soumettre le Mal et de l'anéantir comme dans les autres exils, mais de le transformer en Bien, comme l'exprime le verset ' la langue des peuples sera changée en langue claire'. Il s'est passé quelque chose de cet ordre avec le miracle de Pourim: la cour d'Assuréus a été transformée en Bien. La même bouche qui a dit à Haman ' Ce peuple fais-en ce qui te plaît', a aussi dit à Esther et Mordéchai ' Ecrivez pour les Juifs ce qui vous plaira' C'est cela la transformation de l'obscurité en lumière. 

Ce texte, tiré du Tora Or de Rabbi Chenour Zalman de Lady, est pour nous riche d'enseignements. Il nous rappelle que le sens profond de la fête de Pourim réside dans la transformation du Mal en Bien, symbolisée par la transformation de la situation des Juifs qui, en l'espace de quelques jours, passent de la précarité la plus terrifiante à l'acceptation la plus totale. Mais cette transformation s'exprime aussi au niveau individuel dans la lecture de la Megilla. Avec le roi Assuréus, ce changement s'opère de façon claire et précise. Alors que le roi accepte de participer à la destruction des Juifs et du Judaïsme au début de l'histoire, il en arrive à être celui qui sauve le peuple et qui met tout son pouvoir en action afin d'y parvenir. 

Par contre, avec Haman, ce changement ne s'opère pas. En refusant de changer, c'est lui-même qui disparait et non pas le peuple juif. C'est à ce niveau que nous pouvons comprendre l'importance du rôle des vêtements et des déguisements dans la fête de Pourim. Le vêtement, c'est l'habit qui nous caractérise, c'st l'élément extérieur qui reflète notre personnalité et notre façon d'être. 

Ainsi, accepter de se déguiser à Pourim,, c'est, d'une certaine façon accepter de changer, accepter d'essayer de transformer le Mal qui est en nous en Bien. Par le biais du déguisement, nous opérons sur nous mêmes le changement dont parle avec justesse Rabbi Chenour Zalman de Lady. Mais, par contre, si comme Haman, nous refusons ce changement en refusant de nous déguiser, alors comme lui nous disparaîtront de la scène de l'histoire. "Change ou disparaît; déguise-toi ou disparaît", voilà le sens et le message de Pourim. 

 

Cette idée et cette analyse de la signification de Pourim avaient déjà été formulées par les Rabbins dans un passage fort connu du Talmud. En une phrase, nos sages avaient saisi cet élément fondamental de la fête, cette notion de changement, en disant:"Yom Ha-Kipourim, Youm Ke-Pourm", c'est-à-dire"You Kippour, un jour comme Pourim". En jouant sur les mots et les sonorités, en comparant de façon audacieuse le jeûne et l'extrême sobriété de Kippour avec l'exubérance de Pourim, la tradition talmudique nous enseignait, il y a déjà plusieurs centaines d'années, que malgré la fête, malgré les boissons et malgré les déguisemnts, Pourim - comme Kippour- nous interpellait au plus profond de notre être. La Techouva de Kippour, ce besoin de changement que nous exprimions au moment du jeûne, se retrouve dans les d&eacut guisements que nous portons durant la fête de Pourim. Mais si à Kippour nous prions pour trouver la force d'anéantir le mal qui est en nous, à Pourim nous recherchons dans la joie et dans le déguisement le moyen de transformer ce mal en bien

 

 

 

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